Lundi 2 février 2026
Journal du regard : Janvier 2026
Au lieu de se souvenir (Semaine 01 à 05)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions

Marcher sur la neige, c’est entrer dans une danse lente. Ré mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s’enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville dans un silence feutré. Le motif musical de Debussy, dans son prélude Des pas sur la neige laisse derrière lui ces empreintes délicates, des grappes d’accords enveloppants. Chaque note devient méditation, à peine troublée par une gamme par tons qui fait perdre l’orientation. Ré mi, mi fa. Les pas reviennent en écho, expressifs. Les accords glissent comme des blocs de glace, et soudain, dans les aigus, un carillon éclaire la fin. Un tendre regret, la trace laissée par quelqu’un, un être cher, que la neige et la musique retiennent encore un instant. Celui que l’on était lorsqu’enfant nos pas s’enfonçaient sur la neige.

Dans les récents échanges avec Anh Mat, pour nos vases communicants, j’ai réalisé que ce qui m’importait dans l’écriture vidéo, ce que certains appellent la littératube, ce n’était pas le texte. François m’a dit plusieurs fois en commentaires de ce journal vidéo qu’il aimerait pouvoir le lire dans son intégralité. Pour moi, l’intérêt du texte tient uniquement dans le dialogue qui s’instaure avec les images, en décalage parfois avec ce que l’on voit ou au contraire en accord direct avec elles. Dans l’alternance des sons et de la musique. Je le conçois comme l’un des éléments, mais il n’est pas central, il joue son rôle au même titre que les autres. Filmer au quotidien me permet d’écrire plus facilement, de creuser des sujets que je n’aborde pas dans le journal hebdomadaire de mes Contacts successifs, dans lequel je décris ma semaine par le biais de textes qui forment des blocs autonomes, décalés, accompagnés par deux photographies, l’une prise la semaine précédant la publication sur mon site et la seconde, qui porte le même nom de fichier que la première, et montre un autre lieu à une date antérieure, parfois plusieurs années auparavant.

Cette année, j’ai souhaité animer plus d’ateliers artistiques que d’ateliers numériques, même si par ailleurs je continue d’en proposer très régulièrement à la bibliothèque François Villon. En privilégiant la création manuelle, je voulais utiliser d’autres outils, apprendre de nouvelles techniques, changer de perspective, avoir une approche plus directe, plus physique, créant un rapport au temps différent, spécifique au travail manuel. Pour mettre au point ces ateliers de création, il a d’abord fallu que je réfléchisse à leur mise en place pratique (le matériel, les outils), avant de pouvoir enfin, convoquer les propositions d’écriture qui s’y intégreraient au mieux. Je vais ainsi animer un atelier broderie sur photographie et un atelier leporello poétique en cyanotype. J’ai proposé également un atelier de lecture à voix haute, un atelier d’écriture poétique et création d’un carnet relié avec la technique de reliure japonaise que je reproposerai en juin. Dans ces ateliers, c’est le temps d’exécution qui change par rapport aux ateliers d’écriture. Il faut que je l’intègre peu à peu. Et c’est réjouissant.

Toujours étonné de découvrir, presque par hasard, au détour d’un chemin, pour ne pas emprunter encore une fois l’itinéraire que j’ai pris des dizaines de fois, dans un quartier que je connais très bien, que j’arpente régulièrement, en effectuant un pas de côté qui permet de me déporter à l’écart de la route habituelle et d’atteindre un endroit inconnu de la ville, comme si celle-ci s’était agrandie soudainement. Ici, c’est un chantier ouvert derrière l’église Saint-Georges de la Villette, du côté de la rue Henri Murger, à l’endroit de l’ancien centre communautaire et culturel du judaïsme de l’Est parisien, avec sa synagogue et le bâtiment attenant, une école de création de bijoux, qui ont été entièrement rasés il y a deux ans. Le panneau Déviation disposé à l’entrée du chantier rappelle l’importance des bifurcations, qui se transforme alors en mot d’ordre.

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