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Récit poétique à partir d’images créés par procuration

Créer à partir de textes des images conçues par le biais de l’artefact génératif DALL-E, écrire un texte en regard de ces images.


Anima Sola #2

J’ose seule dans la nuit. Ce n’est pas si difficile, il faut penser à rien, se laisser porter par ses propres pas. Leurs bruits m’accompagnent. Je ne suis jamais seule avec eux. Je regarde droit devant moi. Je me projette dans la rue. J’avance sans tarder. J’invente les enseignes lumineuses de la ville. Je plisse les yeux. Dans le mouvement, les néons s’illuminent. Des boucles étincelantes se forment. Je les dessine d’un regard. Elles dansent avec moi. Leur chorégraphie m’accompagne dans la pénombre. Tout est possible à qui le souhaite. Tout arrive. Je marche des heures sans m’arrêter. Rien ne m’y oblige, j’aime ça. J’ai l’impression d’aller au bout de moi. Je m’épuise pour voir jusqu’où je peux aller. Repousser mes limites. Je n’ai pas l’intention de battre des records, mais j’aime l’idée de me dépasser. Aller au-delà de soi. Au risque de se perdre, même si cela n’arrive jamais. Je ne sais pas ce qui se passerait si j’allais aussi loin. Si je me perdais vraiment. La ville n’est pas infini. Je parviens toujours en périphérie. J’interromps le jour qui se lève, une froide solitude où prennent place la joie, les souvenirs. Je ne pense plus à rien, je me sens libérée d’un poids. C’est seulement à cet instant que les images remontent à la surface. À la surface de ma mémoire. J’imagine parfois que je suis à la mer. Sur une plage de galets. Mes pieds souffrent un peu sur la surface glissante des galets, le mouvement des vagues me fait perdre l’équilibre, je fais un effort pour ne pas tomber. Je n’ai pas peur de l’eau, je redoute le choc de mon corps sur les galets. Je redoute leur dureté. Un à un les galets remontent à la surface. On dirait des nuages flottant dans le ciel. Je vois leur mouvement ascendant. Ils deviennent légers comme des pierres ponce. Les images remontent en moi comme ces galets. Je vois des champs de fleurs à perte de vue. Des feux d’artifice. Je sens la sueur sur son front. Je caresse le chien qui s’approche de moi. Une voiture file à l’horizon, la lumière de ses phares illumine le plafond de ma chambre. Je ferme les yeux. J’espère dans la plus secrète intimité. Je ne peux pas dire ce que j’attends. Les mots ne s’articulent pas en moi. Je ne les entends pas distinctement. À la place je vois des images. Les phrases dans ma tête produisent des images en secret. J’ai l’impression d’être seule à les voir. Je déchire l’édredon rouge, pour m’y perdre et me fondre dans la nuit. Quand je ne parviens pas à dormir, je ferme les yeux. Je me déplace en pensée. Sans sortir de mon lit. Je bouge en pensant à la maison profonde et silencieuse. J’arpente toutes les pièces de la maison. C’est mon palais de mémoire. Chaque pièce déclenche un souvenir précis. Chaque objet, chaque meuble. J’attrape un livre dans la bibliothèque, j’en parcours les premières pages. J’observe les bibelots disposés sur l’étagère. Ils sont recouverts d’un voile de poussière. Je souffle dessus. La poussière ne s’envole pas. Elle reste à la surface. Je poursuis mon inspection. Le bouquet de fleurs séchées. La statuette de femme cariatide en stuc blanc. On se déplace chez soi comme on déambule en ville. Au hasard des rencontres. Je m’arrête devant le portrait d’une femme que je ne connais pas. Je la regarde fixement comme si elle était vraiment là face à moi. Je reste longtemps sans bouger. Je lui souris. J’attends qu’elle me parle. Qu’elle réponde à mon sourire. Son visage ne bouge pas. Je sais que c’est une image. En moi, je la sens qui oscille très légèrement. Elle voudrait me faire un signe, un clin d’œil. Elle voudrait me sourire. Elle le fait, je le sens, mais elle n’en a pas conscience. Je l’invite à continuer pour un temps une vie semblable. Mes yeux dans ses yeux, je reste de longues minutes à la regarder. J’atteins sa forme passagère. Je sens battre son cœur. Je la rejoins à la surface. Je sais ce qu’elle traverse. Cette solitude, je la connais depuis longtemps. J’ai grandi debout devant la glace qui ne me renvoyait pas mon image.

« Et si on décidait d’arrêter cette course folle qui a pour but de démontrer notre supériorité ? Et si on arrêtait de vouloir affirmer une spécificité humaine et qu’on essayait au contraire de comprendre les véritables raisons qui nous poussent à courir, en réfléchissant sur les différentes possibilité de compréhension et de définition de l’humain et de l’intelligence ? »

Marcello Vitali-Rosati, De l’IA aux modèles de définition de l’intelligence


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