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Casaouï : voyage sonore à travers Casablanca


À l’occasion de ma participation au 21e Salon du Livre de Casablanca, invité par l’Institut Français de Casablanca, j’ai passé quatre jours à sillonner la ville avec mon appareil photo et mon enregistreur numérique.

Le texte lu dans cette pièce sonore est un cut-up d’extraits du magnifique livre Sainte Rita d’Hicham Lasri, publié aux éditions Le Fennec.

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[mp3 : 48 Mo / Durée : 22’]



14.

Pendant un moment le vide puis le frigo redémarre dans un bruissement qui casse la fragile coquille du silence naissant.

18.

Au moment où elle jette son mégot, un vieux taxi s’arrête dans un crissement de freins interminable. Une longue note continue, une autre note un demi-ton plus bas, puis de nouveau la première note, brève et tronquée cette fois. On dirait du Miles Davis, mais à l’intérieur un mauvais radio-cassette passe le Coran et essaye de rendre la musicalité de la Sorate Al Bakara.

20.

Ce n’est pas l’autoradio… c’est le Coran… il faut le respecter et se taire !

21.

Le temps passe.

La ville défile.

Le compteur égrène les centimes.

Des cahots ponctuent le silence.

L’odeur persistante de gasoil et de chaussettes.

32.

Comme une route qu’on refait dans l’autre sens en changeant d’itinéraire.

35.

A travers la fenêtre, on aperçoit le ciel tout blanc et quelques rares rayons de soleil ; à cette époque de l’année, on peut regarder le soleil fixement à travers l’épaisseur des nuages comme à travers un verre fumé.

45.

Dans l’obscurité, les choses et les êtres se dédoublent, s’étirent, ils ont aussi une propension à s’effacer et à perdre leurs détails.

55.

Il y a des cendres et de la fumée dans le vent qui pénètre par les interstices et les craquelures du bistrot. Sur les murs, une batterie de mauvais portraits de gens hagards, la plupart sont dédicacées. Certains sourient. Pourquoi ?

61.

Il existe une heure de la soirée où les animaux disent quelque chose.

69.

Le regard était vide, sans direction ni point d’accroche.

74.

Une fausse note déchire le magma sonore, imposant un bref silence. Les gens songent à ce qu’ils seront dans les heures les plus silencieuses de la nuit.

93.

Ils traversent la ville comme dans un songe. Leurs cris et leurs rires dominent les émanations de Co2. Les klaxons des autres automobiles escortent la petite voiture jaune.

111.

Sans le son, les gens semblent se mouvoir au ralenti.

127.

Quelque part, une télé s’éteint créant une dépressurisation sonore.

138.

Le chauffeur klaxonne et le fait sursauter. Le vieux s’éloigne en ronchonnant. Silence. Le chauffeur balaye les pistes de radio. Hit-Radio. SNRT. MEDI11. Radio Plus Marrakech. Chaine Inter. Aswat. Radio Plus Agadir. Chassa FM. Radio Mohammed VI. Tout le monde dans le taxi pousse un soupir quand se fait entendre la lecture coranique. Puis, quand d’un seul souffle, on soufflera dans la Trompe et que la terre et les montagnes seront soulevées puis tassées d’un seul coup ; ce jour-là alors, l’événement se produira, et le ciel se fendra et sera fragile, ce jour-là. Les clients savent tous qu’ils devront attendre la fin de la sourate pour pouvoir changer de fréquence. Le jour où Nous plierons le ciel comme on plie le rouleau des livres. Tout comme Nous avons commencé la première création, ainsi Nous la répéterons ; c’est une promesse qui Nous incombe et Nous l’accomplirons.

171.

Sous l’effet d’un acouphène émotionnel, les bruits de la ville se résorbent et disparaissent. Les gens ne sont plus que des spectres emportés par le vent.

212.

La ville est un bourbier. Tout le monde semble fuir une déflagration ou être debout sur une mine antipersonnelle. Un bourbier ou un jeu vidéo.

216.

Blanc. Neige. Silence. Dépression sonore.

218.

Une radio démarre dans un coin de l’univers et passe le bon morceau qui diffracte ses sentiments. Puis la fumée forme un rideau opaque. Comme si les explosions dans la télé se consumaient dans la réalité.

221.

Un marteau piqueur résonne quelque part et le recloue à la réalité

228.

Il entend le sifflement et le grincement des cordes à linges caressées par le vent. Les sons autour de lui sont des agressions verbales, des assauts phonétiques, des clashs cognitifs. Puis un nouvel acouphène l’isole du monde. Son regard se vide d’émotion en se remplissant de larmes. Le silence se creuse comme un ventre vide.

Poésie sur écoute - épisode 195
Publié le 5 mars 2015
- Dans la rubrique RADIO MARELLE
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