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Photographies du passé dans le présent


Depuis ses débuts Denis Roche explore les stratégies autobiographiques permises par le dispositif photographique de l’autoportrait aux séries récurrentes d’images prises à intervalles différents, des mêmes lieux et du même modèle, en passant par les rapprochements formels et temporels nés des photogrammes de la planche-contact. Il rend sensible l’obsession du passage du temps, son jalonnement et sa mise à l’épreuve par l’exercice répété du regard photographique.

Photographie de Denis Roche

 

 

 

 

 

 

 

Dans un entretien à L’Express Denis Roche évoque cette obsession du temps : « Lorsque j’ai rencontré Françoise, ma femme, il était déjà tard, j’avais trente ans. C’est elle qui m’a fait prendre conscience du sens qu’avait pour moi l’acte photographique. J’ai eu le sentiment qu’il fallait rattraper quelque chose, nous photographier partout où nous allions, tout le temps, courir comme Marcel Proust, tenter comme lui de rattraper le temps perdu tout en sachant qu’on n’en aurait jamais fini, que l’on mourrait sans avoir pu écrire le mot « FIN ». Cette façon de vouloir rattraper quelque chose c’est désespéré, foutu d’avance, évidemment. De ce point de vue-là aussi les déchets doivent être conservés : ils font partie du marquage du temps. »

« J’aime cet entre-deux dans lequel une photographie peut m’obliger à m’enfoncer, dans une rêverie qui nous ferait échapper l’un à l’autre ; et j’aime aussi cet aller et retour qui nous fait nous promener sagittalement dans l’espace mitoyen, elle vers moi et moi vers elle », écrit Denis Roche dans le Boîtier de mélancolie en 1999.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lors de mon voyage estival à Rome en 2010 : Rien n’aura eu lieu que le lieu, au fil de nos promenades dans les rues de la capitale italienne, j’ai pris ces photographies in situ, 22 ans après. Photolalies à la manière de Denis Roche, lieu de l’éternel retour, face à quoi le photographe ne peut opposer que la photolalie, « l’image interminable » qui suspend l’échéance dans le désir et la terreur de l’échéance.

Vers Naples, en Italie, cette photo d’Arnold Pasquier prise cette année, dans le jardin du Miglio à Ercolano.

Le jardin du Miglio à Ercolano, photo d'Arnold Pasquier

 

 

 

 

 

 

 

Une photo du passé dans une photo du présent :

Stephen Bailey, sur Dear Photograph

 

 

 

 

 

 

 

Dear Photograph est un projet photographique participatif qui propose à tout le monde d’envoyer une photo ancienne (souvent le portrait d’une personne) replacée dans le décor tel qu’il est aujourd’hui, au moment de prendre la photo, afin de créer des montages, teintés de nostalgie.

McKenzie Dillingham, sur Dear Photograph

 

 

 

 

 

 

 

Grâce au photomontage le photographe américain Jackson Patterson continue son exploration du récit qui se dégage entre le sujet, l’espace et le temps dans sa série Recollected Memories. Ce travail présente diverses photographies prises par l’artiste mélangées avec d’autres clichés provenant de ses albums de famille.

Dans un entretien sur le site In the in-between Jackson Patterson évoque son travail : « Comment voulez-vous raconter en une seule photo une histoire qui se déroule peut être sur plus d’une centaine d’années dans certains cas ? La réponse la plus courte est, que vous ne pouvez pas. En fin de compte pour moi, il s’agissait de créer l’ambiance de l’histoire. Je ne suis pas sûr que c’est possible de raconter l’histoire réelle dans une seule image, mais les photos ne disposent pas d’un moyen de capturer une ambiance et c’est ce qui m’a le plus intéressé. Et à partir de là, la série a pris forme. »

Recollected Memories, Jackson Patterson

 

 

 

 

 

 

 

On trouve sur Flickr un mot clé Dear Photograph qui regroupe un nombre impressionnant de photographies.

Dans le dernier numéro de la revue d’ici là consacré au temps sur Publie.net (Le présent n’est que la crête du passé et l’avenir n’existe pas), une série photographique de Sergey Larenkov explore ce même dispositif d’une photographie ancienne inscrite dans une photographie d’aujourd’hui. Les photos montages de Sergey Larenkov, photographe amateur russe, né à Leningrad donne une nouvelle dimension aux évènements de la Seconde Guerre mondiale : "Partout où je vais, je pénètre dans les couches du temps." Son concept : retrouver et photographier des lieux d’évènements historiques dans les villes de Leningrad (aujourd’hui Saint Pétersbourg), Moscou, Prague, Vienne, Berlin ou Paris
 et de les superposer aux clichés d’époques.

Photographie Corinne-Vionnet

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les trente-six artistes qui exposaient à Arles cet été leurs œuvres entièrement composées à partir de photos anonymes tirées d’internet, retravaillées, le travail de la suissesse Corinne Vionnet qui a compilé des centaines de photographies de touristes trouvées sur internet sur les sites les plus visités au monde, la Tour Eiffel, le Taj Mahal, le Mont Fuji, la Mecque... une quinzaine de sites au total. Pris en photo plusieurs milliers de fois par jour, ces monuments célèbres sont souvent capturés plein cadre, et l’artiste les a superposé pour n’en faire qu’une seule image. Rendus banals par la force de l’habitude, ces sites touristiques prennent une dimension toute nouvelle avec cette série.

Le même endroit, le Taj Mahal sur OpenPhotoVR, le service qui permet d’interconnecter ses photos pour créer un véritable album interactif, intégrant des transitions 3D entre les images et de donner l’illusion d’une navigation visuelle autour d’un bâtiment ou d’un lieu. Le principe est assez simple, il suffit de prendre une vue d’ensemble d’un lieu, bâtiment, monument… de prendre ensuite des clichés des détails qui nous intéressent dans cette vue. Et grâce à ce nouveau service on peut, à partir de la photo principale, dessiner des vues cliquables pour zoomer sur les détails en question. Prenez par exemple en photo le lieu de son choix).

Un site récence les nombreuses expériences photographiques des villes avant-après :

Paris Avant et sa version iPhone

Avec l’application iPhone « Paris Avant » disponible sur iTunes on voyage dans le temps avec plus de 1500 lieux de Paris il y a 100 ans. La réalité augmentée permet de repérer facilement les lieux à voir à proximité et de superposer la photo ancienne du lieu à ce que l’on voit aujourd’hui.

Paris Avant - Application iPhone par MaVilleAvant from Ma Ville Avant on Vimeo.

Après Paris, deux nouvelles villes seront prochainement à découvrir sur l’Iphone : « Miroir du temps » de Thierry Schoendorf et « Retrovilles » de Cédric Robergeaud.

Miroir du Temps nous fait voyager dans le temps avec ses clichés d’hier et d’aujourd’hui et nous fait découvrir la ville de Metz par des cartes postales anciennes juxtaposées à des photos récentes pour mieux percevoir les similitudes et les différences marquées par le temps. Le concept est de prendre la photo du même endroit qu’a pu la photographier, il y a un siècle ou plus, l’auteur de la carte postale ancienne.


Réalité augmentée :

« Augmented Reality Cinema » est une application qui permet de revoir certaines scènes de films en rapport avec le lieu que l’on filme. Encore à l’état de concept, une vidéo présente le fonctionnement de ce système qui permettrait de revivre quelques moments cultes de films tournés à Londres tels que Coup de foudre à Notting Hill, 28 jours plus tard ou encore Harry Potter.



« J’ai abandonné l’autoportrait que je pratiquais au retardateur pour me laisser le temps d’entrer dans la photo, d’aller m’y mettre, écrit Denis Roche. Ce n’est plus la peine, je m’efface devant le temps, il est bien plus fort que nous. Le seul art qui rend immortel, c’est le cinéma. Les grands acteurs qui ont symbolisé l’héroïsme, la beauté, sont toujours là puisqu’ils nous parlent. Quand je vois Vivien Leigh et Clark Gable dans Autant en emporte le vent, je pleure. »



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