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Au lieu de se souvenir (Semaine 15 à 18)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions



L’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière. La ville a changé, mais c’est toujours la ville. Ce journal aussi. Avec un mélange d’humour et de cruauté, une force expressive et une profondeur de vue, enfin un incomparable regard sur le détail des choses et des êtres, vus sans une once de sentimentalité mais avec un amour total. L’intimidation y est plus rare, le langage n’y connaît pas de fin.

Le voyage sans idée de retour. Regard vers l’extérieur, constant, quotidien. Ça ne va pas du tout de soi. Humeurs multiples et changeantes, presque chaque jour, chaque jour dans des énergies différentes. Lorsque les mots seront clairement prononcés, le temps sera venu de ne plus se faire d’illusions. Les images défilent au pas lent d’un moteur. Même un chantier peut sembler intime et chaleureux. Et je souris aux souvenirs des lendemains de Noël en enfance. Je n’en suis toujours pas revenu.

Nos vies se transforment en trajectoires. Pour chacun de nous, singulièrement, sous tension. On perçoit tout cela dans la nuit autour. La route est longue, car personne ici ne sait garder un secret. C’est comme si j’avais été un autre. Mais de cet autre, je n’ai aucun souvenir. Je me heurte tous les jours au fantôme de celui que je fus quand je portais un autre nom. Le temps de renouer avec les mots, et l’envie de les renouer.

Sur l’avenir, tout le monde se trompe. Une fois encore, le temps nous fait parcourir un chemin imprévisible. C’est la condition pour ne pas retourner sur nos pas et pour se remettre en marche, la mémoire neuve et le crâne dépeuplé. La mémoire d’un paysage d’antan. Mémoire parcelle tout à fait infime de la vie vécue. Je ne comprends pas toujours tout, il n’y a pas de notice. Mais tout est différent désormais. Si ce n’est que tout cela est bien moins léger qu’il n’y paraît.


LIMINAIRE le 27/10/2020 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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