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La Marelle éditions

Laisse venir est un livre numérique, un trajet Paris-Marseille intemporel, d’abord virtuel, puis réel, une approche de la ville tout en détours et cheminements, écrit par Anne Savelli et moi, publié par La Marelle éditions, dans une version numérique développée par Chapal & Panoz (Roxane Lecomte et Jiminy Panoz).

Il est disponible au prix de 4,99 € sur le site de La Marelle.

Chacun de notre côté, Anne Savelli et moi, nous avons construit d’abord un itinéraire virtuel, en une dizaine d’étapes, constitué de textes et de photographies, de captures d’écran prises à partir de Google Street View. Nous avons ensuite fait le voyage réel, en train, pour nous rendre ensemble à Marseille un jour de mai 2012. Et en revenir avec ce livre, dont le format numérique propose un mode de lecture et d’écriture adapté à ce qui fait « le propre de tout voyage, un cheminement. »

D’une certaine façon, ce projet consistait à refaire à notre manière l’itinéraire des Autonautes de la Cosmoroute de Julio Cortázar et Carol Dunlop – livre et auteur emblématiques pour La Marelle plaçant notre projet sous de bons auspices.



« Ce qui retient l’attention, c’est parfois bien loin du lieu ou des gens qui y vivent, qui y travaillent. C’est parfois une affiche déchirée, qui vole au vent, un mur décrépi qui penche dangereusement, une lumière inattendue sur les feuilles d’un arbre. » [1]

« Laissons-nous enfin emporter par les choix de Pierre et Anne, écrit Pascal Jourdana dans sa préface du livre. D’emblée, par ces images si fascinantes et leur étrange pouvoir de représenter, plus qu’une texture géographique, une substance temporelle. Car ces images de lieux figés – dont on sait ou pressent qu’ils ont souvent radicalement changés ou disparus depuis la prise de vue, alors même que Google prétend offrir à ses utilisateurs une vision « comme si on y était » – sont une plongée dans le temps. Une navigation virtuelle qui provoque le vertige, l’engloutissement dans un espace mental fait de lieux et de strates du passé qui n’existent pas, et qui sont d’autant plus troublants qu’ils se superposent à « notre » réalité. »



« Ce que je vois, les souvenirs que cela éveille en moi, ce à quoi cela me fait penser, et comment ces pensées transforment à leur tour mon regard. Ce que je vis. Ce que je vois. Ce à quoi je pense. Journal du quotidien (en ordre de bataille) repris entre les lignes d’un temps qui le dépasse, le transforme. à l’affût de ces transformations : toutes ces choses composent un ensemble hétéroclite, multicolore, polyphonique. Devant cet amas les saisons se couchent sans connaître leurs motivations. »

 [2]

« C’est alors que les mots, ceux d’Anne Savelli et de Pierre Ménard, conclut Pascal Jourdana, quoique différents dans leur approches, semblent nous tendre la main. À travers leurs propres pertes de repères, les hasards des retrouvailles, les télescopages entre paysages, immeubles, souvenirs et enfances, ils nous guident dans nos propres sauts temporels et géographiques, et ce sont nos propres lignes brisées (à l’image de la carte simplifiée de leurs itinéraires entre Paris et Marseille), que nous retrouvons, enfouis au plus profond de nous. Pourtant ne nous y trompons pas : si les images « incitent à une plongée qui paraît sans fin, les mots font de même, et ne sont pas les garde-corps absolus qu’ils paraissent face à l’attrait du gouffre. La lecture aléatoire et circulaire proposée par ce livre numérique nous alerte : on peut se laisser entraîner dans le vertige autant par la circulation des images que par celle des textes. Mais, comme l’écrit Anne, que seraient nos corps « sans douleur, sans désir de plaire, sans vertige, sans amour, sans fatigue, sans quête continuelle » ? Oui, rien d’autre à faire que tenter d’appréhender les événements, les lieux, les hommes, les textes ainsi : en les laissant venir. »

Présentation du livre par Pascal Jourdana lors de la Journée Hybridations #2 / Nouveaux parcours de création, dans le cadre du festival Automne en Normandie.



Articles sur le livre :

Littérature numérique et production de l’espace – Laisse venir de Pierre Ménard et Anne Savelli, par Marcello Vitali-Rosati.

« Le monde en prise directe, aussi bien que le regard en temps réel », dit Pierre Ménard, arrivé à Marseille : les deux couches forment désormais une unité. Tous ces niveaux, ces couches d’informations, se mêlent. Il n’est plus possible, en parcourant les textes, de les séparer. Et je dirais aussi que dans la réalité, Laisse venir modifie l’espace entre Paris et Marseille, le restructure. D’une part Pierre et Anne laissent venir – passivement – cet espace, ils le laissent parler, ils le lisent. De l’autre ils l’écrivent, le restructurent, le produisent de nouveau.

Trip numérique, par Antoine Patefoz dans le Journal La Marseillaise.

Le fait littéraire au temps du numérique, pour une ontologie de l’imaginaire, par Servanne Monjour, Marcello Vitali Rosati et Gérard Wormser sur la revue web de Sens Public.

« Selon Pierre Ménard et Anne Savelli, une ville « se superpose elle-même, strates et strates, s’efface, se recompose, empile couches et plaques et reste horizontale même dans la grimpée. » En d’autres termes, sa nature est anamorphique, composée de strates de mémoire(s), de temps, de discours, d’images (y compris celles de Street View) et de récits — à commencer par les récits littéraires. Ces derniers étant d’ailleurs eux-mêmes imbriqués dans les strates de la littérature, dans l’intertexte. »

« Nous assistons à l’éclosion d’une poéticité nouvelle, écrit Loïc Bailly dans son article La réécriture numérique, permise par la composante dynamique du livre interactif, qui selon le support de lecture peut faire appel au sens du toucher. Certes, la caresse du papier peut avoir sa sensualité, mais l’action de tourner les pages s’automatise rapidement, tandis que sur machine au contraire (l’écran tactile d’une tablette ou d’une liseuse par exemples), l’intervention manuelle est réinvestie de pleine conscience et procède d’un choix, puisque, comme nous l’avons vu, la lecture s’ouvre sur un carrefour de directions plausibles et réversibles, circulaires. Le lecteur peut ’’laisser venir’’ la suite du récit au hasard de ses clics ; la linéarité de l’intrigue est éclatée comme sa linéarité temporelle, confortant en cela l’aspect aventureux du voyage, et traduisant la filiation à Cortázar, dans un horizon littéraire plus vide de repères et par conséquent plus vaste. »

[1Laisse venir, extrait

[2Laisse venir, extrait


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