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	<title>LIMINAIRE</title>
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	<description>Une palpitation, un mouvement encore immobile, un espace de sursis dans la dissolution.</description>
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		<title>La face cach&#233;e de la lune</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Avant d'entrer dans cette maison-mus&#233;e qui n'accueille qu'une seule &#339;uvre, nous patientons quelques minutes &#224; l'ext&#233;rieur, sans savoir avec pr&#233;cision ce que nous allons voir, sans explication sur la nature exacte de l'&#339;uvre. Les seules consignes relatives &#224; cette exp&#233;rience nous sont donn&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur. La visite durera quinze minutes et devra se d&#233;rouler dans un silence absolu. La jeune femme &#224; l'accueil nous demande nos t&#233;l&#233;phones avant de nous laisser entrer. Elle les dispose (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L113xH150/minamidera_art_house_project_naoshima_japan_by_tadao_ando_photos_1-3_via_pinterest_photo_4_k_1_-5a1c1.jpg?1785049312' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/minamidera_art_house_project_naoshima_japan_by_tadao_ando_photos_1-3_via_pinterest_photo_4_k_2_.jpg?1784730359&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant d'entrer dans cette maison-mus&#233;e qui n'accueille qu'une seule &#339;uvre, nous patientons quelques minutes &#224; l'ext&#233;rieur, sans savoir avec pr&#233;cision ce que nous allons voir, sans explication sur la nature exacte de l'&#339;uvre. Les seules consignes relatives &#224; cette exp&#233;rience nous sont donn&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur. La visite durera quinze minutes et devra se d&#233;rouler dans un silence absolu. La jeune femme &#224; l'accueil nous demande nos t&#233;l&#233;phones avant de nous laisser entrer. Elle les dispose d&#233;licatement dans un r&#233;ceptacle en bois. Par groupes de deux, un vieil homme japonais &#224; la voix grave nous fait entrer &#224; l'int&#233;rieur du b&#226;timent. Nous le suivons en silence dans le couloir, effectuant une succession de virages. La lumi&#232;re de l'ext&#233;rieur s'att&#233;nue progressivement. Nous progressons &#224; t&#226;tons dans ce labyrinthe &#233;pur&#233;, la main droite cherchant &#224; ne pas perdre le contact avec le mur, pour ne pas nous &#233;garer, tomber ou nous cogner. Nous suivons les personnes devant nous, mais ne distinguons bient&#244;t plus que leurs vagues silhouettes avant de les voir dispara&#238;tre tout &#224; fait dans l'obscurit&#233; qui nous enveloppe tr&#232;s vite enti&#232;rement. Laissant la lumi&#232;re du soleil derri&#232;re nous, nous p&#233;n&#233;trons dans une salle vide, apparemment d&#233;pourvue de lumi&#232;re et de son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guide nous indique un banc o&#249; nous asseoir. Nous cherchons &#224; t&#226;tons une place sur ce banc adoss&#233; au mur du fond. &#192; peine conscients de la pr&#233;sence de ceux qui nous entourent, percevant leur pr&#233;sence par leur respiration ou le bruit de leurs v&#234;tements frottant sur leurs corps, nous voil&#224; d&#233;sormais livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Dans l'attente. Nous nous asseyons les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres, dans une proximit&#233; qui n'a pas le temps d'atteindre la promiscuit&#233;. Chacun se redresse, ajuste son corps pour garder ses distances avec son voisin. Les explications du guide nous parviennent tout d'abord en japonais, puis en anglais. Il nous pr&#233;cise la marche &#224; suivre. Les r&#232;gles du jeu. Dans la pi&#232;ce totalement plong&#233;e dans le noir, assis contre le mur, &#224; c&#244;t&#233; d'un couple de Japonais. Le guide nous dit d'attendre l&#224;, nous demande d'&#234;tre patients. Nous allons finir par voir quelque chose dans cette pi&#232;ce sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme lumineuse s'esquisse progressivement &#224; force de patience. Elle prend l'aspect d'un rectangle dont la lumi&#232;re vacillante semble poudreuse, fantomatique. Au d&#233;but, cette forme appara&#238;t, puis dispara&#238;t, c'est l'impression que nous avons. Nous ressentons une incertitude face &#224; l'exp&#233;rience in&#233;dite que nous vivons. La forme luminescente s'installe finalement devant nos yeux &#233;bahis. &#201;cran de cin&#233;ma dont le film est une lumi&#232;re &#233;vanescente qui oscille sous nos yeux malgr&#233; l'obscurit&#233;. Quelques minutes plus tard, dans un silence troublant, le guide finit par revenir nous informer que d&#233;sormais nous sommes pr&#234;ts &#224; nous lever pour arpenter librement l'espace entier de la pi&#232;ce malgr&#233; la p&#233;nombre. La lumi&#232;re n'a pas chang&#233; depuis que nous sommes entr&#233;s, mais c'est comme si nous voyions enfin quelque chose. Il n'y a rien de plus &#224; voir. C'est nous qui avons chang&#233;, nous nous sommes adapt&#233;s, pour enfin d&#233;celer une lumi&#232;re l&#224; o&#249; l'on ne percevait jusqu'&#224; pr&#233;sent que l'obscurit&#233; de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'obscurit&#233; totale, nous restons assis sans rien faire. Les minutes s'&#233;coulent et, tr&#232;s lentement, je crois apercevoir un l&#233;ger tremblement lumineux devant moi. Cela reste longtemps impr&#233;cis, incertain. Cela surgit puis dispara&#238;t dans le m&#234;me temps. Une h&#233;sitante lueur appara&#238;t, de plus en plus nette. La lumi&#232;re s'intensifie et prend de l'ampleur jusqu'au moment o&#249; nous parvenons enfin &#224; distinguer un imposant rectangle lumineux juste devant nous. Une fois nos yeux acclimat&#233;s, le guide revient dans la salle et nous autorise &#224; nous lever pour marcher vers la lumi&#232;re qu'on per&#231;oit plus nettement d&#233;sormais sur le mur face &#224; nous. Nous pouvons nous d&#233;placer et nous diriger vers la source lumineuse, m&#234;me s'il est encore difficile de la d&#233;finir ainsi. Un &#233;trange trou rectangulaire dans le mur. La forme d'un &#233;cran de cin&#233;ma, sans film, sans image, &#224; peine un peu de lumi&#232;re, celle-ci n'est cependant pas projet&#233;e sur l'&#233;cran, elle &#233;mane d'une fine trou&#233;e au plafond qui projette sa lumi&#232;re discr&#232;te sur le mur. Cela vibre &#224; sa surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous approchons au plus pr&#232;s du mur, incr&#233;dules, penchons la t&#234;te vers le haut. Au niveau du plafond d'o&#249; provient la faible source lumineuse, un filet d'air nous caresse alors le visage. L'aspect brumeux de cet air est donc palpable d'une certaine mani&#232;re. Un vertige passager nous fait chanceler. Nous pourrions tomber dans ce gouffre s'il n'&#233;tait pas au-dessous de nous. Il ne nous aspire pas, mais c'est bien un l&#233;ger filet d'air frais dont nous ne saisissons pas tout de suite la provenance. Il ne nous aspire pas mais il ouvre en nous un trou d'air, comme une fen&#234;tre lumineuse dans l'obscurit&#233;. Cela ne dure qu'un instant, jusqu'au moment o&#249; tout s'agence dans notre esprit. Le dispositif nous appara&#238;t dans sa simplicit&#233; d&#233;sarmante, un d&#233;nuement qui ne suspend pas pour autant notre fascination, bien au contraire. Cette br&#232;che rectangulaire laisse entrer l'air ext&#233;rieur et la lumi&#232;re du ciel, projet&#233;s &#224; la surface du mur. Nous ne pouvons pas la voir avant que nos yeux s'habituent &#224; l'obscurit&#233; de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guide nous explique en effet que nous sommes rest&#233;s dans la m&#234;me pi&#232;ce pendant quinze minutes et que rien n'y a chang&#233;, pendant tout ce laps de temps. Nous avons des difficult&#233;s &#224; le croire. Tout ce qu'il nous dit, nous l'avons senti, m&#234;me si cela prend du temps pour le comprendre r&#233;ellement. Il met des mots sur notre propre perception. Aucune lumi&#232;re ne s'est allum&#233;e, aucun rideau n'a &#233;t&#233; tir&#233;. Ce qui a chang&#233;, c'est nous, les spectateurs. Nos yeux se sont adapt&#233;s progressivement &#224; la p&#233;nombre de la pi&#232;ce et ont fini par percevoir la faible lumi&#232;re qui &#233;tait l&#224; depuis le d&#233;but. C'est une exp&#233;rience sensorielle de la lumi&#232;re. Une exploration singuli&#232;re de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, apr&#232;s le repas, en sortant pour v&#233;rifier si la lune est pleine comme vient de l'annoncer la t&#233;l&#233;vision, nous apercevons l'astre brillant dans le ciel derri&#232;re un voile gris qui rappelle immanquablement l'exposition de cet apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8828 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/54073264334_01cea0b902_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/54073264334_01cea0b902_k-91bf2.jpg?1785049312' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Rue de la Minamidera Art House Project, sur l'&#238;le de Naoshima, au Japon, en octobre 2024&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; Honmura, sur l'&#238;le de Naoshima, situ&#233;e &#224; environ une heure d'Okayama au Japon, la Minamidera est un b&#226;timent con&#231;u par l'architecte Tadao Ando, &#224; l'endroit o&#249; se trouvait un ancien temple bouddhiste. Son aspect ext&#233;rieur prolonge celui des principales b&#226;tisses du village, dont les murs sont recouverts de planches de bois noires en c&#232;dre calcin&#233;. Ce mus&#233;e a &#233;t&#233; con&#231;u pour accueillir une &#339;uvre unique, celle de James Turrell : &lt;i&gt;Backside of the Moon&lt;/i&gt;. Une &#171; exploration de la lumi&#232;re et de l'espace qui s'adresse au spectateur sans mots &#187;. Alors que vous &#234;tes assis dans l'obscurit&#233; silencieuse, toute perception s'estompe, et une marque luminescente appara&#238;t, apr&#232;s un long moment d'attente. Lorsque vous vous en approchez, un espace invisible s'ouvre devant vous et sa trace dispara&#238;t. &#192; la fois accessible et profonde, ce n'est pas une &#339;uvre &#224; voir, mais une exp&#233;rience &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re r&#233;v&#232;le le monde qui nous entoure et, par cons&#233;quent, la perception que nous en avons. En fa&#231;onnant la lumi&#232;re, on transforme la r&#233;alit&#233;. &#171; Les &#234;tres humains sont comme des crustac&#233;s, dit James Turrell. Nous habitons des coquilles &#8211; voitures, maisons, bureaux, restaurants &#8211; et nous nous d&#233;pla&#231;ons machinalement de l'une &#224; l'autre, sans jamais vraiment r&#233;fl&#233;chir &#224; ces coquilles ni les remettre en question. &#187; L'&#339;uvre de l'artiste nous offre en quelque sorte l'occasion de prendre conscience de nos coquilles. Elle nous invite &#224; ressentir quelque chose lorsque nous les habitons. Peut-&#234;tre m&#234;me &#224; r&#233;imaginer celles-ci de fond en comble, si nous en avons le courage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1943 &#224; Los Angeles, James Turrell s'est passionn&#233; tr&#232;s jeune pour l'aviation. Aujourd'hui, il d&#233;crit le ciel comme son atelier, son mat&#233;riel, sa toile. Dans les ann&#233;es 1960, influenc&#233; par l'art minimal et le land art, il a d&#233;ploy&#233; une panoplie de techniques pour donner &#224; la lumi&#232;re immat&#233;rielle une pr&#233;sence physique. Pendant cinq d&#233;cennies, l'artiste a associ&#233; la pens&#233;e conceptuelle, la science, la technologie et la spiritualit&#233; afin de cr&#233;er une forme d'art unique. L'&#339;uvre prend forme &#224; travers la perception du spectateur, qui devient si concentr&#233;e qu'il se voit en train d'observer, selon les termes de Turrell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque visiteur distingue un rectangle de lumi&#232;re bleut&#233;, d&#233;coup&#233; dans le mur au fond de la salle. Dans mon souvenir, il &#233;tait gris. Je crois que sa couleur change en fonction du temps qu'il fait. L'immersion silencieuse dans ce milieu sans rep&#232;re peut provoquer un &lt;i&gt;effet Ganzfeld&lt;/i&gt;. L'observateur &#171; voit noir &#187; : une c&#233;cit&#233; apparente. L'effet peut &#233;galement provoquer des perceptions hallucinatoires chez certaines personnes, ainsi qu'un &#233;tat modifi&#233; de conscience. L'effet Ganzfeld est une exp&#233;rience de perception produite par l'exposition &#224; un champ de stimulation uniforme et non structur&#233;. Cet effet r&#233;sulte de l'amplification de l'activit&#233; neuronale latente par le cerveau pour remplacer les perceptions disparues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Turrell appelle l'interaction avec &#171; la physicalit&#233; de la lumi&#232;re &#187;. Son m&#233;dium, fait d'ombre et de lumi&#232;re, oblige les spectateurs &#224; devenir partie int&#233;grante de ses &#339;uvres. L'exp&#233;rience repose autant sur la perception du spectateur que sur la transformation de la r&#233;alit&#233; physique op&#233;r&#233;e par l'artiste. Turrell relie ce concept &#224; &lt;i&gt;l'illusion du train&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire le moment &#171; o&#249; l'on se trouve dans un train &#224; l'arr&#234;t et qu'un autre train &#224; c&#244;t&#233; de soi se met en mouvement, ce qui donne l'impression de se d&#233;placer soi-m&#234;me &#187;. Pour l'artiste, la mani&#232;re dont nous percevons la r&#233;alit&#233; peut avoir autant d'importance que ce que nous observons r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contempler une &#339;uvre d'art comme &lt;i&gt;Backside of the Moon&lt;/i&gt;, revient &#224; reconna&#238;tre simultan&#233;ment nos points communs et &#224; prendre conscience de la diversit&#233; des exp&#233;riences. Il faut remettre en question nos id&#233;es re&#231;ues et changer notre rapport &#224; la r&#233;alit&#233; telle que nous percevons. Plus nous observons, plus notre propre ancrage dans une perspective unique peut commencer &#224; &#233;voluer. C'est pourquoi Turrell insiste sur le fait que &#171; nous sommes faits pour le cr&#233;puscule &#187;. La lumi&#232;re &#233;tant r&#233;duite, la pupille s'ouvre et &#171; la sensation sort de l'&#339;il sous forme de toucher &#187;. Alors &#171; nous ressentons la lumi&#232;re dans l'espace, nous la touchons &#187;. Turrell se souvient qu'enfant il souhaitait &#171; toucher cette lumi&#232;re des r&#234;ves et la faire appara&#238;tre aux yeux du jour &#187;. Mais entrer &#224; l'int&#233;rieur d'un tel espace, c'est &#224; la fois entrer &#224; l'int&#233;rieur de soi, atteindre cet &#233;tat de r&#234;ve &#233;veill&#233; proche de la m&#233;ditation, et &#171; accueillir cette lumi&#232;re int&#233;rieure &#187;, un mouvement d'ouverture de soi au monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8833 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/minamidera.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/minamidera-b8b2d.jpg?1785049312' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'essence du temps, de l'espace, de l'univers</title>
		<link>https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/l-essence-du-temps-de-l-espace-de-l-univers</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Temps</dc:subject>
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		<dc:subject>Absence</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Michelangelo Antonioni</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Situ&#233;e au fin fond d'un village de vacances, Costa Paradiso, une succession de villas monotones surplombe la mer. On pousse un peu plus loin, par curiosit&#233;. Du sentier, on n'aper&#231;oit qu'un morceau de toit couleur cendre &#233;gar&#233; dans la v&#233;g&#233;tation. L'acc&#232;s est interdit. Un cadenas prot&#232;ge le portail mais il est possible de se frayer un chemin. Tout au bout, on d&#233;couvre une villa &#224; l'abandon. Les fen&#234;tres et les portes ont &#233;t&#233; condamn&#233;es par des planches grossi&#232;res, le verre de certaines vitres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/nature" rel="tag"&gt;Nature&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/fenetre" rel="tag"&gt;Fen&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/michelangelo-antonioni" rel="tag"&gt;Michelangelo Antonioni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L148xH150/dante-bini-pour-m-vitti-m-antonioni-photo-francois-halard-2020-3-2048x2048_1_-84f67.jpg?1784445335' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/dante-bini-pour-m-vitti-m-antonioni-photo-francois-halard-2020-4-2048x2048_1_.jpg?1784445288&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Situ&#233;e au fin fond d'un village de vacances, &lt;i&gt;Costa Paradiso&lt;/i&gt;, une succession de villas monotones surplombe la mer. On pousse un peu plus loin, par curiosit&#233;. Du sentier, on n'aper&#231;oit qu'un morceau de toit couleur cendre &#233;gar&#233; dans la v&#233;g&#233;tation. L'acc&#232;s est interdit. Un cadenas prot&#232;ge le portail mais il est possible de se frayer un chemin. Tout au bout, on d&#233;couvre une villa &#224; l'abandon. Les fen&#234;tres et les portes ont &#233;t&#233; condamn&#233;es par des planches grossi&#232;res, le verre de certaines vitres bris&#233;es, la surface ciment&#233;e de sa rotonde s'effrite au soleil, laissant appara&#238;tre par endroits le b&#233;ton nu. Ici, l'action cumul&#233;e du sel de la mer et du soleil corrode tout. Le vent dans la r&#233;gion, terrible l'hiver, finit le travail de cette lente d&#233;sagr&#233;gation. Au milieu des &#233;tranges formations rocheuses d'une c&#244;te accident&#233;e faite de granit rouge&#226;tre, le sommet d'une coupole se profile. Du granit local a &#233;t&#233; ajout&#233; au ciment pour rapprocher sa couleur de celle des rochers alentour. Quand on s'approche, avant m&#234;me d'entrer, on distingue des graffitis sur les murs blancs de la pi&#232;ce principale. La terrasse de granit rose, en plein soleil, est livr&#233;e aux l&#233;zards et aux insectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet du d&#244;me est audacieusement d&#233;coup&#233; selon une forme libre qui ouvre l'espace. On imagine un jardin central plant&#233; de fleurs et de v&#233;g&#233;tation locale, baign&#233; de soleil et de pluie, selon la saison. C'est une maison sans murs porteurs. Ses larges fen&#234;tres, dont les dimensions rappellent le format allong&#233; de certains films, forment une ouverture discr&#232;te vers l'ext&#233;rieur, la mer &#224; perte de vue, laissant entrer la lumi&#232;re mais pas la chaleur. Elles lib&#232;rent un espace int&#233;rieur sans entraves. Ce lieu d&#233;sert&#233;, &#224; l'abandon, invite &#224; y d&#233;ambuler comme si on &#233;tait chez soi. On p&#233;n&#232;tre sous le d&#244;me de cet &#233;difice aux formes futuristes, ce blockhaus un peu d&#233;labr&#233;, qui para&#238;t s'&#234;tre fig&#233; dans un temps oubli&#233;, sur la forme duquel semble encore flotter aujourd'hui l'utopie d'un concept alternatif de vie et d'habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les diff&#233;rents espaces de cette maison, la seule vision ne peut suffire pour en appr&#233;cier la beaut&#233;. Une baie vitr&#233;e incurv&#233;e fait le tour de la fa&#231;ade pour laisser entrer la lumi&#232;re du jour et offrir une vue imprenable sur la M&#233;diterran&#233;e depuis le salon principal. &#192; l'&#233;tage, les chambres disposent chacune de leur propre balcon int&#233;gr&#233; &#224; la structure du d&#244;me, donnant un acc&#232;s direct &#224; l'ext&#233;rieur et surplombant le littoral. L'architecture se donne &#224; voir avant de se vivre, d'en ressentir les espaces, au fil des saisons, des changements de lumi&#232;re, de temp&#233;rature. On oublie d'appr&#233;hender le lieu avec tous nos sens. Les b&#226;timents peuvent &#234;tre ressentis par tout le corps. Toute exp&#233;rience de l'architecture doit &#234;tre multisensorielle. Les qualit&#233;s de l'espace, de la mati&#232;re et de l'&#233;chelle sont ainsi appr&#233;hend&#233;es &#224; parts &#233;gales par l'&#339;il, l'oreille, le nez, la peau, la langue, le squelette et les muscles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'on entre &#224; l'int&#233;rieur, notre perception du lieu change totalement. En me promenant dans la villa, dans ce labyrinthe d'espaces int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs. En m'asseyant sur les marches de dalles brutes encastr&#233;es dans le mur int&#233;rieur circulaire qui conduit &#224; l'&#233;tage des chambres, j'ai l'impression d'entrer en relation avec les personnes qui ont v&#233;cu ici entre les ann&#233;es 70 et 80. Tout est sensuellement diff&#233;rent, en termes de temp&#233;rature, de sons et d'odeurs, par rapport &#224; l'ext&#233;rieur, sous l'&#233;crasant soleil m&#233;diterran&#233;en. Les propri&#233;t&#233;s isolantes des parois procurent imm&#233;diatement une sensation de fra&#238;cheur. L'int&#233;rieur caverneux du d&#244;me cr&#233;e &#233;galement un &#233;cho qui att&#233;nue le chant des grillons et le bruit de la mer &#224; l'ext&#233;rieur tout en reproduisant doucement le bruit de nos pas et nos cris de joie. Il r&#232;gne une odeur d'humidit&#233; et de moisi, probablement due &#224; des ann&#233;es de n&#233;gligence d'entretien, qui contraste avec l'air sal&#233; et les herbes m&#233;diterran&#233;ennes qui chatouillent nos narines. Depuis la terrasse, un escalier descend le long des falaises rouges jusqu'&#224; la mer. Personne alentour, on pourrait se baigner nu sans &#234;tre vu. Depuis cette crique isol&#233;e, la maison est invisible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/ad_2021_10_cupola_antonioni_01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH324/ad_2021_10_cupola_antonioni_01-842b2.jpg?1784444426' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Photographie de Diana Lanciotti&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En 1964, Michelangelo Antonioni et Monica Vitti se rendent sur l'&#238;le de Budelli, dans l'archipel de la Madeleine, au nord de la Sardaigne, pour les besoins de leur nouveau film, &lt;i&gt;Le D&#233;sert rouge&lt;/i&gt;. Apr&#232;s le tournage d'une s&#233;quence film&#233;e sur une plage de sable d'un rose d&#233;licat form&#233;e de minuscules fragments de coquillages et de coraux, cern&#233;e par des eaux turquoise et des gen&#233;vriers &#233;meraude, le couple cherche &#224; s'installer dans la r&#233;gion. Le propri&#233;taire d'un hameau isol&#233; au nord de la Sardaigne leur fait don d'un terrain dans son village de vacances en construction &#224; &lt;i&gt;Costa Paradiso&lt;/i&gt;, anciennement baptis&#233; la &lt;i&gt;Costa Nera&lt;/i&gt;, la C&#244;te noire. Conquis, le cin&#233;aste commande &#224; l'architecte italien, Dante Bini, la construction d'une &#339;uvre architecturale hors norme dans cet endroit sauvage de l'&#238;le : &lt;i&gt;La Cupola&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fils de Giuliana, Valerio, est soudainement paralys&#233; de la taille aux pieds. Craignant qu'il ait contract&#233; la polio, Giuliana essaie de le r&#233;conforter avec l'histoire d'une jeune fille qui vit sur une &#238;le et nage au large d'une plage dans une crique isol&#233;e. La jeune fille vit en osmose avec son environnement. Un myst&#233;rieux voilier s'approche du large, et d&#232;s lors, tous les rochers de la crique semblent s'animer et chanter d'une seule voix. Peu de temps apr&#232;s, Giuliana d&#233;couvre que Valerio faisait seulement semblant d'&#234;tre paralys&#233;. Incapable d'imaginer pourquoi son fils ferait une chose aussi cruelle, le sentiment de solitude et d'isolement de Giuliana revient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8803 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8803&#034; data-id=&#034;5289b2656d10bbd266bab3d23685d46e&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:206}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/pepita_isetta_che_segui_da_vicino_la_nascita_della_cupola_racconta_la_vita_di_michelangelo_ant.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L64xH64/mp4-d7cc4-f1e42.svg?1773952650' width='64' height='64' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;La Cupola&lt;/i&gt;, extrait du documentaire r&#233;alis&#233; par Volker Sattel en 2016&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du film, Giuliana se dirige vers un navire &#224; quai o&#249; elle rencontre un marin &#233;tranger et lui demande si le navire prend des passagers. Elle essaie de lui communiquer ses sentiments, mais il ne peut pas comprendre ses paroles. Reconnaissant la r&#233;alit&#233; de son isolement, elle dit simplement : &#171; Nous sommes tous s&#233;par&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le metteur en sc&#232;ne passe une semaine sur les lieux avec l'architecte, afin de s'impr&#233;gner de ce qui doit &#234;tre l'essence de la maison : un &#171; environnement sculptural &#187;, une coquille vide. Antonioni dira : &#171; Je veux sentir l'odeur des rochers. &#187; Il voulait que l'architecte s'impr&#232;gne de l'environnement pendant des jours entiers. &#171; On peut sentir ici l'essence du temps, de l'espace, de l'univers ! &#187; Il l'a invit&#233; &#224; observer la direction des vents dominants, lui a fait &#233;couter le fracas des vagues se brisant sur les rochers, sentir l'odeur de la v&#233;g&#233;tation locale et, &#224; l'occasion d'un bref orage d'&#233;t&#233;, appr&#233;cier le plaisir de la pluie sur la peau. Antonioni mettait en pratique, dans sa vie quotidienne, des rituels et certaines routines cherchant &#224; &#233;tablir un lien sensible avec son environnement. Selon ses propres mots : &#171; Le sujet de mes films na&#238;t toujours du paysage, d'un site, d'un lieu que je souhaite explorer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dante Bini est un architecte italien des ann&#233;es 1960. Il est notamment connu pour ses constructions &#233;labor&#233;es gr&#226;ce &#224; son brevet &lt;i&gt;Binishell&lt;/i&gt;, un syst&#232;me utilisant une fine coque en b&#233;ton arm&#233; en forme de d&#244;me, soulev&#233;e par gonflage &#224; l'air. Le b&#233;ton est coul&#233; sur une membrane circulaire renforc&#233;e d'une structure en acier, gonfl&#233;e au moyen d'un ventilateur jusqu'&#224; atteindre la hauteur d&#233;sir&#233;e, en maintenant une pression constante. Une fois le b&#233;ton durci, le ventilateur est arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'Antonioni s'affaire &#224; la construction de sa maison, comme on &#233;crit le sc&#233;nario d'un film avant de le r&#233;aliser, Monica Vitti, qui n'appr&#233;cie ni l'avion ni le bateau, seuls moyens de transport pour rejoindre l'&#238;le, s'&#233;loigne rapidement du lieu et se lasse de leur histoire. On raconte que la jeune femme aurait eu une liaison avec le directeur de la photographie du &lt;i&gt;D&#233;sert Rouge&lt;/i&gt;, Carlo di Palma. Les rumeurs se confirment. Le couple se s&#233;pare en 1966. Les travaux de la coupole sont achev&#233;s quatre ans plus tard. Antonioni continuera de s'y rendre de loin en loin. On dit qu'il a &#233;crit sur place le sc&#233;nario de son film &lt;i&gt;Zabriskie Point&lt;/i&gt;. Il y emm&#232;nera Enrica Fico, actrice qu'il rencontre en 1972 et avec laquelle il partage la fin de sa vie. Il y accueille un &#233;t&#233; le cin&#233;aste Andre&#239; Tarkovski qui y travaille, avec le sc&#233;nariste Tonino Guerra, &#224; l'&#233;criture de &lt;i&gt;Nostalghia&lt;/i&gt; en 1983.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chiens, de Julien Viteau</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
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		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1985, Julien, adolescent pr&#233;coce, tente de survivre &#224; une famille dysfonctionnelle et passe l'&#233;t&#233; au Touquet o&#249; il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les n&#233;ons du Midnight, il s'&#233;veille au d&#233;sir, guid&#233; par deux boussoles mythologiques : Argos le Grec, chien du mythe et de l'errance, et Keleb le Juif, gardien de l'&#233;rudition. Julien cherche &#224; d&#233;sapprendre le monde plut&#244;t qu'&#224; le conqu&#233;rir. Ce troublant r&#233;cit d'initiation a une forme in&#233;dite. Certains mots, mis en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_6_1_-2-16fa6.png?1784271661' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En 1985, Julien, adolescent pr&#233;coce, tente de survivre &#224; une famille dysfonctionnelle et passe l'&#233;t&#233; au Touquet o&#249; il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les n&#233;ons du &lt;i&gt;Midnight&lt;/i&gt;, il s'&#233;veille au d&#233;sir, guid&#233; par deux boussoles mythologiques : &lt;i&gt;Argos le Grec&lt;/i&gt;, chien du mythe et de l'errance, et &lt;i&gt;Keleb le Juif&lt;/i&gt;, gardien de l'&#233;rudition. Julien cherche &#224; d&#233;sapprendre le monde plut&#244;t qu'&#224; le conqu&#233;rir. Ce troublant r&#233;cit d'initiation a une forme in&#233;dite. Certains mots, mis en relief, en gras, suspendent le temps du r&#233;cit. Ces &lt;i&gt;boussoles &#233;motionnelles&lt;/i&gt; fragmentent le texte, leurs fulgurances renforcent la singularit&#233; du regard du narrateur sur son propre parcours. Une enqu&#234;te m&#233;taphysique sur le temps, l'identit&#233; et le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-verdier.fr/livre/chiens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Chiens&lt;/i&gt;, Julien Viteau, Verdier, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
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&lt;/div&gt;
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&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/2X5EGwxGRl2T5cS0U49l1G?si=gACkXPJoSlS-jfsAu1HE2g&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;p&gt;Je rencontrai S&#233;bastien au lever du soleil sur un banc. J'y avais pass&#233; la nuit apr&#232;s avoir perdu les cl&#233;s de la librairie. Il courait &#224; l'aube. Il s'arr&#234;ta pr&#232;s de moi puis engagea la conversation. Quelques minutes plus tard, nous &#233;tions dans le blockhaus, une chose impr&#233;vue mais qui ne m'&#233;tonna pas. Nous avons pass&#233; une semaine &#224; courir ensemble chaque matin. Parfois, il me lan&#231;ait des d&#233;fis en acc&#233;l&#233;rant. Ses mollets &#233;taient faits pour la course. Sa nuque rase devant moi &#233;tait le symbole de la plus grande solitude. Allong&#233;s sur le sable, apr&#232;s avoir repris notre souffle, nous parlions sans nous arr&#234;ter. Je le sentais tiraill&#233; par des sentiments contradictoires mais je ne l'interrogeais pas. Pour la premi&#232;re fois, avec nos shorts et nos Adidas &#224; bandes noir et blanc, il me semblait que deux gar&#231;ons pouvaient &#234;tre une addition. Nous rentrions assez lentement par la plage. Il tenait ma main puis la l&#226;chait subitement quand nous croisions un promeneur. &lt;strong&gt;Une d&#233;claration :&lt;/strong&gt; &#171; Je commence &#224; tomber amoureux. &#187; Un apr&#232;s-midi, S&#233;bastien entra dans la librairie avec un enfant dans une poussette. Devant le tourniquet de cartes postales, une femme l'attendait avec un chien. Elle parlait &#224; une amie. S&#233;bastien parut effray&#233; de cette rencontre mais je le rassurai par un regard calme. Alors que je me baissais pour prendre un album de coloriage, il passa doucement sa main dans mon dos. Ce geste r&#233;v&#233;lait les arri&#232;re-pays o&#249; il vivait. C'&#233;tait mieux dire &#171; je t'aime &#187;. Le lendemain, une explication vint que je n'exigeai pas. Une paternit&#233; &#224; vingt ans avec une fille connue au lyc&#233;e. Un enfant qu'il peinait &#224; aimer. Il y eut un choix &#224; faire. Au blockhaus, mon corps prit le go&#251;t sal&#233; de ses larmes. En le quittant devant le club Mickey, j'&#233;tais peut-&#234;tre le nom propre d'un dilemme. Mais, je pensais au dos d'Elvire et &#224; cette mani&#232;re ad&#233;quate de lui dire &#171; je t'aime &#187;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Au Touquet, la nuit, je voyais la mer &#224; bonne distance du blockhaus. Il n'en avait pas toujours &#233;t&#233; ainsi. &lt;strong&gt;Secours populaire :&lt;/strong&gt; Saint-Valery-en-Caux, douze et treize ans. Les plus jeunes portaient leurs brassards d&#232;s le parking. Ils s'agitaient comme des canetons pendant le trajet et donnaient un l&#233;ger tournis. &lt;strong&gt;Sur les vitres du car :&lt;/strong&gt; &#171; Chaque enfant a droit &#224; des vacances. &#187; Aux p&#233;ages, on nous d&#233;visageait avec curiosit&#233; mais sans envie. Je pr&#233;parais cette journ&#233;e longtemps &#224; l'avance. J'empruntais un roman &#224; la biblioth&#232;que. Il fallait qu'il soit suffisamment court mais assez long quand m&#234;me. &lt;strong&gt;1982 :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Franny et Zooey&lt;/i&gt;. &lt;strong&gt;1983 :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Narcisse et Goldmund&lt;/i&gt;. Les portes du car ouvertes, je m'&#233;loignais rapidement du groupe. Je cachais cette casquette qui nous identifiait &#224; la pauvret&#233;. Un b&#233;n&#233;vole plantait un drapeau comme rep&#232;re sur la plage. &lt;strong&gt;La position : &lt;/strong&gt; occuper l'espace d'une serviette de toilette rose (pas de drap de bain). Souvent, je m'asseyais &#224; c&#244;t&#233; d'une famille. Une fois, un gar&#231;on m'avait propos&#233; de jouer au badminton avec lui. Ses jambes &#233;taient plus poilues que les miennes. Rendez-vous fut pris pour une revanche, le lendemain, m&#234;me lieu, m&#234;me heure. Le car repartait &#224; dix-sept heures. &#192; la rentr&#233;e (il y avait aussi ces autocollants : &#171; Chaque enfant a droit &#224; des souvenirs &#187;, je m'en souviens), j'&#233;crivais sur mes lectures. &#192; la librairie, je vendais des livres gr&#226;ce &#224; des r&#233;dactions de cinqui&#232;me et de quatri&#232;me. J'aurais pu revendiquer un droit &#224; l'oubli plut&#244;t que ce droit aux souvenirs (avec tout le bien qu'on nous voulait). Pour cette raison, et quelques autres encore, le ph&#233;nom&#232;ne faisait du neuf avec du vieux. Il recyclait le plus souvent et ne se pensait pas vraiment cr&#233;atif dans ces r&#233;dactions.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La popularit&#233; :&lt;/strong&gt; le mot de passe de la bouteille de Fran&#231;ois au bar du &lt;i&gt;Midnight&lt;/i&gt;, le regard de C&#233;dric quand il lan&#231;ait certains morceaux, l'amiti&#233; des videurs. &lt;strong&gt;Une popularit&#233; :&lt;/strong&gt; ma s&#233;duction au blockhaus, la cigarette pour entrer en mati&#232;re. Dans ma poche, elle &#233;tait pr&#234;te comme un app&#226;t. La blondeur d'un corps souple et d&#233;sirable. &lt;strong&gt;Ma popularit&#233; :&lt;/strong&gt; cette femme &#224; la librairie, poussant son mari du coude : &#171; Pose-lui des questions, tu verras, c'est incroyable. &#187; Cette autre femme, humiliant un gar&#231;on de mon &#226;ge qui n'aimait pas les livres. Cet appel t&#233;l&#233;phonique de Paris pour un conseil de lecture. &lt;strong&gt;Le peuple de ces popularit&#233;s :&lt;/strong&gt; je ne m&#233;prisais, ni ne flattais personne. J'&#233;tais le sujet d'une chose qui me d&#233;passait. La popularit&#233; &#233;tait du m&#234;me m&#233;tal qu'une hostilit&#233; qui n'&#233;tait pas moins grande. &lt;strong&gt;La haine :&lt;/strong&gt; ceux qui n'&#233;taient pas sur la liste d'Elvire, ce gar&#231;on qui n'aimait pas les livres. &lt;strong&gt;Une haine :&lt;/strong&gt; Fran&#231;ois ignorant que j'&#233;levais deux chiens dans mon for int&#233;rieur. Ma fratrie reprise &#224; chaque erreur de conjugaison. &lt;i&gt;Ma haine : &lt;/i&gt; Jacky, phares allum&#233;s devant la librairie, qui pensait valoir autant qu'un autre.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 juillet :&lt;/strong&gt; la main d'Elvire pour la premi&#232;re fois dans la mienne. Plus tard, dans une bousculade, elle pronon&#231;a le mot &#171; bougnoule &#187;. Ce mot aurait d&#251; &#233;teindre le d&#233;sir. Pourtant, il enflamma le ph&#233;nom&#232;ne. Pendant deux jours, dans une fi&#232;vre missionnaire, j'&#233;crivis contre le racisme. &lt;strong&gt;Dissertation : &lt;/strong&gt; elle commen&#231;ait par l'Ancien Testament. Je citais Genet et la po&#233;sie d'Aragon. Ma copie achev&#233;e, je l'offris &#224; Elvire. Elle &#233;tait venue sans Sandrine, cette fille qui voulait l'imiter et la suivait comme son ombre. D'abord intrigu&#233;e, elle &#233;clata d'un grand rire puis me rendit les feuilles qu'elle ne lut pas. Soudain, il m'apparut qu'elle aimait enfiler un bombers &#224; l'arri&#232;re des motos de cr&#226;nes ras&#233;s et que sa libert&#233; &#233;tait un individualisme. Simultan&#233;ment, je compris qu'elle m'avait s&#233;duit pour cette raison pr&#233;cise. Les filles de droite pouvaient provoquer cela. Cette r&#233;v&#233;lation me souleva le c&#339;ur. Je vis les chiens sur le trottoir, les oreilles basses. Une chose importante &#233;tait rest&#233;e hors de leur compr&#233;hension. Mais le soir, dans mon r&#234;ve, Elvire gagna plusieurs rangs dans une liste.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Quand Elvire descendit l'escalier de la librairie, l&#233;g&#232;rement d&#233;coiff&#233;e, je ne compris pas imm&#233;diatement la situation. Fran&#231;ois lui embo&#238;tait le pas et tout devint clair. Il se glissa derri&#232;re la caisse pour se donner une apparence de normalit&#233;. Il montrait une fausse nonchalance comme un joueur de tennis qui aurait remport&#233; une victoire contre un adversaire faible mais accrocheur. Nous savions, lui et moi, qu'il n'y avait pas eu match. &#192; sa place habituelle, Elvire me regardait sans me d&#233;fier. Son regard semblait dire qu'il &#233;tait inutile d'accuser l'essence d'une chose quand elle accomplit pr&#233;cis&#233;ment ce pour quoi elle est faite. &#192; cette heure, la librairie &#233;tait pleine de monde. Je devais ne rien c&#233;der publiquement et remettre la d&#233;tresse &#224; plus tard. Fran&#231;ois prit les cl&#233;s de sa voiture sous le comptoir. D'un mouvement de t&#234;te, il donna le signal du d&#233;part &#224; Elvire. Sur le seuil de la porte, elle me fit un geste d&#233;sol&#233; de la main. Le reste de l'apr&#232;s-midi, je construisis une forteresse imprenable. &lt;strong&gt;Les murs :&lt;/strong&gt; &#224; tous les endroits fragiles de mon corps. Entre deux clients, je fumais une cigarette pour retrouver un souffle. Apr&#232;s dix-neuf heures, il fut enfin possible de se soustraire aux regards. Je montai &#224; l'&#233;tage. Je voulais seulement dormir. &lt;strong&gt;La sc&#232;ne :&lt;/strong&gt; les draps en boule sur mon lit. L'odeur d'Elvire et de Fran&#231;ois dans ma chambre. &lt;strong&gt;Le chagrin :&lt;/strong&gt; la voix s'est perdue qui aurait pu dire cela.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Comme ce chien mi-grec, mi-juif qui d&#233;terrait les os dans la glaise de mon corps, je m'effrayais de ce que je trouverais au fond de moi. &lt;strong&gt;Les noms d'Elvire avant Elvire :&lt;/strong&gt; P&#232;re, Saloon, Secours populaire. &lt;strong&gt;La r&#233;p&#233;tition :&lt;/strong&gt; vieille histoire, ancienne fatigue. &lt;strong&gt;Une autre r&#233;p&#233;tition :&lt;/strong&gt; ne pas comprendre de ne pas comprendre. Le lendemain, Fran&#231;ois se montra plus amical. Il n'avait pas mauvaise conscience mais un code d'honneur lui commandait d'agir. Au milieu du d&#233;jeuner, il m'offrit Nathalie comme d&#233;dommagement. Elle &#233;tait sur le canap&#233; avec son peignoir et ses mules &#224; pompons. Elle passait la journ&#233;e dans cette tenue devant la t&#233;l&#233;vision. Elle ne leva m&#234;me pas les yeux de l'&#233;cran. &#171; Elle pourrait t'apprendre deux ou trois choses &#187;, ajouta-t-il. Je consid&#233;rai les termes du march&#233;. Je n'&#233;tais pas certain de vouloir conclure la transaction. &lt;strong&gt;Bureaucratie :&lt;/strong&gt; il devait y avoir quelque part dans l'appartement un contrat qui obligeait Nathalie. &#192; la maison, derri&#232;re la cloison de ma chambre, j'entendais ma m&#232;re &#233;noncer ces infractions et leurs sanctions planifi&#233;es. Son masochisme me paraissait &#234;tre un formalisme, doubl&#233; d'un futurisme parce que la peine pr&#233;vue venait &#224; coup s&#251;r. Tout cela lui donnait des bords qu'elle n'avait pas naturellement. &lt;strong&gt;Flaque :&lt;/strong&gt; un nom possible pour ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;22&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En rentrant du &lt;i&gt;Midnight&lt;/i&gt;, j'entendis Fran&#231;ois parler de mon sexe &#224; Nathalie : &#171; Avoue que tu aimerais te la prendre. &#187; Dans ce moment, elle aurait avou&#233; n'importe quoi. Les masochistes disent toujours &#171; je suis coupable &#187;. Comment savoir ? &lt;strong&gt;La :&lt;/strong&gt; un d&#233;terminant efficace. Quand je la montrais au blockhaus, avec sa mat&#233;rialit&#233;, je constatais les effets de sa puissance. Mais, je ne pensais pas qu'elle pouvait exister autrement que sortie d'un short. Les chiens &#233;taient pauvres en imagination. &lt;strong&gt;Trois-Fontaines :&lt;/strong&gt; mon p&#232;re avait promis de rembourser sa dette. Puis, il avait d&#233;clar&#233; qu'il ne fallait pas croire toutes les promesses. Il croyait d&#233;livrer &#224; un fils une le&#231;on pour la vie. Au centre commercial, j'ai &#233;chang&#233; un vieux pull-over sur un cintre contre une veste fuchsia. Je pensais m&#233;riter une rentr&#233;e scolaire avec cette veste. Quand le vendeur m'arr&#234;ta &#224; la sortie du magasin, j'ai &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; de ne pas &#234;tre invisible comme si un d&#233;sir suffisamment fort aurait eu le pouvoir de me rendre transparent. Ma m&#232;re est venue me chercher au bureau de la s&#233;curit&#233;. Dans le bus 448, elle m'a dit : &#171; J'aurais compris pour des baskets mais tu n'avais pas besoin de cette veste. &#187; Plus savant, j'aurais expliqu&#233; ce qu'&#233;taient un besoin et un d&#233;sir. Elle aurait &#233;t&#233; la mieux plac&#233;e pour comprendre. Elle nous en apprenait tous les jours dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;23&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Jacky stationnait chaque nuit devant la librairie. Je l'entendais d&#233;marrer quand j'allumais la lampe de ma chambre. Un soir, je l'ai senti rouler derri&#232;re moi. J'aurais pu tourner dans la rue pi&#233;tonne ou me r&#233;fugier au &lt;i&gt;Midnight&lt;/i&gt;. Je l'ai laiss&#233; arriver &#224; mon niveau. Je suis mont&#233; dans sa voiture de pr&#233;dateur avec l'id&#233;e que j'allais mourir. Son appartement &#233;tait au dernier &#233;tage d'une r&#233;sidence de vacances. Sur la biblioth&#232;que, il y avait une photographie de Dalida et celle d'un homme blond qui ne souriait pas. &lt;strong&gt;Dalida : &lt;/strong&gt; dispens&#233;, enfant, de cantine quand elle passait &#224; la t&#233;l&#233;vision. Jacky a d&#233;fait les boutons de ma chemise l'un apr&#232;s l'autre avec une minutie d'antiquaire. J'ai d&#233;roul&#233; pour la premi&#232;re fois un pr&#233;servatif sur mon sexe. Apr&#232;s quelques minutes, de mani&#232;re inexplicable, il n'&#233;tait plus int&#233;ress&#233;. Rien ne pouvait &#234;tre mis sur le compte du ph&#233;nom&#232;ne. Je n'avais pas aboy&#233; un mot. D'un bond, il avait quitt&#233; le lit pour improviser un petit d&#233;jeuner de trois heures du matin. Sur le balcon, un bol de c&#233;r&#233;ales &#224; la main, nous avons regard&#233; les lumi&#232;res des bateaux entre le centre nautique et le club Mickey, le grand vide de la plage. Il avait son bras sur mon &#233;paule : &#171; Tu as une id&#233;e de l'hiver au Touquet. &#187; Il pensait &#234;tre pr&#234;t et puis finalement non. Il pr&#233;f&#233;rait les corps plus muscl&#233;s. Il avait imagin&#233; que l'homme sur la photographie, mort depuis huit mois, serait tomb&#233; amoureux de moi. &#171; C'&#233;tait un grand lecteur, avait-il dit, vous auriez parl&#233; ensemble. &#187; Sur le pas de la porte, il mit avec autorit&#233; une poign&#233;e de pr&#233;servatifs dans ma poche pour &#233;viter cette maladie dont on mourait. Cette id&#233;e de mort, elle &#233;tait &#224; sa place dans cette voiture. Elle avait seulement fait un d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editions-verdier.fr/livre/chiens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Chiens&lt;/i&gt;, Julien Viteau, Verdier, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ir&#232;ne, de Christine Lapostolle</title>
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&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Christine Lapostolle s'articule autour de Janis, la fille d'Ir&#232;ne, qui meurt d'un arr&#234;t cardiaque. Sa mort soudaine d&#233;chire un quotidien jusque-l&#224; tiss&#233; d'amour et d'attention. La narratrice croise le chemin d'Ir&#232;ne et devient son amie. Elle restitue pudiquement les trajectoires de ces deux femmes. Leur r&#233;volte silencieuse face aux injustices sociales. Leur refus des normes impos&#233;es par le pouvoir ou l'argent. Une &#339;uvre chorale et circulaire sur le deuil et l'amiti&#233;, o&#249; ces trois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_5_1_-36f5b.png?1783062403' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;cit de Christine Lapostolle s'articule autour de Janis, la fille d'Ir&#232;ne, qui meurt d'un arr&#234;t cardiaque. Sa mort soudaine d&#233;chire un quotidien jusque-l&#224; tiss&#233; d'amour et d'attention. La narratrice croise le chemin d'Ir&#232;ne et devient son amie. Elle restitue pudiquement les trajectoires de ces deux femmes. Leur r&#233;volte silencieuse face aux injustices sociales. Leur refus des normes impos&#233;es par le pouvoir ou l'argent. Une &#339;uvre chorale et circulaire sur le deuil et l'amiti&#233;, o&#249; ces trois voix f&#233;minines se croisent et s'enchev&#234;trent, la perte devenant le catalyseur d'une rencontre profonde et singuli&#232;re, une mani&#232;re d'&#234;tre au monde. &#171; Les &#226;mes de nos morts nous entourent, parfois nous sollicitent. Ce sont des puissances. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/175/9782378041144/irene&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, Christine Lapostolle, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8787 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/409Cy0eryrpOcOOzG7KBHp?si=8PcXwD5kT8KN-qDHfz2S6w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/409Cy0eryrpOcOOzG7KBHp?si=8PcXwD5kT8KN-qDHfz2S6w&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Ir&#232;ne explique qu'elle ne conduit plus depuis quarante ans : depuis quarante ans, je voyage comme un colis, je m'en remets totalement &#224; la personne qui conduit, je ne me pr&#233;occupe jamais de l'itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion d'itin&#233;raire est compl&#232;tement sortie de ma vie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle dit, &#171; oui, je ferai cette sortie dans la Jaguar des amis de Janis dont elle m'avait tellement parl&#233;. Ce sera jeudi prochain, je ne suis jamais mont&#233;e dans une Jaguar, ce sont des gens d'un certain &#226;ge, ils sont anglais, ils avaient achet&#233; une gravure &#224; Janis l'&#233;t&#233; dernier, ils ont dit que comme ils sont malheureux pour moi, ils veulent me faire plaisir en m'emmenant promener. Ils ne comprennent pas le fran&#231;ais, il n'y aura pas besoin de parler. Je les guiderai jusqu'&#224; Tr&#233;vignon, c'est de l&#224; que le bateau d'o&#249; nous sommes all&#233; disperser les cendres de Janis est parti. Ce sont des b&#233;n&#233;voles qui proposent ce service. C'est g&#233;n&#233;reux &#224; eux. Ils m'ont trait&#233;e avec beaucoup de gentillesse. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, j'ai entendu les Anglais raconter : ils voulaient faire plaisir &#224; cette femme qui leur faisait peine. Ils s'&#233;taient mis &#224; sa disposition. Avant de leur montrer l'endroit dans l'oc&#233;an o&#249; on avait dispers&#233; les cendres de sa fille, elle avait tenu &#224; aller dans un petit village, le village o&#249; elle &#233;tait n&#233;e. Elle les avait fait s'arr&#234;ter devant la mairie de ce petit village et elle &#233;tait sortie de la voiture presque en courant, elle s'&#233;tait pr&#233;cipit&#233;e dans les bureaux de la mairie. Les Anglais l'avaient suivie timidement sans comprendre pourquoi elle s'en prenait furieusement &#224; une secr&#233;taire &#224; propos d'ils ne savaient pas quoi. Il lui fallait un papier. Tout de suite. La secr&#233;taire pr&#233;tendait qu'il fallait revenir. Et Ir&#232;ne, qui semblait conna&#238;tre et ne pas appr&#233;cier cette secr&#233;taire, avait d&#233;cid&#233; de ne pas sortir tant qu'on ne lui aurait pas remis ce papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ir&#232;ne dit qu'elle aimerait en finir, elle a 82 ans, elle ne se sent pas de vocation pour la souffrance. Ce qui lui fait peur, ce qui lui fait horreur, ce qui pourrait lui arriver si elle perdait trop de forces : le laisser aller, l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le linge fait des culbutes dans la grande machine de la laverie d&#233;serte,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai quarante minutes devant moi, je sors, j'ai pris mon t&#233;l&#233;phone, j'appelle Ir&#232;ne,&lt;br class='autobr' /&gt;
elle est dans sa cuisine, en train de se pr&#233;parer une tisane.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle, je marche. Nous d&#233;crivons la lumi&#232;re. &lt;br /&gt;&#8212; Tu es o&#249; exactement ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis &#224; Audierne, sur la passerelle qui va du port &#224; la grande plage.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu sais, je ne connais pas bien Audierne, je n'y suis all&#233;e qu'une ou deux fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux pas dire de but en blanc &#224; Ir&#232;ne qu'Audierne est l'endroit qui m'a sauv&#233; la vie. Ce serait bien trop grandiloquent. Je dis : &#171; Il y a trente-cinq ans, quand je suis arriv&#233;e dans la r&#233;gion, c'est ici que j'ai habit&#233;. Tout &#233;tait &#224; l'abandon. Ferm&#233;, vide, &#224; vendre. C'est pour &#231;a que j'avais choisi Audierne. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Choisir, dit Ir&#232;ne. Moi je crois que je n'ai rien choisi dans la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais s&#233;journ&#233; &#224; Audierne une fois, en vacances, un hiver, avec l'homme que j'aimais. L'oc&#233;an grondait, les vagues d&#233;ferlaient, le vent faisait mal aux oreilles. L'homme que j'aimais avait dit qu'Audierne &#233;tait un endroit o&#249; il pourrait vivre, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que je l'entendais dire une chose pareille. Et moi j'avais pens&#233; le contraire : que jamais je ne pourrais supporter ce port sinistre. Aust&#232;re, hostile. Si loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ann&#233;es plus tard, l'instinct qui vous guide quand vous n'avez plus rien d'autre &#224; quoi vous remettre m'avait pouss&#233;e l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a trente-cinq ans, cinq ans apr&#232;s qu'Ir&#232;ne que je ne connaissais pas alors, avait renonc&#233; &#224; conduire, je suis venu vivre &#224; Audierne, o&#249; la moiti&#233; de la ville &#233;tait &#224; l'abandon. C'est l&#224; que j'ai repris pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne veux pas raconter &#224; Ir&#232;ne cet effondrement de ma vie au moment o&#249; on est cens&#233; la construire. Il n'est pas question d'ajouter encore un r&#233;cit de malheur dans le paysage d'Ir&#232;ne. Je dis simplement &#171; C'est ici que je suis venu habiter quand je suis arriv&#233;e dans le finist&#232;re. C'est ici que j'ai &#233;crit mon premier livre. &lt;i&gt;Le grand Large&lt;/i&gt;. Janis l'avait lu. Elle t'en a peut-&#234;tre parl&#233; ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a plus de r&#233;seau. On est coup&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche en direction du phare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends sur la plage, &#224; peine foul&#233;e aujourd'hui par les pas des autres, m'approche de l'eau. Un crabe pas presque transparent file sur le c&#244;t&#233;, des poissons minuscules en bancs rapides.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis arriv&#233;e &#224; Audierne en d&#233;cembre 1990, le bail de la maison que j'avais lou&#233;e prenait effet le premier d&#233;cembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faisait gris, le temps &#233;tait humide, les estivants &#233;taient partis depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais une &#233;trang&#232;re jeune, qui avait d&#233;cid&#233; de venir habiter ce port en perdition o&#249; personne ne faisait attention &#224; vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;poque la ville &#233;tait trop grande, presque toutes les maisons &#233;taient &#224; vendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais d'abord venue en novembre, il y avait treize maisons &#224; louer, je les avais toutes visit&#233;es. Mon ami J. m'accompagnait, il avait dit, &#171; j'y crois &#224; ton id&#233;e de vivre l&#224;. Cette maison, elle peut faire peur mais je t'y vois. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la sortie de la ville, sur la route de la Pointe du Raz. La maison &#233;tait perch&#233;e au-dessus d'un grand garage qui avait &#233;t&#233; l'atelier d'un bourrelier, il restait une odeur de cuir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La propri&#233;taire avait mon &#226;ge, on se disait &#171; madame &#187;, elle venait d'ouvrir une agence immobili&#232;re, j'&#233;tais sa premi&#232;re cliente, le bourrelier &#233;tait son grand-p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon d&#233;m&#233;nagement n'arrivait pas. Chaque jour j'attendais le camion du d&#233;m&#233;nagement qui n'arrivait pas. Je n'avais rien d'autre &#224; faire qu'attendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'arriva ni le jour pr&#233;vu, ni le lendemain, ni le troisi&#232;me jour, ni les suivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison &#233;tait vide, la rue &#233;tait vide, la ville &#233;tait presque vide, l'oc&#233;an &#233;tait immense.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ces choses du d&#233;m&#233;nagement, mes affaires, mes effets, ce qui &#233;tait &#224; moi, n'arrivait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces choses &#233;taient forc&#233;ment quelque part mais personne ne pouvait me dire o&#249;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici on &#233;tait tout au bout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui avait de l'importance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque matin je parcourais le chemin qui s&#233;parait l'h&#244;tel de ma nouvelle maison vide,&lt;br class='autobr' /&gt;
au 72 rue du 14 juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la maison vide, je lisais, j'attendais,&lt;br class='autobr' /&gt;
je n'avais pas de t&#233;l&#233;phone,&lt;br class='autobr' /&gt;
je lisais Apollinaire et &lt;i&gt;Le Naufrag&#233;&lt;/i&gt; de Thomas Bernhard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour tuer le temps j'allais au centre Leclerc qui &#233;tait un peu plus loin &#224; la sortie de la ville sur la route de la Pointe du Raz, j'achetais des bonbons, des clous, de la peinture, une &#233;tag&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait une cabine de t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essayais de joindre les d&#233;m&#233;nageurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y arrivais jamais. J'entendais la voix d'un homme, toujours le m&#234;me, il avait un d&#233;faut de prononciation. Et puis on &#233;taient coup&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;m&#233;nagement n'arrivait pas. La ville vide. Le vent. L'oc&#233;an.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but d'hiver. Je mangeais les bonbons achet&#233;s au Leclerc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par moments j'&#233;tais gris&#233;e par la forme de cette nouvelle vie sans rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir je faisais le chemin &#224; l'envers, par la ville, par le port.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la passerelle je croisais les gars de l'&#233;cole de p&#234;che qui n'&#233;tait pas encore une ruine. Avec leurs plaisanteries moyennement dr&#244;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'h&#244;tel le cuisinier faisait essayer aux rares clients les nouveaux plats pour la saison &#224; venir et l'h&#244;telier nous demandait notre avis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes amis me t&#233;l&#233;phonaient. Il y avait une cabine pr&#232;s des toilettes comme dans tous les restaurants &#224; l'&#233;poque. &#192; cause de ces nombreux appels, l'h&#244;telier pensait que j'&#233;tais quelqu'un d'important. Je revenais &#224; ma place, le repas &#233;tait froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ir&#232;ne reproche &#224; ses s&#339;urs de prononcer des paroles qui lui font mal. Elle se demande si parler avec ces deux femmes ne lui fait pas encore plus mal que si elles &#233;taient f&#226;ch&#233;es. Celle qui n'a jamais eu d'enfant, quand Ir&#232;ne lui avait appris que son fils &#233;tait atteint d'un cancer, avait eu le culot de dire, &#171; ce traitement : &#231;a ne va pas le sauver mais &#231;a le fera peut-&#234;tre vivre un peu plus longtemps. &#187; Comment des gens qui n'y connaissent rien peuvent-ils se permettre de p&#233;rorer ainsi ? Et qui sont-elles, ces soi-disant s&#339;urs, pour vouloir vous dicter les formes de votre chagrin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La semaine derni&#232;re, disait Janis dans un mail du 18/1/18, la semaine derni&#232;re j'ai v&#233;cu un moment difficile, j'ai fini un dessin qui m'a pris six mois de travail, 1 m&#232;tre sur 70 cm. Je le montrais pour la premi&#232;re fois. Je l'avais &#233;tal&#233; sur une table de la salle des profs, je le montrais &#224; ceux qui &#233;taient l&#224; et quelqu'un, je n'accuse personne, a renvers&#233; un caf&#233; dessus ! Mon dessin &#233;tait foutu. Je peux te dire que j'ai pleur&#233;. Les jours suivants, je ne pensais plus qu'&#224; &#231;a, en me r&#233;veillant, en me couchant, je n'en dormais plus. Et puis j'ai d&#233;cid&#233; de le refaire : j'y suis, l&#224;, d&#232;s que je rentre, le soir, la nuit, tout le weekend. C'est pour l'expo. Un dessin, une gravure sur bois et un volume en tissu. Je t'enverrai la photo du dessin en question, tu verras Je crois qu'il sera encore plus magnifique que le premier.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ir&#232;ne m'a propos&#233; de cueillir avec elle les framboises de son jardin.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais que dire, Ir&#232;ne, devant votre souffrance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment faire ? On voudrait pouvoir soulager. Et on n'a que des mots maladroits.
&lt;br /&gt;&#8212; Simplement &#233;couter. Tu sais &#233;couter ? C'est tout ce que tu peux faire. C'est d&#233;j&#224; pas mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; croyante, dit Ir&#232;ne. Entre l'&#226;ge de douze ans et l'&#226;ge de quinze ans. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la mort de sa m&#232;re elle avait cherch&#233; un peu de r&#233;confort aupr&#232;s des bonnes s&#339;urs qui lui faisaient l'&#233;cole. &#192; Nevez, puis &#224; Nizon, &#224; une quinzaine de kilom&#232;tres de Concarneau. Les 82 ans de l'existence d'Ir&#232;ne se sont d&#233;roul&#233;s sur un rayon de quinze kilom&#232;tres. Je ne sais pas si elle a voyag&#233;, si elle est all&#233;e &#224; Paris une seule fois dans sa vie. Je n'ose pas le lui demander. Jusqu'&#224; l'&#226;ge de neuf ans elle grandit &#224; Nizon, pr&#232;s de Pont-Aven, de neuf &#224; douze ans, elle est en pension chez les bonnes s&#339;urs &#224; Nevez puis, &#224; la mort de sa m&#232;re, elle revient aupr&#232;s de ses fr&#232;res et s&#339;urs chez ses grands-parents &#224; Nizon. &#192; quinze ans elle d&#233;m&#233;nage &#224; Concarneau dans la maison neuve o&#249; elle vit toujours. Rue des Hirondelles, pas loin de la plage des Sables blancs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le p&#232;re d'Ir&#232;ne passait le plus clair de son temps en mer. Il &#233;tait ma&#238;tre d'h&#244;tel et responsable des vivres sur un cargo. Il n'avait pas pr&#233;vu de construire de maison. Lorsqu'il &#233;tait &#224; terre il s'ennuyait. Il travaillait pour arrondir les fins de mois. Quand il a accept&#233; un travail de terrassier dans un nouveau lotissement planifi&#233; par la ville, il ne savait pas qu'il allait &#234;tre le terrassier de sa propre maison. Il l'a achet&#233;e ensuite, sur plan. La maison s'est construite pendant qu'il &#233;tait en mer. Ir&#232;ne y a emm&#233;nag&#233; avec ses fr&#232;res et ses deux s&#339;urs &#224; l'&#226;ge de quinze ans. &#192; la mort de sa m&#232;re, c'est elle, l'a&#238;n&#233;e, qui a d&#251; prendre en charge ses fr&#232;res et s&#339;urs. D'abord &#224; Nizon, o&#249; elle se voit encore, entour&#233;e de cette petite marmaille, traverser le bourg pour aller laver le linge au lavoir. Elle sentait que c'&#233;tait un acte d'une autre &#233;poque, elle avait honte. Puis &#224; Concarneau dans la nouvelle maison dot&#233;e d'une machine &#224; laver o&#249; elle allait continuer de vivre avec son p&#232;re, ses fr&#232;res et s&#339;urs, puis avec son p&#232;re, son mari et ses propres enfants, puis sans p&#232;re, puis sans mari, dans cette maison o&#249; avaient fini de grandir d'abord ses fr&#232;res et s&#339;urs puis o&#249; avaient grandi avant d'en partir &#224; leur tour ses trois enfants &#224; elle. Elle &#233;tait toujours rest&#233;e dans cette maison qui avait connu le retour de Janis il y a un peu plus de vingt ans et o&#249; elle &#233;tait d&#233;sormais seule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes dans la cuisine. Nous prenons un rafraichissement sur de jolis sets de tables faits de compositions de fleurs de cerisiers s&#233;ch&#233;es entre deux feuilles de plastique souple que Janis avait rapport&#233;s d'une de ses escapades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a la magn&#233;tiseuse, &#171; une vraie rencontre celle-l&#224; aussi &#187;. Ir&#232;ne en parlant de la magn&#233;tiseuse dit, &#171; dans ma &#171; parole int&#233;rieure &#187; - ces mots je les emprunte &#224; Fran&#231;oise H&#233;ritier - dans ma parole int&#233;rieure, je l'appelle ma f&#233;e merveilleuse. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison a &#233;t&#233; entretenue, les peintures et les huisseries refaites mais la disposition des pi&#232;ces est toujours rest&#233;e la m&#234;me. Seuls les voisins ont chang&#233;. Ir&#232;ne dit, m&#234;me si j'&#233;tais aveugle je saurais parfaitement me d&#233;placer dans cette maison, je la connais par c&#339;ur. Ir&#232;ne ne fr&#233;quente pas ses voisins. Ceux de gauche sont tr&#232;s vieux. Actuellement ils sont en cure et quand ils sortent de chez eux ils sont d&#233;j&#224; dans leur voiture, activant l'ouverture du portail avec un dispositif &#233;lectronique. De l'autre c&#244;t&#233; la voisine sort de temps en temps pour passer la tondeuse, Ir&#232;ne et elle ne se parlent pas. Bonjour, bonsoir, c'est tout. En face c'est le camping. La haie du camping. Mais comme l'entr&#233;e est &#224; l'autre extr&#233;mit&#233;, Ir&#232;ne entrevoit seule ment le haut des mobil homes qui d&#233;passent de la haie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-mf.com/produit/175/9782378041144/irene&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, Christine Lapostolle, &#201;ditions MF, 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Journal du regard : Juin 2026</title>
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		<dc:date>2026-07-01T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans L'Inconnu de la Grande Arche, le cin&#233;aste St&#233;phane Demoustier dresse le portrait de l'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, &#224; l'origine de la construction de l'arche de la D&#233;fense. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-06-27_a_17.40_57-c77e7.png?1782889465' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/XQBsy2YxmB8&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Inconnu de la Grande Arche&lt;/i&gt;, le cin&#233;aste St&#233;phane Demoustier dresse le portrait de l'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, &#224; l'origine de la construction de l'arche de la D&#233;fense. Pour le tournage, les acteurs ne jouent pas dans les d&#233;cors grandeur nature du chantier de la Grande Arche. Ce sont des photos d'archives datant de la construction de l'&#233;difice anim&#233;es par l'interm&#233;diaire d'effets visuels qui reproduisent virtuellement mais de mani&#232;re r&#233;aliste certains environnements, en arri&#232;re-plan des acteurs qui sont ensuite int&#233;gr&#233;s dans les archives anim&#233;es. Ce sont les images d'archive qui sont la mati&#232;re premi&#232;re de l'ensemble des plans larges qui &#233;tablissent les s&#233;quences clefs du film. L'&#233;quipe a m&#234;l&#233; techniques num&#233;riques avanc&#233;es et travail documentaire minutieux &#224; partir d'anciennes images. En revenant dans le 20&#7497; arrondissement, je traverse le square du Docteur-Grancher, o&#249; je n'&#233;tais pas venu depuis bien longtemps. Je suis du c&#244;t&#233; de Gambetta et du cimeti&#232;re du P&#232;re-Lachaise. Je reconnais la forme de la butte autrefois occup&#233;e par des rues et des immeubles. Elle a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e et a permis l'extension de l'ancien talus v&#233;g&#233;talis&#233;, qui a mis du temps &#224; &#234;tre ouvert au public. Il a conserv&#233; les traces de l'histoire du quartier. Je me souviens d'une peinture de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/zoo-project&#034;&gt;Zoo Project&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; sur les murs de l'ancienne Maison de la formation Martin Nadaud qui faisait l'angle de la rue Gasnier-Guy. L'&#339;uvre repr&#233;sentait un pigeon dont on ouvrait le dos pour couper les fils &#224; l'int&#233;rieur. Elle s'est lentement d&#233;t&#233;rior&#233;e au fil des ann&#233;es avant d'&#234;tre d&#233;truite, l'ancien b&#226;timent ayant &#233;t&#233; remplac&#233; par un immeuble d'habitation. Toutes les peintures de Bilal Berreni ont presque enti&#232;rement disparu des fa&#231;ades parisiennes. Le film de St&#233;phane Demoustier parvient &#224; transformer des photographies d'archives en plans anim&#233;s au service d'une fiction. Je garde pour ma part la trace secr&#232;te de mon parcours &#224; travers ces lieux travers&#233;s autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous marchons &#224; travers les ruelles de Suresnes pour rejoindre le Mont-Val&#233;rien. En longeant les bords de la Seine, un point d'embarquement ravive le souvenir d'un trajet en bateau jusqu'&#224; Paris &#224; la nuit tombante. Nous finissons par entrer dans le parc de Saint-Cloud. Une all&#233;e nous plonge dans le cadre d'un tableau de Vassily Kandinsky. Sous la vo&#251;te des arbres, deux jeunes nonnes discutent des difficult&#233;s de leur quotidien. Nous parvenons ensuite &#224; la terrasse. Jardin &#224; la fran&#231;aise, avec ses bassins entour&#233;s par des arbustes taill&#233;s en c&#244;ne. Je ne peux m'emp&#234;cher de penser &#224; &lt;i&gt;L'Ann&#233;e derni&#232;re &#224; Marienbad&lt;/i&gt;. &#171; Avant d'arriver jusqu'&#224; vous, avant de vous rejoindre, vous ne savez pas tout ce qu'il a fallu traverser. Et maintenant vous &#234;tes l&#224; o&#249; je vous ai men&#233;e, et vous vous d&#233;robez encore. Mais vous &#234;tes l&#224; dans ce jardin, &#224; port&#233;e de ma main, &#224; port&#233;e de ma voix, &#224; port&#233;e de regard, &#224; port&#233;e de ma main. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hasards du calendrier (des formations que j'anime et de celles auxquelles j'assiste) me conduisent &#224; venir plusieurs fois de suite, en un temps r&#233;duit, au m&#234;me endroit, apr&#232;s &#234;tre rest&#233; tr&#232;s longtemps sans m'y rendre. Je ne me lasse pas de la vue qu'on a depuis le couloir du dernier &#233;tage de la m&#233;diath&#232;que Buffon. Les b&#226;timents de la galerie de botanique. Les galeries de pal&#233;ontologie et d'anatomie compar&#233;e, de part et d'autre de l'all&#233;e Jussieu. Le discret jardin d'iris et de plantes vivaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je suis en formation sur la gestion d'une r&#233;gie technique &#224; la m&#233;diath&#232;que Marguerite-Duras, je fais ma pause m&#233;ridienne dans le cimeti&#232;re de Charonne tout proche. Le soleil est insoutenable. Je me faufile entre les ombres des arbres &#224; la recherche d'un peu de fra&#238;cheur. Je re&#231;ois un message qui me sugg&#232;re de repousser la marche-lectures que nous avons pr&#233;vu de proposer &#224; l'occasion de la parution de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-que-les-heures&#034;&gt;Rien que les heures&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &#224; cause des trop fortes chaleurs. Quelques jours plus t&#244;t, je m'&#233;tais rendu sur place dans le 14&#7497; arrondissement pour r&#233;aliser un rep&#233;rage sur les lieux du parcours qui structure mon r&#233;cit. En arrivant &#224; la Cit&#233; internationale universitaire de Paris, un lieu que j'affectionne tout particuli&#232;rement, je suis tr&#232;s d&#233;&#231;u. L'immense pelouse centrale est envahie par une architecture &#233;ph&#233;m&#232;re qui ressemble &#224; un d&#233;cor de cin&#233;ma. De hauts murs dont le rev&#234;tement mural &#224; base de chaux de couleur ocre rappelle le tadelakt marocain. Tout le parc est en chantier. De nombreux endroits inaccessibles. Je d&#233;couvre apr&#232;s coup que le parc a &#233;t&#233; privatis&#233; pour un d&#233;fil&#233; de mode de Pharrell Williams pour Louis Vuitton. Les images diffus&#233;es de l'&#233;v&#233;nement sont en d&#233;calage avec la situation travers&#233;e par la plupart d'entre nous, &#224; leur domicile, dans les transports ou sur leur lieu de travail. Une vague artificielle forme une cascade dont l'eau retombe sur une plage de sable au milieu de laquelle les mannequins d&#233;filent devant un parterre de privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endroit est d&#233;sert, &#233;cras&#233; par la chaleur caniculaire. De loin, on ne parvient pas &#224; savoir si la Philharmonie est ouverte. J'aper&#231;ois pourtant des lumi&#232;res. Les silhouettes de visiteurs glissent derri&#232;re les vitres. Je fais le tour du b&#226;timent. Je le filme sous tous les angles, comme si je le voyais pour la premi&#232;re fois. Les motifs d'oiseaux, du bardage en fonte d'aluminium, qui sont d&#233;clin&#233;s en quatre teintes, du gris clair au noir, recomposent leur nu&#233;e au gr&#233; de la lumi&#232;re. J'entre dans l'ascenseur, toujours un pincement au c&#339;ur au moment o&#249; les portes se referment derri&#232;re moi, inquiet qu'il puisse se bloquer entre deux &#233;tages et que je reste enferm&#233; &#224; l'int&#233;rieur. Peur enfantine. Le bouton pour acc&#233;der au dernier &#233;tage ne fonctionne pas. J'appuie sur celui du rez-de-chauss&#233;e. Le m&#233;canisme de l'engin se met en marche dans un bruit d&#233;concertant. Le belv&#233;d&#232;re est exceptionnellement ferm&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que je regarde ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Londres</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>
		<dc:subject>Enfance</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
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		<dc:subject>Traces</dc:subject>
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		<dc:subject>Jeu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;David Solomons, Marble Arch Subway, 2008 &lt;br class='autobr' /&gt;
David Solomons est un photographe anglais, n&#233; le 31 d&#233;cembre 1965. Il a &#233;tudi&#233; la photographie documentaire &#224; Newport entre 1993 et 1996. Pendant cette p&#233;riode, il est pass&#233; de la photographie en noir et blanc &#224; la couleur. Sa premi&#232;re s&#233;rie photographique, Underground, a &#233;t&#233; achev&#233;e lors de ses &#233;tudes &#224; Newport. Il y explore le m&#233;tro de Londres en utilisant la lumi&#232;re artificielle. Il photographie les rues de Londres et ses habitants. Il &#233;dite des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1889-862a0-c15d7.jpg?1782630299' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;David Solomons, &lt;i&gt;Marble Arch Subway&lt;/i&gt;, 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bumpbooks.com/davidsolomons&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;David Solomons&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est un photographe anglais, n&#233; le 31 d&#233;cembre 1965. Il a &#233;tudi&#233; la photographie documentaire &#224; Newport entre 1993 et 1996. Pendant cette p&#233;riode, il est pass&#233; de la photographie en noir et blanc &#224; la couleur. Sa premi&#232;re s&#233;rie photographique, &lt;i&gt;Underground&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; achev&#233;e lors de ses &#233;tudes &#224; Newport. Il y explore le m&#233;tro de Londres en utilisant la lumi&#232;re artificielle. Il photographie les rues de Londres et ses habitants. Il &#233;dite des zines photos chez &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bumpbooks.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bump Books&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ses photos du m&#233;tro, David Solomons s'est lanc&#233; dans un projet sur Londres ax&#233; sur la vie urbaine. Londres &#233;tait une ville trop vaste pour pouvoir, selon lui, r&#233;ussir son projet. En 2001, il a r&#233;alis&#233; que le West End &#233;tait g&#233;n&#233;ralement son lieu de pr&#233;dilection pour prendre des photos, et l'expression &#171; &#224; l'Ouest &#187; s'est impos&#233;e &#224; lui. Pendant 12 ans, il a arpent&#233; les quartiers commer&#231;ants anim&#233;s d'Oxford Street et de Covent Garden. Il avoue avoir bu des verres dans presque tous les pubs de Soho et &#234;tre tomb&#233; par hasard sur des dizaines de manifestations, d'&#233;v&#233;nements, de f&#234;tes de rue et de festivals culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert son travail sur &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/davidsolomons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Instagram&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'ai &#233;crit &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/qu-est-ce-que-tu-regardes&#034;&gt;plusieurs courts textes &#224; partir de ses photographies&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, qui figurent dans son livre &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bumpbooks.com/davidsolomons/upwest&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Up West&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, pour mon projet des &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/les-lignes-de-desir-25&#034;&gt;Lignes de d&#233;sir&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. J'ai achet&#233; le tirage d'une de ses photographies qui se trouve d&#233;sormais expos&#233;e sur les &#233;tag&#232;res de ma biblioth&#232;que. C'est une photographie prise en 2008 &#224; l'ext&#233;rieur de la station de m&#233;tro de Marble Arch, &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart de ses photographies, le cadrage dynamique, les lignes de force tr&#232;s marqu&#233;es, retiennent l'attention, dans la vivacit&#233; des mouvements, des positions entre les personnes photographi&#233;es, les espaces qui les r&#233;unissent dans un m&#234;me temps, leurs situations, leurs expressions, leurs relations sautent aux yeux. L'image se donne &#224; voir avec la m&#234;me &#233;vidence que le photographe a r&#233;ussi &#224; saisir l'effervescence de la vie en milieu urbain : les jeux de regards, les gestes esquiss&#233;s. Dans l'image de ce jeune gar&#231;on qui jongle avec son ballon de foot, c'est tout le contraire. Sa solitude nous intrigue, dans le vide de ce lieu, laiss&#233; &#224; l'abandon, que le gar&#231;on utilise comme terrain de jeu, &#224; l'abri des regards, libre de jouer comme il le veut, sans g&#234;ner personne. C'est le temps suspendu de cette sc&#232;ne anodine qu'offre la photographie. Dans ce temps qui nous permet de saisir ce qui est en jeu dans cette image. Ce qui est &#233;crit sur les murs qu'on a vainement tent&#233; d'effacer. La cam&#233;ra de surveillance hors service, ne tenant plus qu'&#224; un fil. Un tag de Bansky sur le mur de b&#233;ton gris qui vient ironiquement en interroger le sens : Qu'est-ce que tu regardes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les murs s'effritent avec le temps, et ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit dessus, lointaine revendication, s'efface parfois ou perd son sens plus vite que ces publicit&#233;s qui envahissent nos villes. Ici, c'est l'absurdit&#233; du syst&#232;me s&#233;curitaire, un temps d&#233;nonc&#233; sur ce mur gris et nu qu'une cam&#233;ra de surveillance cadrait, on se demande bien pourquoi, peut-&#234;tre pour surprendre ceux qui venaient peindre leurs graffitis interdits. La cam&#233;ra ne fonctionne plus depuis longtemps, pendant &#224; son c&#226;ble &#233;lectrique, inutile. Un jeune gar&#231;on s'est empar&#233; de l'endroit pour y jouer au ballon, le bruit des rebonds l'amuse, lui emplit la t&#234;te. Adroit, il jongle avec sa balle de football qu'il ne quitte pas des yeux, elle tournoie au-dessus de sa t&#234;te, &#224; chaque fois qu'il tape dedans, la balle monte un peu plus haut, toujours plus haut, et la voil&#224; soudain qui s'immobilise en l'air, et se fige, comme ces &#233;toiles qui, la nuit, nous fascinent tant, car elles nous racontent avec leur lumi&#232;re l'histoire de leur disparition.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde ce qui arr&#234;te un temps mon regard sans jamais le fixer, libre de circuler dans ce lieu &#224; l'&#233;cart, cet espace r&#233;duit, d&#233;sol&#233;, dans un angle mort de la ville, attrapant au vol le geste de cet enfant qui r&#233;v&#232;le tous les signes que je n'aurais sans doute pas remarqu&#233;s sans cela, sur les murs qui l'entourent, l'emprisonnent, alors qu'il ne quitte pas des yeux son ballon tournoyant dans l'air, pour mieux le relancer &#224; sa retomb&#233;e. Dans l'ambre du pr&#233;nom AMBER, &#233;crit en lettres capitales, la r&#233;sine fossile s&#233;cr&#233;t&#233;e il y a des millions d'ann&#233;es par des conif&#232;res ou des plantes &#224; fleurs, je retrouve le jaune mordor&#233; des lampes rest&#233;es allum&#233;es en plein jour. Je pense au nom du syst&#232;me d'alerte en cas d'enl&#232;vement d'enfants, AMBER Alert. Le gar&#231;on est seul, sans aucune surveillance. La cam&#233;ra ne fonctionne plus depuis longtemps. Nous le regardons jouer, t&#234;te en l'air, &#224; la fois insouciant et concentr&#233;. La photographie suspend le temps pour nous permettre de circuler &#224; l'int&#233;rieur, de comprendre le sens de ce qui nous entoure, dans le mouvement d'une &#233;criture qui exige l'attention de la lecture. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Une travers&#233;e des apparences est une s&#233;rie de textes sur les photographies qui nous accompagnent, fragment d'un monde, arrach&#233; au temps et &#224; l'espace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que voit-on vraiment de l&#224; o&#249; l'on est ?</title>
		<link>https://liminaire.fr/ecriture/palimpseste/article/que-voit-on-vraiment-de-la-ou-l-on-est</link>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire</dc:subject>
		<dc:subject>Regard</dc:subject>
		<dc:subject>Temps</dc:subject>
		<dc:subject>Traces</dc:subject>
		<dc:subject>Revue d'ici l&#224;</dc:subject>
		<dc:subject>Publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Mus&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Fant&#244;me</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Zoe Leonard, Drop Off A.M. Pick Up P.M. 1999/2000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant la vitrine d'un pressing, deux vieilles chaises d&#233;pareill&#233;es, assises, dossiers en bois et pieds m&#233;talliques. Une chaise d'architecte, une chaise d'&#233;colier. Personne sur la photo. On sent pourtant une pr&#233;sence &#224; l'image. Une pr&#233;sence fantomatique. On se demande s'il y a quelqu'un derri&#232;re la vitre. Peut-&#234;tre est-ce &#224; cause des reflets qui dansent &#224; la surface ? &#192; moins que cela provienne de ces deux vieilles chaises, us&#233;es, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/ecriture/palimpseste/" rel="directory"&gt;Palimpseste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/art" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/memoire" rel="tag"&gt;M&#233;moire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/temps" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/traces" rel="tag"&gt;Traces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/revue-d-ici-la" rel="tag"&gt;Revue d'ici l&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/publie-net" rel="tag"&gt;Publie.net&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/etats-unis" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/musee" rel="tag"&gt;Mus&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/fantome" rel="tag"&gt;Fant&#244;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/societe" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/ebe1d09ed9ae9c5d71d1289fcfbde978_1_-b5492.jpg?1782025360' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zoe Leonard, &lt;i&gt;Drop Off A.M. Pick Up P.M.&lt;/i&gt; 1999/2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la vitrine d'un pressing, deux vieilles chaises d&#233;pareill&#233;es, assises, dossiers en bois et pieds m&#233;talliques. Une chaise d'architecte, une chaise d'&#233;colier. Personne sur la photo. On sent pourtant une pr&#233;sence &#224; l'image. Une pr&#233;sence fantomatique. On se demande s'il y a quelqu'un derri&#232;re la vitre. Peut-&#234;tre est-ce &#224; cause des reflets qui dansent &#224; la surface ? &#192; moins que cela provienne de ces deux vieilles chaises, us&#233;es, chancelantes, laiss&#233;es &#224; disposition sur le trottoir, toute la journ&#233;e dehors devant la boutique. Depuis si longtemps. Un large panneau blanc, l&#233;g&#232;rement bancal, est accroch&#233; au-dessus des deux chaises. On dirait qu'elles le maintiennent en &#233;quilibre. Il indique le fonctionnement de la laverie automatique et l'heure du dernier service. C'est &#233;crit en toutes lettres. Noir sur fond blanc. On d&#233;pose le linge le matin, il est pr&#234;t dans l'apr&#232;s-midi. Tout est l&#224;, dans ce message. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette photographie fait partie d'une s&#233;rie de Zoe Leonard qui s'intitule &lt;i&gt;Analogue&lt;/i&gt;. Un projet compos&#233; de 412 photographies r&#233;alis&#233;es sur une dizaine d'ann&#233;es, entre 1994 et 2006. Ces photographies de vitrines traditionnelles, de devantures de magasins, ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es avec un vieux Rolleiflex. Un appareil des ann&#233;es 1940, &#171; vestige de l'&#232;re m&#233;canique &#187;, comme le pr&#233;cise Leonard, associ&#233; aux proc&#233;d&#233;s d'impression &#224; la g&#233;latine d'argent et chromog&#233;niques qui entrent en r&#233;sonance avec ce qu'elle photographie, tous ces magasins en voie de disparition. L'ensemble s'inscrit dans la lign&#233;e des grandes archives visuelles, comme les s&#233;ries d'Eug&#232;ne Atget, d'August Sander, ou de Bernd et Hilla Becher. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son projet d&#233;passe le cadre de son quartier, le Lower East Side de Manhattan &#224; New York, pour suivre le circuit des marchandises recycl&#233;es &#8212; v&#234;tements d'occasion, publicit&#233;s jet&#233;es et mat&#233;riel photographique obsol&#232;te des magasins Kodak. Il nous fait percevoir une texture temporelle, celle de la vie urbaine du XX&#7497; si&#232;cle, au moment o&#249; les commerces de quartier commencent &#224; dispara&#238;tre au profit d'une mondialisation de l'industrie et des &#233;changes commerciaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Signes graphiques, lettrages et typographies recouvrent la plupart des lieux photographi&#233;s. Avec le temps, leurs couleurs s'estompent, la peinture s'&#233;caille &#224; la surface, la mati&#232;re se craqu&#232;le, les lignes se superposent, se confondent. Si certains messages restent encore identifiables, leur signification intrigue, renforc&#233;e par le d&#233;calage entre l'utilit&#233; initiale du lieu et les imp&#233;ratifs &#233;conomiques et commerciaux actuels, qui rappelle les trac&#233;s en creux des lettres qui se sont estomp&#233;es avec le temps &#224; la surface des marbres, ou ces rituels dont le caract&#232;re sacr&#233; nous &#233;chappe d&#233;sormais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai vu cette photographie, c'&#233;tait en l'an 2000, un tirage &#233;tait offert par le magazine Beaux-arts dans le cadre d'une coproduction avec le festival photographique du &lt;i&gt;Printemps de Cahors&lt;/i&gt; qui f&#234;tait ses dix ans. Le tirage est un peu diff&#233;rent de celui qui a &#233;t&#233; expos&#233; plusieurs fois (au &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.moma.org/calendar/exhibitions/1477&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Moma&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; comme &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/programmation/expositions/zoe-leonard-analogue/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;), son cadrage est plus resserr&#233; que la photographie originale, reproduite dans le livre publi&#233; chez MIT Press, en 2007. Toute la partie droite avec le mur blanc recouvert de graffitis a &#233;t&#233; supprim&#233;e, recentrant l'image sur les deux chaises de guingois. Les signes graphiques de l'image, tr&#232;s nombreux dans l'int&#233;gralit&#233; de la s&#233;rie, me rappellent le travail sur la typographie vernaculaire d'Ed Fella. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; en 1938 &#224; D&#233;troit, Edward Fella est un designer graphique am&#233;ricain qui a consacr&#233; une partie de sa vie &#224; la typographie vernaculaire. Comme nombre de cr&#233;ateurs avant l'av&#232;nement du num&#233;rique, l'artiste collectionne visuels, affiches, d&#233;pliants, flyers, publicit&#233;s. Le polaroid est pour lui permet d'enregistrer le vocabulaire alphab&#233;tique urbain et commercial. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ed Fella a eu la gentillesse d'accepter de participer en mars 2009 au &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/ed-fella-documents-in-the-street&#034;&gt;deuxi&#232;me num&#233;ro de la revue d'ici l&#224; &#233;dit&#233;e par Publie.net&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Myst&#233;rieux travail d'un &#233;cart qui s'imprime&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mat&#233;rialit&#233; d&#233;su&#232;te de la photographie de Zoe Leonard est ce qui m'attire dans cette image. Elle parvient &#224; saisir ce qui a cess&#233;, avec le temps, d'&#234;tre en usage, qui est devenu surann&#233;, qui demeure &lt;i&gt;dans son jus&lt;/i&gt;. Zoe Leonard privil&#233;gie depuis ses d&#233;buts le support argentique. Frapp&#233; d'obsolescence au regard de l'essor des nouvelles technologies, l'argentique traduit chez l'artiste une forme de r&#233;sistance, un travail de m&#233;moire, et un attachement &#224; la mat&#233;rialit&#233; de l'image. Pour elle, le m&#233;dium photographique est aussi l'objet d'une exp&#233;rience sur le point de vue. Que voit-on vraiment de l&#224; o&#249; l'on est ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Une travers&#233;e des apparences&lt;/i&gt; est une s&#233;rie de textes sur les photographies qui nous accompagnent, fragment d'un monde, arrach&#233; au temps et &#224; l'espace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Love Supreme, d'Olivier Cadiot</title>
		<link>https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/love-supreme-d-olivier-cadiot</link>
		<guid isPermaLink="true">https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/love-supreme-d-olivier-cadiot</guid>
		<dc:date>2026-06-19T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Langage</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
		<dc:subject>Musique</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
		<dc:subject>En lisant en &#233;crivant</dc:subject>
		<dc:subject>Bonheur</dc:subject>
		<dc:subject>Solitude</dc:subject>
		<dc:subject>Jeu</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le narrateur, en qu&#234;te d'amour absolu, traque la &#171; consistance de l'&#234;tre aim&#233; &#187;. Il croise Anita la concierge, Winn, un philosophe-alpiniste, Maximilien, son colocataire musicologue, et Carol, la com&#233;dienne habit&#233;e par Tchekhov. Contre la brutalit&#233; de pr&#233;dateurs immobiliers, cet a&#233;ropage de personnages excentriques fait s&#233;cession avec le projet utopique de transformer le toit-terrasse de leur immeuble en jardin suspendu. &#171; Une &#238;le au sommet o&#249; tout se partage et s'&#233;change. &#187; Leurs obsessions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/" rel="directory"&gt;Radio Marelle&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/en_lisant_en_e_crivant_4_1_-79e07.png?1781852552' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8774 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L102xH149/love-supreme-9ed96.jpg?1779721620' width='102' height='149' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le narrateur, en qu&#234;te d'amour absolu, traque la &#171; consistance de l'&#234;tre aim&#233; &#187;. Il croise Anita la concierge, Winn, un philosophe-alpiniste, Maximilien, son colocataire musicologue, et Carol, la com&#233;dienne habit&#233;e par Tchekhov. Contre la brutalit&#233; de pr&#233;dateurs immobiliers, cet a&#233;ropage de personnages excentriques fait s&#233;cession avec le projet utopique de transformer le toit-terrasse de leur immeuble en jardin suspendu. &#171; Une &#238;le au sommet o&#249; tout se partage et s'&#233;change. &#187; Leurs obsessions et leurs modes de vie participent &#224; la dimension fantastique et burlesque du r&#233;cit. Ce livre, &#224; la prose coup&#233;e, syncop&#233;e, est une robinsonnade urbaine en qu&#234;te de &#171; paradis mode d'emploi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-6412-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Love Supreme&lt;/i&gt;, Olivier Cadiot, P.O.L., 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_8777 spip_document spip_documents spip_document_video&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:640px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-8777&#034; data-id=&#034;0116643fd603bedc5cb105503a13b5a2&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:885}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; poster=&#034;local/cache-vignettes/L640xH360/en_lisant_en_e_crivant_4_-13-488db.png?1780855906&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/en_lisant_love_supreme_olivier_cadiot.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/en_lisant_en_e_crivant_4_-13-488db-3628a.png?1781852552' width='500' height='281' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript3083368046a69295e5ff2b5.64389586&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/1pao7YtNrLD6PvsaERdOJZ?si=qvbZt72mSyeoKmYD0iS2ag&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extrait du texte &#224; &#233;couter sur Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/1pao7YtNrLD6PvsaERdOJZ?si=qvbZt72mSyeoKmYD0iS2ag&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L35xH35/anchor-52133.png?1739520156' width='35' height='35' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais pas remarqu&#233; que les couloirs &#233;taient si longs on tombe sur des zones qui semblent inhabit&#233;es. On dirait un palace d&#233;saffect&#233;. L'escalier d'origine en bois noir a &#233;t&#233; heureusement conserv&#233; &#224; c&#244;t&#233; de cet ascenseur qui, d'apr&#232;s Anita, est toujours en panne. On passe par des &#233;tages moins &#233;clair&#233;s. Et de nouveau en pleine lumi&#232;re. On a la sensation que l'immeuble est constitu&#233; d'une suite de maisons qui s'embo&#238;tent les unes dans les autres avec des endroits inaccessibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a tout un monde de passages, d'escaliers, de petits degr&#233;s noirs, &#233;troits et difficiles, de r&#233;duits obscurs, d'antichambres qui s'ouvrent sur d'autres et ne prennent jour sur rien, de toilettes qui empestent, de pi&#232;ces minuscules pratiqu&#233;es dans la hauteur sur deux ou trois niveaux. C'est exactement ce que Saint-Simon raconte sur Versailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai des lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a m&#234;me, me dit Anita, un h&#244;tel particulier int&#233;gr&#233; &#224; l'immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vrai ch&#226;teau, dit-elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un quintuplex, j'apprends plus tard, avec jardins touffus plant&#233;s sur cascade de terrasses en espalier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinquante pi&#232;ces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robinets en or.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvelle propri&#233;t&#233; du pianiste milliardaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est curieux, j'ai l'impression de ne rien conna&#238;tre de ce d&#233;dale de couloirs. On dirait qu'un malin g&#233;nie a dessin&#233; le parcours id&#233;al pour s'y perdre. Des escaliers donnant sur des paliers menant &#224; des impasses ou &#224; de grandes portes majestueuses &#8212; comme pour ouvrir une cath&#233;drale ferm&#233;e &#224; double tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait de tr&#232;s anciens b&#226;timents transform&#233;s en une succession de bureaux inoccup&#233;s pour des activit&#233;s parall&#232;les. Salles vides ou encombr&#233;es de mat&#233;riel. Une abbaye transform&#233;e en institution culturelle, par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'y perd.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est effrayant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Labyrinthe et c&#339;ur battant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'abandonne la recherche de l'appartement des Colman.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je m'assois sur les marches pour souffler. Je continue ma promenade int&#233;rieure. Je visualise un jardin, c'est le plus facile &#8212; avec de petits monuments. &#192; gauche : une id&#233;e soudaine en forme d'arche. Tout droit, sous une pergola, on fonce. Deuxi&#232;me &#224; droite en direction d'une pyramide : une autre id&#233;e, mais plus saillante et pointue. Je m&#233;morise le parcours. C'est comme &#231;a que je me souviens de mes raisonnements m&#234;me les plus enchev&#234;tr&#233;s. Toutes ces constructions de carton-p&#226;te sont comme la copie d'un monde int&#233;rieur. On se balade &#224; l'int&#233;rieur de soi. On prend un bol d'air frais. Voil&#224; pour la m&#233;thode. Il faut les attraper au vol, ces dr&#244;les d'id&#233;es-constructions comme surgies brusquement d'un brouillard &#8212;, passer dans un &#233;tat hypnotique. Sentir leur &#233;paisseur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La consistance de l'&#234;tre aim&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a devient une obsession, une id&#233;e fixe, un &#233;ternel retour en forme de vrille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment sortir de cette spirale mortelle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bouger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se lever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bol d'air frais ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Grimper sur le toit-terrasse inoccup&#233;. Les gens des &#233;tages inf&#233;rieurs ne se rendent pas compte &#224; quel point c'est beau mais on ne va pas demander l'autorisation d'am&#233;nager le paradis.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a commenc&#233; l'&#233;dification du jardin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Id&#233;e de g&#233;nie de mon acolyte : &#233;tablir des passerelles entre les toits et &#233;tendre le jardin sur les immeubles alentour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conqu&#234;te par le haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a nous a pris quelques mois dans la plus grande discr&#233;tion le probl&#232;me majeur a &#233;t&#233; de trimbaler les tonnes de terreau. Le docteur Winn, qu'on a mis dans le secret, esp&#232;re finalement trouver un alpage &#224; la montagne (tout en faisant semblant de trouver absurde notre projet aux yeux des autres, fid&#232;le &#224; son double langage). Il a ing&#233;nieusement organis&#233; un syst&#232;me pour le terreau de nuit, dans des sacs noirs encord&#233;s et hiss&#233;s par la fa&#231;ade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfaitement incognito.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a laiss&#233; pousser l'herbe tranquille, et c'est ok ainsi. C'est merveilleux. Les bruits de la ville sont assourdis par la hauteur &#8212; dans ce jardin, on entend des cloches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon camarade, tr&#232;s habile de ses mains, a construit une petite chapelle en bois. Comme un temple r&#233;serv&#233; &#224; la m&#233;ditation. &#192; ses heures perdues il se r&#233;fugie l&#224; pour faire des sortes de c&#233;r&#233;monies o&#249; l'on joue des cloches avec des cordelettes sur le toit.&lt;br class='autobr' /&gt;
On doit se taire absolument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout si c'est avant le lever du jour et que seule une bougie &#233;claire la sc&#232;ne. Je ne sais quelle t&#226;che l'oblige &#224; noircir des monceaux de papier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; passer des heures &#224; tapoter sur un piano.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lisais un livre, me dit-il, o&#249; le type &#233;crit : que l'on puisse dire quelque chose &lt;i&gt;sans qu'il soit besoin de parler&lt;/i&gt; voil&#224; ce que sont les cloches pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis d'accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il se met &#224; les actionner avec douceur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maximilien et moi, on est tr&#232;s amis. &#192; une &#233;poque on avait voulu devenir &#233;crivains &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;. Cet &#233;trange projet avait tourn&#233; court, mais l'amiti&#233; est rest&#233;e intacte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un petit homme vif au visage clair et aux gestes pr&#233;cis. Culture immense, habilet&#233; extraordinaire &#224; se faire comprendre. Sens aigu de la diplomatie ; oreille absolue ; gymnaste accompli, etc. Conseiller musical de haut vol : il gagne sa vie en analysant les partitions de pianistes c&#233;l&#232;bres avant les concerts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je comprends qu'il est temps de m'en aller. Je v&#233;rifie si le po&#234;le &#224; bois est bien charg&#233; et que la Thermos de caf&#233; n'est pas vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
On prend soin l'un de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demain c'est son tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne fait pas encore jour et je rentre dans ma chambre &#8212; je n'essaye pas de me rendormir. C'est le moment id&#233;al pour faire un petit bilan de sa vie comme nous avons tous l'habitude de le faire de temps &#224; autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui ne va pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait que je suis face &#224; un mur &#8212; une surface dure et repoussante, le contraire de cette consistance chaude et &#233;lastique, cette r&#233;sistance douce, que je cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Existe-t-elle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne trouve pas de solutions &#224; mes questions incessantes. Tout &#231;a m'&#233;chappe. Je d&#233;cide de remettre au lendemain une r&#233;flexion sur ce th&#232;me et d'aller faire une visite impromptue &#224; l'occupant du cinqui&#232;me.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
On voit par la fa&#231;ade que les lumi&#232;res sont encore allum&#233;es &#224; cet &#233;tage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieux lord acari&#226;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notori&#233;t&#233; &#233;norme dans l'immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne retourne &#224; Londres que pour assister aux th&#233;s de la reine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ex-noctambule, il ne dort pas, dixit Anita.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;norme porte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heurtoir !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouverture doubles battants. Flambeaux, ma&#238;tre d'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ici, m'intime d'un geste le grand type sec &#8212; comme flottant dans sa jaquette noire en me d&#233;signant une longue banquette dans l'antichambre. D&#233;cid&#233;ment ils ont tous l'air de faire un r&#233;gime dans cet immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une immense gravure de la tour de Pise me fait face. Une t&#234;te d'orignal empaill&#233;e me d&#233;visage avec un regard insistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme gigantesque entre par une double porte en hurlant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que vous faites ici &#224; cette heure ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Robe de chambre moir&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;rie d'insultes &#224; l'intention de la terre enti&#232;re (ou peut-&#234;tre seulement &#224; mon intention) avec un fort accent anglais et une voix exag&#233;r&#233;ment enrou&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je b&#233;gaye que comme r&#233;cent... arrivant dans l'immeuble... je me devais de faire des visites de courtoisie &#224;... tous les habitants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, maintenant que vous &#234;tes l&#224;, &lt;i&gt;night cup&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Longue galerie pour entrer dans une immense biblioth&#232;que avec meubles &#224; multiples tiroirs au centre, vraisemblablement pour &#233;tudier ouvrages et archives. Des lampes &#224; abat-jour vert diffusent &#224; intervalles r&#233;guliers la lumi&#232;re n&#233;cessaire &#224; une consultation ais&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me couche assez tard, j'&#233;tudie de vieux papiers. Je fais le lien entre des branches &#233;loign&#233;es de ma famille. Regardez mon anc&#234;tre, le premier duc Queensberry est lui-m&#234;me le cousin de la branche des Drumlore &#8212; c'&#233;tait d&#233;j&#224; entortill&#233; tout &#231;a il y a un mill&#233;naire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a me surexcite de d&#233;m&#234;ler tout &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait un filet de p&#234;che sur un bord de plage. Scotch ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Glace ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je bredouille un : Oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Regardez-moi &#231;a, cette s&#233;rie de gravures si d&#233;taill&#233;es du tournoi o&#249; l'on voit mon anc&#234;tre direct mettre &#224; terre le deuxi&#232;me comte de Rutland.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est mieux qu'un film.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il essuie une larme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce colosse a une &#226;me d'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des minutes qui me semblent des heures, cette rencontre se transforme en supplice : un name dropping &#233;tourdissant o&#249; l'on apprend par exemple qu'en 1810, le troisi&#232;me duc de Buccleuch h&#233;rite du duch&#233; de Queensberry. Ainsi, son propri&#233;taire est l'un des cinq d&#233;tenteurs de deux duch&#233;s, les autres &#233;tant le duc de Cornouailles et de Rothesay, le duc de Hamilton et de Brandon, le duc d'Argyll, of course.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;puisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai l'impression &#224; chaque nouveau Nom de passer un obstacle comme un bon petit cheval.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;couter les gens ici, c'est un v&#233;ritable sport.&lt;br class='autobr' /&gt;
On emploie beaucoup la Majuscule dans cet immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est temps que je regagne les &#233;tages, my lord, je lui dis d'une voix de basse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine le temps de dire ouf je suis d&#233;j&#224; en train de passer la porte de ce prodigieux raseur. L'ascenseur &#233;tant naturellement en panne, il faut remonter jusqu'&#224; mon perchoir par le fun&#232;bre escalier. Anita, qui aime aussi les lettres, m'a dit que Victor Hugo a eu un appartement ici. &#199;a ne m'&#233;tonne pas vu l'aspect majestueux que forme la caverne sombre de la cage d'escalier m&#233;diocrement &#233;clair&#233;e par des vitraux faussement moyen&#226;geux. &lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait un vieux phare d&#233;mod&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend Victor d'avoir choisi d'habiter ici &#8212; vu son obsession d'&#233;crire comme accroch&#233; &#224; une falaise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, je me sens mal au moment o&#249; je franchis le huiti&#232;me palier curieux sentiment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mal de mer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'avait pr&#233;venu : tu t'enfermes sur toi-m&#234;me. Ils ont raison, je ne bouge pas de l'immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi aller voir ailleurs ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
J'ai conserv&#233; un ouvrage jamais ouvert, mais qui promet un livre appel&#233; &lt;i&gt;Morphologie du conte&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a ne fait pas tr&#232;s envie comme &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avec un titre pareil, on se dit qu'il doit y avoir beaucoup de choses l&#224;-dedans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les histoires d'un coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au verso est bien expliqu&#233;, en effet, que l'auteur a analys&#233; cent auteurs russes pour identifier &lt;i&gt;une matrice&lt;/i&gt; dont tous les autres contes sont issus. Cent combinaisons, &#231;a doit bien suffire pour faire l'autobiographie de tout le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un plan pr&#233;&#233;tabli avec d'infinies variantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouverture, c'est facile. Grand Un : un des membres de la famille s'&#233;loigne de la maison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit un : le prince dut partir pour un long voyage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Petit deux : d&#233;part des enfants. Exemple : pour aller chercher des fraises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit trois la mort des parents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, le h&#233;ros se fait signifier une interdiction : Tu ne &lt;i&gt;dois pas&lt;/i&gt; regarder ce qu'il y a dans cette pi&#232;ce ; le prince lui interdit de descendre de sa chambre. Ou la m&#232;re dissuade son fils d'aller dans la for&#234;t ; si X (agresseur) vient, ne dis rien, &lt;i&gt;tais-toi&lt;/i&gt;, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vu ces premi&#232;res lignes et l'&#233;normit&#233; du bouquin, il doit s'en passer des choses &#8213; qui doivent bien statistiquement correspondre &#224; ce qui m'arrive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grand Deux, l'interdiction est tout de suite transgress&#233;e &#8212; c'est l&#224; que g&#233;n&#233;ralement l'agresseur essaye d'avoir des renseignements sur le lieu o&#249; est cach&#233; ce qu'on appellera pour simplifier &lt;i&gt;tr&#233;sor&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque matin, j'attaque r&#233;solument la lecture de l'ouvrage comme si je lisais ma propre histoire. On en est rest&#233; au point o&#249; l'agresseur cherche &#224; obtenir des renseignements. Il y a bien s&#251;r plusieurs solutions, on peut suivre la plus simple : l'agresseur re&#231;oit imm&#233;diatement une r&#233;ponse. Les ciseaux r&#233;pondent &#224; l'ours : Jetez-nous par terre o&#249; nous nous enfoncerons &#8212; c'est l&#224; qu'il faudra creuser. C'est l&#224; que, en g&#233;n&#233;ral, l'agresseur tente de tromper sa victime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l&#224;, premi&#232;re r&#232;gle : les propositions trompeuses sont toujours accept&#233;es et ex&#233;cut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&amp;ISBN=978-2-8180-6412-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Love Supreme&lt;/i&gt;, Olivier Cadiot, P.O.L., 2026.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pouvez suivre le podcast de ces lectures versatiles sur les diff&#233;rents points d'acc&#232;s ci-dessous : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://anchor.fm/s/24d0b3d4/podcast/rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RSS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://podcasts.apple.com/fr/podcast/en-lisant-en-%C3%A9crivant/id1517222611&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apple Podcast&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/c/PierreM%C3%A9nard/podcasts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youtube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.deezer.com/fr/show/1001542221&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Deezer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; | &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://open.spotify.com/episode/5ItGd0Gb92KVQOcyRpsVtj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spotify&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que l'on croyait perdu</title>
		<link>https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/ce-que-l-on-croyait-perdu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/article/ce-que-l-on-croyait-perdu</guid>
		<dc:date>2026-06-14T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Biblioth&#232;que</dc:subject>
		<dc:subject>Paysage</dc:subject>
		<dc:subject>Contacts successifs</dc:subject>
		<dc:subject>Quotidien</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
		<dc:subject>R&#234;ve</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Choses qui &#233;gayent le c&#339;ur &lt;br class='autobr' /&gt;
Entendre parler italien dans la rue. Voir deux vieux voisins chinois se serrer la main. Emprunter un chemin pour la premi&#232;re fois. Un voile transparent qui se soul&#232;ve r&#233;guli&#232;rement sous le souffle d'un vent qu'on ne per&#231;oit pas sur son visage. Une femme qui danse seule dans la rue. La musique d'une fanfare au milieu de la foule d'un vide-grenier. Comprendre un jeu de mots longtemps apr&#232;s l'avoir entendu. L'odeur sucr&#233;e du ch&#232;vrefeuille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quai de Valmy, Canal (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://liminaire.fr/chronique/entre-les-lignes/" rel="directory"&gt;Entre les lignes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/bibliotheque" rel="tag"&gt;Biblioth&#232;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/contacts-successifs" rel="tag"&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/quotidien" rel="tag"&gt;Quotidien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/sensation" rel="tag"&gt;Sensation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/reve" rel="tag"&gt;R&#234;ve&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_10_1_-2-97349.png?1781420624' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choses qui &#233;gayent le c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendre parler italien dans la rue. Voir deux vieux voisins chinois se serrer la main. Emprunter un chemin pour la premi&#232;re fois. Un voile transparent qui se soul&#232;ve r&#233;guli&#232;rement sous le souffle d'un vent qu'on ne per&#231;oit pas sur son visage. Une femme qui danse seule dans la rue. La musique d'une fanfare au milieu de la foule d'un vide-grenier. Comprendre un jeu de mots longtemps apr&#232;s l'avoir entendu. L'odeur sucr&#233;e du ch&#232;vrefeuille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/55310092559_54390347db_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55310092559_54390347db_k-e9d49.jpg?1781420624' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Quai de Valmy, Canal Saint-Martin, Paris 10&#232;me, 2 juin 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lieu vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;cors autour de nous ne s'effondrent pas, ils se vident. Sentiment d'absurde qu'on vit en ce moment. On se l&#232;ve, on va au travail mais il n'y a personne. Il n'y a plus de meubles. Plus de tables, plus de chaises. C'est une angoisse tr&#232;s forte qui resurgit. Comme dans ce r&#234;ve : J'arrive tr&#232;s t&#244;t au travail ce matin. Les espaces de la biblioth&#232;que sont d&#233;serts. Ce qui m'&#233;tonne car les n&#233;ons sont d&#233;j&#224; allum&#233;s, &#224; moins qu'on ait oubli&#233; de les &#233;teindre la veille au soir. Les &#233;crans aussi sont allum&#233;s. Je traverse l'open space. Pour rejoindre mon bureau &#224; l'&#233;tage, je prends l'ascenseur. Sur chaque bouton, ce ne sont pas les &#233;tages qui sont inscrits, mais les jours de la semaine. J'appuie sur mardi. Les portes se ferment derri&#232;re moi. Quand elles se rouvrent, je traverse un supermarch&#233; enti&#232;rement vide. Pas de produits dans les rayonnages, pas de musique. Au rayon des surgel&#233;s, une femme passe la serpilli&#232;re. Ce n'est pas la femme de m&#233;nage qui travaille habituellement &#224; la biblioth&#232;que. Je lui demande o&#249; sont les usagers. Je me reprends. Les clients. Elle me r&#233;pond qu'ils sont d&#233;j&#224; rentr&#233;s chez eux. Je continue jusqu'au parking souterrain. Un lieu vide, angoissant. Aucune voiture. Je cherche en vain la sortie, mais chaque porte donne sur un autre couloir identique. Le sentiment d'absurde dans ces espaces de transit, de seuils, de passages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le monde est multitude et solitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la lecture de &lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt; &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan, en compagnie d'Anne Savelli et de Joachim S&#233;n&#233;, je me suis senti ailleurs. Je me sentais bien, j'avais r&#233;p&#233;t&#233; plusieurs fois ma lecture. L'alternance de nos voix, leur compl&#233;mentarit&#233;, me portait. La pr&#233;sence confiante des amis dans la salle comme sur la sc&#232;ne. Leur attention touchante. Concentr&#233; sur la lecture du texte, je me suis d&#233;doubl&#233;. J'&#233;tais &#224; la fois l&#224; en train de lire mon texte, mais je ne pensais pas vraiment &#224; ce que je faisais, j'avais l'impression de me d&#233;doubler pour vivre la sc&#232;ne autrement. En l&#233;ger d&#233;calage. Je n'&#233;tais pas tendu, inquiet, ni stress&#233;, ni pr&#233;occup&#233;. Je me sentais serein, d&#233;tach&#233;. Je flottais au-dessus de la sc&#232;ne. On voit parfois au cin&#233;ma des sc&#232;nes similaires, des moments o&#249; le personnage agit pendant qu'on entend sa voix int&#233;rieure exprimer ce qu'il pense, ce qu'il ressent. J'ai eu soudain l'impression que je sortais de mon enveloppe corporelle alors que j'&#233;tais bien sur sc&#232;ne. Une dr&#244;le d'impression.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/55319144796_d34bda8389_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/55319144796_d34bda8389_k-0827a.jpg?1781420624' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Place de la libert&#233;, Saint-Guilhem-le-D&#233;sert, H&#233;rault, 19 juillet 2013&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'&#233;vidence du d&#233;cisif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarder le paysage. Figer la perspective. En r&#233;p&#233;tant les m&#234;mes phrases pour se tenir compagnie. Ne plus rien faire jusqu'au lendemain. Les signes se transforment pour changer le sens du message initial. Les intuitions cach&#233;es nous traversent. Co&#239;ncidences troublantes, faisceau d'indices. Sur le visage comme un oubli. Mouvements dans la p&#233;nombre. Comme une nuit dans la nuit, une nuit plus profonde. Raconter ce souvenir intime, secret, plusieurs fois. Une longue suite d'&#233;chos ressassant le r&#233;el jusqu'&#224; le faire d&#233;border. La pens&#233;e derri&#232;re les pens&#233;es. Une esquisse de r&#233;ponse face &#224; ce qui dispara&#238;t. Rester en mouvement. Ce n'est pas nouveau, mais exag&#233;r&#233; &#224; l'extr&#234;me. La source de lumi&#232;re, o&#249; va-t-elle ? La curiosit&#233; est une autre forme du d&#233;sir. Je suis incorrigible. Et lorsque tout s'arr&#234;tera, c'est ce qu'il restera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La distance du possible</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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		<dc:subject>Journal</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner &lt;br class='autobr' /&gt;
Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/lecture" rel="tag"&gt;Lecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/photographie" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/animal" rel="tag"&gt;Animal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/solitude" rel="tag"&gt;Solitude&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/absence" rel="tag"&gt;Absence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH75/contacts_succcessifs_9_1_-2-90df9.png?1780815619' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconter cela consiste &#224; s'&#233;loigner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim et Anne passent &#224; la maison pour pr&#233;parer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.paris.fr/evenements/lecture-et-rencontre-avec-pierre-menard-108349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la soir&#233;e du vendredi 12 juin &#224; la m&#233;diath&#232;que Fran&#231;oise Sagan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, o&#249; nous allons lire ensemble des extraits de mon livre. Tr&#232;s vite, nous nous mettons au travail. Nos voix lisent &#224; tour de r&#244;le les diff&#233;rents fragments de plusieurs chapitres. Chacun avec sa voix, sa mani&#232;re de la poser sur le texte, de s'en emparer. C'est &#233;mouvant. &#192; la fin, Joachim s'&#233;tonne de la forme tr&#232;s particuli&#232;re de chaque fragment, de son rythme propre, de sa musique. Chaque fragment forme une boucle. Cela permet de lire le livre de fa&#231;on continue, mais &#233;galement de le parcourir selon l'heure, le lieu, ou au hasard en le feuilletant. J'ai toujours aim&#233; l'id&#233;e qu'on puisse ainsi circuler &#224; sa guise dans mes livres. Une lecture est un parcours. On peut sugg&#233;rer des chemins, des voies &#224; suivre, mais chacun est libre d'arpenter le r&#233;cit &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/55304516081_a32ea3c07b_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/55304516081_a32ea3c07b_k-709f0.jpg?1780815619' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Quai de la Seine, Bassin de la Villette, Paris 19&#232;me, 30 mai 2026&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On finit par se comprendre soi-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.castorastral.com/livre/ma-propriete-privee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ma propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;, le livre de Mary Ruefle, paru aux &#233;ditions Le Castor Astral en 2026&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, est un ensemble de proses po&#233;tiques courtes, ni po&#232;me, ni essai, plut&#244;t des m&#233;ditations existentielles, r&#233;cits intimes, introspectifs, dans lesquels l'autrice se pose des questions &#224; voix haute, sur le sens d'une pens&#233;e, la signification d'un r&#234;ve, ce que repr&#233;sente le bonheur. Elle s'interroge &#233;galement sur le sens des diff&#233;rentes couleurs comme Goethe l'avait fait avant elle dans sa &lt;i&gt;Th&#233;orie des couleurs&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1810, o&#249; le po&#232;te explorait l'impact psychologique des diff&#233;rentes couleurs sur l'humeur et les &#233;motions. Ces r&#233;flexions sont plac&#233;es aux c&#244;t&#233;s d'observations plus d&#233;cal&#233;es, comme la fa&#231;on dont on fabrique les t&#234;tes r&#233;duites, ou la d&#233;couverte faite par Ruefle dans son enfance que les milkshakes sont meilleurs avec du sel et du poivre, ou des r&#233;cits franchement autobiographiques comme celui o&#249; elle avoue avoir pleur&#233; sans arr&#234;t durant le mois d'avril 1998, car elle voulait mourir, &#224; cause de la m&#233;nopause qu'elle aborde sous l'angle personnel mais &#233;galement comme ph&#233;nom&#232;ne social : &#171; une nouvelle adolescence, sauf que vous &#234;tes adulte &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture de Ruefle s'apparente &#224; un sentiment pur, &#224; la mani&#232;re de la po&#233;sie. La juxtaposition et l'association d'images s'entrem&#234;lent ainsi tout au long de l'ouvrage. Dans la bri&#232;vet&#233; &#233;nigmatique du texte intitul&#233; &lt;i&gt;Le Sublime&lt;/i&gt;, sensation et sens se m&#234;lent, et nous reconnaissons &#224; la fois l'action et ce que pourrait &#234;tre la signification cach&#233;e du texte : &#171; La route &#233;tait &#233;troite, puis de plus en plus &#233;troite, tournant tant&#244;t d'un c&#244;t&#233;, tant&#244;t de l'autre tandis que je grimpais, pench&#233;e sur le volant. Je voyais du coin de l'&#339;il qu'il y avait une vue incroyable, mais je ne pouvais pas regarder. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;&#192; lire, s'il vous pla&#238;t&lt;/i&gt;, elle raconte les derniers instants d'une femme chez elle qui remplit de graines de tournesol la mangeoire pour les oiseaux, du point de vue imaginaire d'un chardonneret : &#171; Depuis ma branche, je l'ai vue effectuer les activit&#233;s qui lui plaisaient : ramasser une serviette par terre, remplir un formulaire pour suspendre la distribution du courrier, faire bouillir de l'eau, regarder dans le vide. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la beaut&#233; de l'&#233;criture de Mary Ruefle tient dans l'ind&#233;cision permanente dans laquelle nous tient son &#233;criture, qui ne se limite jamais &#224; une forme pr&#233;cise, un genre, ni &#224; un point de vue univoque sur un sujet et qui, m&#234;me si elle para&#238;t autobiographique, nous touche toutes et tous. Les textes s'arr&#234;tent sur des moments de calme, de contemplation, de tristesse parfois, menant &#224; une prise de conscience ou &#224; une nouvelle vision du monde. Ils tissent entre eux des liens qui peu &#224; peu forment le sens du livre. Si les magnifiques fragments sur les couleurs de la tristesse, qui pars&#232;ment tout le livre, se r&#233;p&#232;tent et donnent leur tonalit&#233; au livre, la tristesse y est explor&#233;e comme une &#233;motion de la vie et des vivants, de la perte non pas comme quelque chose de concret, mais comme un signe de changement, une autre forme de possession. Une &lt;i&gt;note de l'auteur&lt;/i&gt; (que je ne livre pas ici pour ne pas d&#233;voiler la fin du recueil) fait office de cl&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me de passe-partout, et ouvre de nombreuses portes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre dresse le constat d'un agr&#233;able sentiment de partage contrari&#233;, avec une m&#233;lancolie passionn&#233;e qui nous laisse sans voix : &#171; Au d&#233;but, on comprend le monde mais pas soi-m&#234;me, et que lorsqu'on finit par se comprendre soi-m&#234;me, on ne comprend plus le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Change ton malaise en vibrato&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rester en mouvement. Ce n'est pas qu'une question d'activit&#233;s. Avoir des choses &#224; faire, travailler &#224; de nouveaux projets, avancer sur d'anciens. C'est avant tout une question de dynamique. Se mettre en mouvement. D&#232;s que j'arr&#234;te, je me sens pris au pi&#232;ge. Ce n'est pas imm&#233;diat, c'est plus pernicieux. Au d&#233;but, il me reste encore des choses &#224; faire, j'avance l'esprit l&#233;ger, je crois que &#231;a va continuer comme &#231;a, dans cet &#233;lan, ce rythme qui me porte au quotidien. Un impr&#233;vu survient, de la visite, une inqui&#233;tude passag&#232;re, des jours de vacances sans partir en voyage, sans pouvoir sortir, me promener, la canicule me retient plus longtemps que pr&#233;vu &#224; l'int&#233;rieur de la maison, sans pouvoir bouger, volets baiss&#233;s, dans la p&#233;nombre &#233;touffante de l'appartement. Des id&#233;es sombres m'envahissent. C'est si rare que j'en suis abasourdi. Je reste sans voix, m&#233;lancolique. Remise en cause g&#233;n&#233;rale. Tout m'&#233;chappe. Sans savoir comment r&#233;agir, ne rien r&#233;ussir &#224; faire d'autre qu'&#224; lire. Je fais du surplace. &#201;crire ce qui ne va pas. Ce qui m'inqui&#232;te, ce qui m'obs&#232;de. Puis tout effacer. Un poids en moins. D&#232;s que je r&#233;ussis enfin &#224; sortir &#224; nouveau, m&#234;me si c'est pour retourner travailler, je me sens mieux, moins oppress&#233;. Je me remets en mouvement, et ce mouvement me soulage, m'apaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://liminaire.fr/IMG/jpg/9178156514_a07478f68c_k.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/9178156514_a07478f68c_k-88308.jpg?1780815619' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;Mission Dolores, San Francisco, Californie, &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, 24 avril 2012&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chant des oiseaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant l'air &#224; ma fen&#234;tre, j'observe un merle sur le bord de la fen&#234;tre de mes voisins. Sur le toit de l'immeuble d'en face un petit moineau lance une trille au son per&#231;ant. Je vois le merle sur son promontoire, se figer et lever la t&#234;te vers le haut pour regarder dans la direction de l'oiseau comme s'il comprenait ce que l'autre oiseau exprimait dans son chant. Je me rends compte que je n'ai jamais cherch&#233; &#224; savoir jusqu'&#224; pr&#233;sent si les oiseaux d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ont la capacit&#233; de communiquer et de se comprendre. Certains oiseaux communiquent des informations importantes sur les menaces et les ressources alimentaires au sein de leur groupe, mais aussi &#224; d'autres esp&#232;ces qui partagent le m&#234;me habitat. Bien qu'il existe certaines preuves sugg&#233;rant une compr&#233;hension entre certaines esp&#232;ces, dans certaines circonstances, cette capacit&#233; semble &#234;tre limit&#233;e et d&#233;pendante en fonction de l'environnement et de l'apprentissage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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