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		<title>Journal du regard : Mai 2026</title>
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&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#192; chaque excursion, il y a ce qu'on imagine pouvoir faire, le parcours qu'on pr&#233;pare en amont. Ce qu'on anticipe et ce qu'on improvise sur place. &#192; Cr&#233;cy-la-Chapelle, nous longeons les quais de la Venise briarde, avant de rejoindre le chemin de halage le long de la rivi&#232;re que j'avais rep&#233;r&#233; sur la carte. Sur le chemin, nous croisons des marcheurs qui nous conseillent un itin&#233;raire que nous n'avions pas envisag&#233; d'emprunter. Nous traversons des champs, montons sur la colline qui surplombe le village. En pr&#233;parant notre promenade, j'avais lu qu'il y avait de ce c&#244;t&#233;-l&#224; un ancien cimeti&#232;re protestant &#224; l'ombre des bois. Cependant, je ne pensais pas que nous irions jusque-l&#224; car cela me semblait consid&#233;rablement rallonger la distance de notre parcours. Au moment de passer &#224; la hauteur du cimeti&#232;re, nous ne comprenons pas la direction indiqu&#233;e par le panneau pour nous y rendre et passons &#224; c&#244;t&#233;. Je suis un peu d&#233;pit&#233;, mais difficile de revenir sur nos pas, puisque nous descendons &#224; travers la for&#234;t et que nous sommes d&#233;j&#224; &#224; proximit&#233; du village en contrebas. Ironie du sort, c'est au cimeti&#232;re que nous finissons notre p&#233;riple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un thomasson est un objet urbain inutile, pr&#233;serv&#233; dans le cadre d'un b&#226;timent ou de son environnement. Quatre colonnes en fonte soutenaient le viaduc de la ligne 2 avant la cr&#233;ation des voies routi&#232;res. Ces colonnes creuses, d&#233;cal&#233;es vers la rotonde, servent d&#233;sormais de gaines de ventilation &#224; l'usine souterraine d'eau non potable de La Villette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Caroline pour inscrire la m&#233;moire de son grand-oncle Antoine Poletti, r&#233;sistant pendant la guerre et mort en d&#233;portation, dans le quartier o&#249; il a v&#233;cu avec toute sa famille, rue Corbera, dans le 12&#7497; arrondissement, tout proche du quartier de mes parents, et de la famille de ma m&#232;re, rue Beccaria, me touche. Ce qu'elle &#233;crit sur lui va se prolonger sur une plaque comm&#233;morative, appos&#233;e prochainement sur la fa&#231;ade de l'immeuble. Je traverse pour ma part ces lieux hant&#233;s par mes parents sans aucune nostalgie. Les seules traces qui m'&#233;meuvent et me touchent sont celles des marques de ballons des enfants qui recouvrent le mur blanc de la Petite Mairie du march&#233; d'Aligre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, je ne suis pas seul quand je filme, j'enregistre ce que je vois &#224; la vol&#233;e, dans un temps r&#233;duit, un empressement constant sur le cours des choses. Quelque chose attire mon attention, je m'arr&#234;te pour filmer. On ne m'attend pas, c'est une habitude. Je les rejoins apr&#232;s en pressant le pas. Cela ne me g&#234;ne pas, mais je dois &#224; chaque fois rattraper le temps perdu pour ne pas me laisser distancer. Les conversations qui s'&#233;taient engag&#233;es sont interrompues, elles ont chang&#233; de sujet ou de direction, j'en entends que des bribes. Je les suis en pointill&#233;. Je dois agir vite et dilater le temps. Je ne sais pas si ce que je vis est vrai ou si je suis embarqu&#233; dans le r&#234;ve de quelqu'un d'autre. Une r&#233;alit&#233; alternative. Un univers parall&#232;le. Ce que je per&#231;ois de ce qui m'entoure, et pas seulement avec les personnes qui m'accompagnent, avec qui je partage l'espace, para&#238;t d&#233;tach&#233; de l'ensemble du paysage, comme si je n'en saisissais qu'un fragment, un seul versant, laissant l'autre dans l'ombre, sur le c&#244;t&#233;. C'est comme une machination. Qu'est-ce que c'est qu'&#234;tre s&#233;par&#233; de quelque chose qu'on n'a jamais eu ? De regarder ce qu'on ne voit pas vraiment, qui nous &#233;chappe ? Une &#233;norme absence m&#234;l&#233;e &#224; la certitude d'une grande pr&#233;sence possible cr&#233;e une impression singuli&#232;re. Je r&#233;fl&#233;chis &#224; tout cela en remontant vers la maison, apr&#232;s avoir mang&#233; en famille dans un restaurant du 12&#7497;. Nous rentrons &#224; pied, en longeant le canal Saint-Martin. Dans l'effervescence de cette chaude journ&#233;e, les quais sont bond&#233;s d'une foule de Parisiens et de touristes, jeunes gens buvant et fumant, riant et parlant fort, assis, debout, dans le d&#233;sordre de la nuit. Comment aurais-je pu imaginer qu'une bagarre entre hooligans en marge de la finale de la coupe de France de football aurait lieu quelques heures plus tard, m&#234;me si, peinant &#224; remonter le quai, &#224; cause de la foule, j'ai ressenti quelque chose d'&#233;lectrique dans l'air qui m'a profond&#233;ment troubl&#233;, mis mal &#224; l'aise, comme il arrive parfois qu'on pressente ce qui va se passer mais qu'on ne le comprenne qu'apr&#232;s coup ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;s &#224; manger chez mes parents, avec Caroline et Nina, nous descendons &#224; la gare de Boussy-Saint-Antoine, pour rejoindre Combs-la-Ville &#224; travers champs et bords de l'Yerres. C'est un voyage dans le temps. Je retrouve des lieux de promenades de mon enfance, quand nous habitions Boussy, o&#249; nous descendions avec mon oncle et ma tante jusqu'&#224; Jarcy. Sur le chemin, je retrouve des maisons et des jardins o&#249; j'ai &#233;t&#233; invit&#233; lorsque j'&#233;tais enfant, chez des camarades de classe. Je ne me souviens de rien mais tout me revient. Les lieux de mon enfance se r&#233;sument trop souvent aux vacances estivales pass&#233;es chez mes grands-parents dans le Berry. Mais ces paysages travers&#233;s aujourd'hui m'y ram&#232;nent par un d&#233;tour que seule la m&#233;moire sait faire jouer en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pas s'impriment dans la terre encore humide des sous-bois, &#233;criture illisible, les reflets des flaques s'&#233;vaporent dans la touffeur du jour, la lumi&#232;re &#224; leur surface, artificielle comme les &#233;tangs de la for&#234;t, mirages de fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Avril 2026</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
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&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours &#233;t&#233; attir&#233; par les jardins, ce sont des lieux o&#249; j'aime me retrancher, des &#238;lots de calme pour me d&#233;tendre, faire le point, r&#233;fl&#233;chir, m'isoler un peu, lire un livre. Je me rends (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/ecriture" rel="tag"&gt;&#201;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/musique" rel="tag"&gt;Musique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/regard" rel="tag"&gt;Regard&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-04-28_a_22.33_25-1d251.png?1777618922' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/2Z9dBCevKX0&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours &#233;t&#233; attir&#233; par les jardins, ce sont des lieux o&#249; j'aime me retrancher, des &#238;lots de calme pour me d&#233;tendre, faire le point, r&#233;fl&#233;chir, m'isoler un peu, lire un livre. Je me rends compte que je les filme de plus en plus souvent. En y r&#233;fl&#233;chissant, je crois que cette attirance pour ces lieux de nature en milieu urbain, qui accueillent de plus en plus des jardins partag&#233;s, vient de ma jeunesse. J'ai pass&#233; plusieurs &#233;t&#233;s de mon enfance chez mes grands-parents qui vivaient dans le Berry. Quand je ne roulais pas &#224; travers champs sur mon v&#233;lo, de la maison jusqu'au village en longeant l'Indre, je passais de longues heures &#224; jouer dans le grand jardin potager situ&#233; &#224; l'arri&#232;re de la maison. Je marchais dans les all&#233;es, en me racontant des histoires, jouais sur la balan&#231;oire, mangeais des fruits en passant (m&#251;res, groseilles, cassis), r&#234;vais &#224; l'ombre du cerisier, ou me cachais dans l'abri de mon grand-p&#232;re au fond du jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;ambule dans les all&#233;es du parc de Bagatelle. Caroline est &#224; mes c&#244;t&#233;s. C'est le printemps. Les pelouses sont d'un vert &#233;clatant, les arbres majestueux. Et pourtant, quelque chose r&#233;siste &#224; l'&#233;vidence. Une impression de d&#233;j&#224;-vu, sans souvenir pr&#233;cis. Je sais que je suis venu ici il y a longtemps, une trentaine d'ann&#233;es peut-&#234;tre. Je ne garde que cette sensation diffuse qui perturbe un peu ce que je per&#231;ois autour de moi. En marchant, je pense au film de Rainer Werner Fassbinder &lt;i&gt;Le Monde sur un fil&lt;/i&gt;, que j'ai d&#233;couvert r&#233;cemment, presque par hasard, en pr&#233;parant pour la biblioth&#232;que une s&#233;lection de films sur les robots et l'intelligence artificielle. Ce film, adapt&#233; d'un livre de Danyel F. Galouye, &lt;i&gt;Simulacron 3&lt;/i&gt;, a d&#233;plac&#233; quelque chose dans cette approche. C'est le premier film de science-fiction sur les m&#233;tavers. Un personnage dispara&#238;t subitement, sans que personne ne le remarque, comme si la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me effa&#231;ait ses propres traces, ce qui finit par se r&#233;v&#233;ler &#234;tre la simple suppression d'un avatar, le monde de cette fiction n'&#233;tant qu'un univers virtuel.Je traverse une all&#233;e bord&#233;e d'arbres. La composition du jardin, m&#234;me dans ses diff&#233;rents espaces aux formes vari&#233;es, est tr&#232;s &#233;labor&#233;e. Le parc ressemble &#224; un d&#233;cor, ou plut&#244;t, une mise en sc&#232;ne de lui-m&#234;me. Dans le film de Fassbinder, les zooms, les travellings, les surfaces r&#233;fl&#233;chissantes rappellent sans cesse que nous regardons une repr&#233;sentation. Je pense alors au film d'Alain Resnais &lt;i&gt;L'Ann&#233;e derni&#232;re &#224; Marienbad&lt;/i&gt;, &#233;crit par Alain Robbe-Grillet. C'est le m&#234;me trouble, dans la r&#233;p&#233;tition des formes, et cette incertitude des souvenirs. Pourquoi ce lieu m'&#233;chappe-t-il ? Pourquoi ne me reste-t-il que cette impression vague d'y &#234;tre d&#233;j&#224; venu ? Est-ce le souvenir qui fait d&#233;faut, ou la r&#233;alit&#233; qui se d&#233;robe ? Marcher ici, c'est peut-&#234;tre traverser un espace d&#233;j&#224; rejou&#233;. Une variation de cet espace. Dans le film de Fassbinder, une issue existe. Elle ne passe pas par une preuve, ni par une d&#233;monstration, mais par une rencontre. La certitude fragile d'&#234;tre avec quelqu'un. Une pr&#233;sence qui r&#233;siste &#224; la simulation et qui introduit de l'alt&#233;rit&#233;. Et avec elle, la possibilit&#233; d'y croire encore. Et bien s&#251;r, je pense alors &#224; &lt;i&gt;La Jet&#233;e&lt;/i&gt;, de Chris Marker. L&#224; aussi, tout repose sur une image, sur une m&#233;moire. Celui du visage d'une femme. Un point fixe dans un monde instable. Comme si, au c&#339;ur des dispositifs les plus sophistiqu&#233;s, ce qui demeurait irr&#233;ductible, c'&#233;tait la relation. Je continue de marcher. Avec Caroline, nous cherchons la sortie du parc. Les passants croisent mon regard, puis disparaissent dans mon dos. Rien ne les retient. Rien ne me prouve qu'ils sont l&#224; autrement que par cette br&#232;ve co&#239;ncidence de nos trajectoires. Peut-&#234;tre que la r&#233;alit&#233; ne tient qu'&#224; cela, &#224; ces rencontres fugitives, ces pr&#233;sences qui interrompent le flux. Dans ce parc que je ne reconnais pas, ou trop peu, &#224; certains moments d'ailleurs je crois m'en souvenir, mais c'est l'image d'un autre jardin dans lequel je me projette, celui du bois de Boulogne o&#249; je suis venu me promener l'ann&#233;e derni&#232;re, je cherche moins &#224; me souvenir qu'&#224; &#233;prouver, &#224; v&#233;rifier que quelque chose r&#233;siste, que tout n'est pas seulement surface. Qu'est-ce qui, dans l'exp&#233;rience, &#233;chappe &#224; sa mise en sc&#232;ne ? Un regard. Une voix. Une pr&#233;sence. Caroline est &#224; mes c&#244;t&#233;s et c'est tout ce qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profiter du temps d'un trajet en RER pour lire un livre. C'est ce que je faisais lorsque je travaillais &#224; Melun. Bien cal&#233; contre la fen&#234;tre, j'ouvre mon livre pour m'y plonger. &lt;i&gt;Venise, millefleurs&lt;/i&gt;, de Ryoko Sekiguchi. Difficile de se concentrer durant les premi&#232;res stations souterraines. Les portes se ferment bruyamment. Des tensions entre les voyageurs. Un d&#233;but de bagarre. Le ton monte, les menaces fusent. Oublier tous ces bruits, cette agitation, qui s'invitent malgr&#233; nous dans le wagon, les conversations qui distraient, et m&#234;me, les paysages de cette banlieue que je ne connais pas, les regarder &#224; peine. Avec Ryoko Sekiguchi, je suis &#224; Venise, passant d'&#238;le en &#238;le, anticipant curieusement la promenade &#224; venir, une randonn&#233;e en banlieue parisienne aux airs de dimanche &#224; la campagne. Emprunter des chemins de traverse. &#201;couter le chant des oiseaux. S'engouffrer sous un pont, traverser un tunnel, marcher sur un viaduc, apercevoir de l&#224;-haut la for&#234;t &#224; perte de vue, puis s'enfoncer &#224; nouveau dans la fra&#238;cheur des sous-bois. Longer des habitations dont on ne voit que la haie au fond du jardin. Apercevoir furtivement un renard traverser un champ. Traverser des villages qu'on croise sur l'itin&#233;raire avant de revenir prendre son train &#224; la gare.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Mars 2026</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt; Rien que les heures, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-03-30_a_00.04_14-0e6de.png?1775026977' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/produit/rien-que-les-heures/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Rien que les heures&lt;/i&gt;, mon livre qui para&#238;t aux &#233;ditions JOU&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en mai prochain, est un r&#233;cit qui se d&#233;roule sur une journ&#233;e, du jour au lendemain. Chaque heure de cette journ&#233;e, de 00h24 &#224; 23h53, correspond &#224; un lieu &#224; Paris &#224; une heure pr&#233;cise. Cet endroit est situ&#233; sur une ligne qui traverse Paris du nord au sud, en longeant le m&#233;ridien de Paris. Ce m&#233;ridien a &#233;t&#233; d&#233;fini pour la premi&#232;re fois le 21 juin 1667, jour du solstice d'&#233;t&#233;. Il traverse la France de Dunkerque &#224; Perpignan. L'emplacement de l'Observatoire de Paris, dans le 14&#7497; arrondissement, a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; &#224; cette date et de fa&#231;on &#224; ce que cette ligne imaginaire le traverse. C'est &#224; partir du m&#233;ridien de Paris que le syst&#232;me m&#233;trique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Le m&#232;tre est la 1/10 000 000&#7497; partie de la moiti&#233; du m&#233;ridien. Il a ensuite &#233;t&#233; abandonn&#233; au profit du m&#233;ridien de Greenwich en 1884. Le r&#233;cit est divis&#233; en soixante chapitres, des &#233;tapes sur ces lieux qui ne sont d&#233;sign&#233;s tout d'abord que par leurs coordonn&#233;es g&#233;olocalis&#233;es (on trouve cependant &#224; la fin du livre leurs adresses pr&#233;cises, dans un index complet). &#192; chaque &#233;tape du parcours, en fonction de l'heure qu'il est &#224; Paris, on peut lire sept r&#233;cits se d&#233;roulant au m&#234;me moment dans sept lieux diff&#233;rents r&#233;partis dans le monde entier, mais &#224; une heure alternative selon le fuseau horaire de l'histoire racont&#233;e. Pour ce projet sur l'espace et le temps, j'ai choisi le nombre d'&#233;tapes, en r&#233;f&#233;rence au nombre de secondes dans une minute et de minutes dans une heure. Je souhaitais &#233;galement que le chiffre des minutes de chaque &#233;tape soit diff&#233;rent, et contenu entre 1 et 60. J'ai choisi le chiffre sept pour le nombre de lieux en r&#233;f&#233;rence au nombre de jours dans une semaine, sans penser aux bottes de sept lieux du &lt;i&gt;Petit Poucet&lt;/i&gt; de Charles Perrault, dont les bottes magiques permettent de parcourir, comme dans mon livre, de tr&#232;s grandes distances en tr&#232;s peu de temps. Pour accompagner la sortie du livre, je pr&#233;pare une webfiction en ligne, qui permettra de d&#233;couvrir le r&#233;cit, accompagn&#233; de courtes vid&#233;os film&#233;es dans les soixante lieux parisiens, des photographies qui sont &#224; l'origine des textes, qu'on a pu d&#233;couvrir sur mon site, entre janvier 2021 et f&#233;vrier 2022, sous la forme d'un r&#233;cit par fragments et d'un podcast, intitul&#233;s &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/projets/article/rien-ne-ressemble-a-ce-dont-je-ne-me-souviens-pas&#034;&gt;L'espace d'un instant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. et des textes qu'on pourra lire et &#233;couter, dans la nouvelle version du r&#233;cit. Pour pr&#233;parer le tournage de ces vid&#233;os au printemps, j'ai fait quelques rep&#233;rages sur les lieux o&#249; je vais filmer. Il y a de nombreuses s&#233;quences qui se d&#233;rouleront dans le jardin du Luxembourg, et autour de l'Observatoire de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus avertis s'en rendront compte en regardant les images de ce journal, il y a quelque chose de chang&#233; dans la prise de vue. La cam&#233;ra DJI Osmo Pocket que j'utilisais depuis 2019 ne fonctionne plus. Le bouton d'enregistrement s'est brusquement bloqu&#233; alors que nous d&#233;ambulions en famille dans le parc Montsouris. La prise en main d'un nouvel outil prend toujours un peu de temps. La cam&#233;ra de la m&#234;me marque que la pr&#233;c&#233;dente que j'ai achet&#233;e est un peu plus encombrante, plus lourde &#233;galement, elle poss&#232;de un &#233;cran qui m'a un peu d&#233;stabilis&#233; au d&#233;part pour le cadrage, mais question mise au point et stabilit&#233; de l'image, elle est encore plus efficace que la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais pas revenir &#224; la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson &#224; Nice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Nina a termin&#233; en fin d'ann&#233;e derni&#232;re ses cinq ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures, et m&#234;me si Caroline et moi nous avons une amie qui vit d&#233;sormais &#224; Nice, je n'envisageais pas d'y revenir et de revoir l'&#233;cole. Comme ma fille y avait laiss&#233; des affaires au moment de partir vivre &#224; Marseille, et qu'elle n'avait pas r&#233;ussi &#224; y retourner depuis son d&#233;part, je lui ai propos&#233; de l'y accompagner &#224; l'occasion de notre bref s&#233;jour &#224; Marseille. En effet, avec Caroline, nous sommes venus travailler une semaine sur notre projet d'&#233;criture &lt;i&gt;Autour&lt;/i&gt; (devenu &lt;i&gt;Nostos&lt;/i&gt;) pour lequel nous avions &#233;t&#233; accueillis l'&#233;t&#233; dernier &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence &#224; La Ciotat &#224; l'invitation de La Marelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. &#192; chaque fois que j'ai eu l'occasion de me rendre &#224; la Villa Arson, j'ai film&#233; quelques s&#233;quences sur place, car c'est un lieu de cr&#233;ation magnifique situ&#233; sur les hauteurs de Nice, &#224; la fois &#233;cole d'art et espace d'exposition, avec son architecture en b&#233;ton et galets, son jardin aux arbres centenaires qui offre une vue incroyable sur toute la ville. &#192; chaque fois que je postais des images de mon passage, le responsable de la biblioth&#232;que me disait que j'aurais d&#251; lui dire que je passais, nous aurions pu r&#233;aliser ensemble un entretien sous forme de podcast. Cette fois-ci, j'ai finalement devanc&#233; sa proposition, et nous avons enregistr&#233; un entretien autour de mon parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive &#224; Marseille en train, on a l'impression que la gare tourne le dos &#224; certains quartiers au profit d'une unique ouverture sur le centre-ville. La Belle de Mai est un ancien quartier ouvrier qui para&#238;t abandonn&#233; depuis de longues ann&#233;es, m&#234;me si les choses changent peu &#224; peu. La veille, de retour de Nice, Caroline, Nina et moi, nous avions travers&#233; rapidement les ruelles &#233;troites du quartier, &#224; bord d'un taxi, pour rapporter les affaires de Nina dans son appartement du boulevard Ricard. Dans notre trajet nocturne, nous avons &#233;t&#233; surpris par le nombre de personnes dehors &#224; cette heure, marchant sur les trottoirs, traversant la route en pressant le pas, mangeant et buvant debout devant les caf&#233;s. C'&#233;tait l'heure de la rupture du je&#251;ne, la fin du ramadan toute proche. Le lendemain nous sommes repass&#233;s dans le quartier, marchant &#224; travers les m&#234;mes rues, cette fois presque d&#233;sertes. Nina nous a conseill&#233; d'emprunter la rue Levat. Au milieu de cette ruelle &#233;troite qui serpente entre murets, maisons de ville et petits immeubles, un portail ouvre sur un ancien couvent reconverti depuis peu en lieu de cr&#233;ation, de rencontres et de diffusion. On entre &#224; l'int&#233;rieur, le jardin est immense. C'est une parenth&#232;se dans la ville. Un moment suspendu. Une respiration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : F&#233;vrier 2026</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_2026-02-23_a_23.00_01-88824.png?1772438466' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/35GqNZC5AUQ&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas ce que cette construction qui n'est pas encore achev&#233;e, encore en travaux, vient faire l&#224;, la raison de sa pr&#233;sence au milieu de la pelouse : elle transforme le panorama habituel, devant le d&#244;me &#233;tincelant de La Villette, bouleverse les habitudes des sportifs qui viennent jouer ou s'entra&#238;ner &#224; cet endroit, mais aussi les promeneurs, et toutes les personnes qui appr&#233;cient, aux premiers beaux jours, s'installer l&#224; pour pique-niquer le midi, se reposer, profiter du soleil, du calme du parc. Par la porte rest&#233;e entrouverte, on aper&#231;oit &#224; l'int&#233;rieur de grands &#233;chafaudages. On imagine qu'il s'agit d'une salle de spectacle pour une dur&#233;e limit&#233;e. Quand on revient de promenade, on comprend que la mani&#232;re dont le b&#226;timent transformait le paysage, dans la lumi&#232;re p&#226;le de cette journ&#233;e d'hiver, le bleu vif et tenace de ses reflets qui se propageait au sol, sur les pav&#233;s, l'herbe et jusqu'&#224; l'eau du canal. Tout cela nous laissait deviner ce qui allait se passer &#224; l'int&#233;rieur. On d&#233;couvre en effet que ce lieu &#233;ph&#233;m&#232;re dispara&#238;tra au printemps, dans deux mois &#224; peine, et qu'il va proposer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://prodigy12.com/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un spectacle immersif&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m&#234;lant installations LED &#224; 360&#176;, performances chor&#233;graphiques et visuels 3D avec une musique originale interpr&#233;t&#233;e en direct. Ce spectacle &lt;i&gt;son et lumi&#232;re&lt;/i&gt; va plonger le spectateur, selon les organisateurs, dans une version surr&#233;aliste de Paris, s'effondrant sous le poids du temps. Dans leur pr&#233;sentation clinquante et sensationnaliste, qui s'accorde parfaitement cela dit &#224; ce spectacle que je n'irais pas voir, je retiens cependant qu'il efface la fronti&#232;re entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, entre ce qui est construit et ce qui est imagin&#233;, car c'est bien l'effet ressenti devant cette architecture &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fum&#233;e d'abord, il n'y a pas de fum&#233;e sans feu, le feu qui prend, qui craque, au feu les pompiers, la maison qui br&#251;le, poings serr&#233;s, serrer les dents, dent de scie, scie circulaire, cercle de cendres, sang d'encre, signaux de fum&#233;e, noir de monde, feu follet, allumette craqu&#233;e, pic de chaleur, chaleur humaine, humain trop humain, fum&#233;e de cigarette, m&#233;got qui m&#233;gote, m&#233;gaphone qui crache, crachat, crachin, brouillard, brouiller les pistes, atterrissage forc&#233;, force majeure, carbone quatorze, &#226;ge du feu, feu de joie, soufre et salp&#234;tre, noir dessein, dessin dans la bu&#233;e sur la vitre, vitre f&#234;l&#233;e, faille sismique, combustion lente, mont&#233;e de fi&#232;vre, fum&#233;e qui monte, qui ment, qui m'enveloppe, me disperse en particules, volutes et volte-face, feu qui couve, qui couvre tout, d'un nuage, brasier des souvenirs, souvenirs en cendres, cendres encore chaudes, comme un secret qui fume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour, j'ai entendu un morceau de Bud Powell, dans une compilation de ses enregistrements &#224; New York entre 1944 et 1949. Le son avait quelque chose de m&#233;tallique. Je me sentais ext&#233;rieur &#224; cette musique, et je m'en suis &#233;tonn&#233;, car c'est un musicien que j'aime beaucoup. Au bout de quelques minutes, pourtant, la musique m'emportait &#224; nouveau. J'&#233;tais entr&#233;, et il devenait difficile d'en sortir. J'&#233;tais propuls&#233; dans les m&#233;andres du jeu tout en v&#233;locit&#233; et en l&#233;g&#232;ret&#233; du pianiste et de ses musiciens. J'ai pens&#233; que ma difficult&#233; venait d'abord de l'enregistrement, de son anciennet&#233;. Cette id&#233;e continuait &#224; m'occuper tandis que je me souvenais d'une r&#233;cente promenade dans un quartier du 20&#7497; arrondissement o&#249; je n'&#233;tais plus retourn&#233; depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui m'en avait &#233;loign&#233;, il aurait suffi d'un petit d&#233;tour pour y revenir, mais l'occasion ne s'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233;e. En reprenant mentalement ce parcours, cela m'a fait r&#233;fl&#233;chir &#224; mon rapport au temps. Je ne vois plus ce quartier comme je l'ai vu la premi&#232;re fois. Certains rep&#232;res me sont revenus en y d&#233;ambulant, mais ils se reliaient diff&#233;remment, dessinant un trajet inattendu, qui en transformait de mani&#232;re in&#233;dite le souvenir. Le lieu avait vieilli, sans moi. Je ne voyais plus sa nouveaut&#233;, seulement l'anciennet&#233; de mon passage, comme si je feuilletais un album d'images d'un lieu qui aurait disparu. Quel lien avec Bud Powell ? Sa musique est intemporelle, mais nous l'&#233;coutons parfois sur des supports dat&#233;s. Les enregistrements anciens peuvent nous laisser un temps sur le seuil de l'&#339;uvre, si l'on ne force pas l'entr&#233;e de l'&#233;coute. Et c'est une &#339;uvre en mouvement dans laquelle on entre en accueillant cet &#233;lan qui nous emporte. Revenir dans ce lieu m'a laiss&#233;, moi aussi, un temps, sur le seuil. Je suis rest&#233; &#224; distance, dans le souvenir et non dans le pr&#233;sent de ce lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rendez-vous, je presse le pas, &#231;a file, &#231;a clignote autour de moi. Je traverse la ville &#224; grandes enjamb&#233;es, la pluie &#233;clabousse mon visage, mes chaussures s'enfoncent dans l'eau des flaques. Les enseignes des commerces brillent dans l'obscurit&#233;, leur &#233;clat color&#233; me saute aux yeux. Je ne distingue pas nettement ceux que je croise dans la rue. Leurs silhouettes surgissent et disparaissent &#224; contretemps. Elles se succ&#232;dent, tournoient, comme dans un tourbillon. Un couple sous un abribus. Un homme parle seul, &#233;clair&#233; par les phares des voitures, il surgit de la p&#233;nombre, comme sur une photo surexpos&#233;e. Je presse l'allure. J'ai l'impression de m'&#233;chapper sans savoir d'o&#249;. Personne ne me regarde vraiment, pas le temps. Pourtant je vois leurs traits, stri&#233;s par la pluie, travers&#233;s d'&#233;clairs aveuglants. Les vitrines me renvoient un double flou, une ombre qui pourrait &#234;tre la mienne. Tout se bouscule. Un porche sombre, une odeur d'essence, le fant&#244;me d'un chien, le grincement du m&#233;tro a&#233;rien, une sir&#232;ne au loin. Une tension douce me serre la poitrine. C'est presque agr&#233;able. Je continue d'avancer, encore, plus vite, jusqu'au prochain carrefour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Janvier 2026</title>
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		<dc:date>2026-02-02T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2026-02-01_a_15.01_50-4b0c6.png?1770019209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/f__4HgDhW4w&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Marcher sur la neige, c'est entrer dans une danse lente. R&#233; mi, mi fa, des pas prudents qui avancent au ralenti, comme les doigts s'enfoncent dans le manteau blanc des touches du piano. La ville dans un silence feutr&#233;. Le motif musical de Debussy, dans son pr&#233;lude &lt;i&gt;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; laisse derri&#232;re lui ces empreintes d&#233;licates, des grappes d'accords enveloppants. Chaque note devient m&#233;ditation, &#224; peine troubl&#233;e par une gamme par tons qui fait perdre l'orientation. R&#233; mi, mi fa. Les pas reviennent en &#233;cho, expressifs. Les accords glissent comme des blocs de glace, et soudain, dans les aigus, un carillon &#233;claire la fin. Un tendre regret, la trace laiss&#233;e par quelqu'un, un &#234;tre cher, que la neige et la musique retiennent encore un instant. Celui que l'on &#233;tait lorsqu'enfant nos pas s'enfon&#231;aient sur la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cents &#233;changes avec Anh Mat, pour nos &lt;i&gt;vases communicants&lt;/i&gt;, j'ai r&#233;alis&#233; que ce qui m'importait dans l'&#233;criture vid&#233;o, ce que certains appellent &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://ateliers.sens-public.org/qu-est-ce-que-la-litteratube/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la litt&#233;ratube&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, ce n'&#233;tait pas le texte. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; m'a dit plusieurs fois en commentaires de ce journal vid&#233;o qu'il aimerait pouvoir le lire dans son int&#233;gralit&#233;. Pour moi, l'int&#233;r&#234;t du texte tient uniquement dans le dialogue qui s'instaure avec les images, en d&#233;calage parfois avec ce que l'on voit ou au contraire en accord direct avec elles. Dans l'alternance des sons et de la musique. Je le con&#231;ois comme l'un des &#233;l&#233;ments, mais il n'est pas central, il joue son r&#244;le au m&#234;me titre que les autres. Filmer au quotidien me permet d'&#233;crire plus facilement, de creuser des sujets que je n'aborde pas dans le journal hebdomadaire de mes &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/contacts-successifs&#034;&gt;Contacts successifs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dans lequel je d&#233;cris ma semaine par le biais de textes qui forment des blocs autonomes, d&#233;cal&#233;s, accompagn&#233;s par deux photographies, l'une prise la semaine pr&#233;c&#233;dant la publication sur mon site et la seconde, qui porte le m&#234;me nom de fichier que la premi&#232;re, et montre un autre lieu &#224; une date ant&#233;rieure, parfois plusieurs ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, j'ai souhait&#233; animer plus d'ateliers artistiques que d'ateliers num&#233;riques, m&#234;me si par ailleurs je continue d'en proposer tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon. En privil&#233;giant la cr&#233;ation manuelle, je voulais utiliser d'autres outils, apprendre de nouvelles techniques, changer de perspective, avoir une approche plus directe, plus physique, cr&#233;ant un rapport au temps diff&#233;rent, sp&#233;cifique au travail manuel. Pour mettre au point ces ateliers de cr&#233;ation, il a d'abord fallu que je r&#233;fl&#233;chisse &#224; leur mise en place pratique (le mat&#233;riel, les outils), avant de pouvoir enfin, convoquer les propositions d'&#233;criture qui s'y int&#233;greraient au mieux. Je vais ainsi animer &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliotheques.paris.fr/Default/doc/QUEFAIRE/104941/atelier-broderie-sur-photographie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un atelier broderie sur photographie&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et un atelier leporello po&#233;tique en cyanotype. J'ai propos&#233; &#233;galement un atelier de lecture &#224; voix haute, un atelier d'&#233;criture po&#233;tique et cr&#233;ation d'un carnet reli&#233; avec la technique de reliure japonaise que je reproposerai en juin. Dans ces ateliers, c'est le temps d'ex&#233;cution qui change par rapport aux ateliers d'&#233;criture. Il faut que je l'int&#232;gre peu &#224; peu. Et c'est r&#233;jouissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours &#233;tonn&#233; de d&#233;couvrir, presque par hasard, au d&#233;tour d'un chemin, pour ne pas emprunter encore une fois l'itin&#233;raire que j'ai pris des dizaines de fois, dans un quartier que je connais tr&#232;s bien, que j'arpente r&#233;guli&#232;rement, en effectuant un pas de c&#244;t&#233; qui permet de me d&#233;porter &#224; l'&#233;cart de la route habituelle et d'atteindre un endroit inconnu de la ville, comme si celle-ci s'&#233;tait agrandie soudainement. Ici, c'est un chantier ouvert derri&#232;re l'&#233;glise Saint-Georges de la Villette, du c&#244;t&#233; de la rue Henri Murger, &#224; l'endroit de l'ancien centre communautaire et culturel du juda&#239;sme de l'Est parisien, avec sa synagogue et le b&#226;timent attenant, une &#233;cole de cr&#233;ation de bijoux, qui ont &#233;t&#233; enti&#232;rement ras&#233;s il y a deux ans. Le panneau &lt;i&gt;D&#233;viation&lt;/i&gt; dispos&#233; &#224; l'entr&#233;e du chantier rappelle l'importance des bifurcations, qui se transforme alors en mot d'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : D&#233;cembre 2025</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<dc:subject>Sensation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'&#233;quipe de la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, nous avons visit&#233; le Fonds d'art contemporain &#8211; Paris Collections qui va nous pr&#234;ter deux &#339;uvres d'art, dans le cadre d'un cycle de rendez-vous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;Biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/journal" rel="tag"&gt;Journal&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/capture_d_e_cran_2025-12-27_a_21.50_46-cd757.png?1767254483' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/MRreVCgKM2Q&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;quipe de la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, nous avons visit&#233; le &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fondsartcontemporain.paris.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fonds d'art contemporain &#8211; Paris Collections&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; qui va nous pr&#234;ter deux &#339;uvres d'art, dans le cadre d'un cycle de rendez-vous autour du textile que nous organisons en d&#233;but d'ann&#233;e prochaine. La mission du Fonds d'art contemporain est de soutenir la cr&#233;ation contemporaine tout en faisant circuler les &#339;uvres hors des mus&#233;es. Aujourd'hui, la collection compte plus de 23 000 &#339;uvres, couvrant deux si&#232;cles de cr&#233;ation, de l'art historique &#224; la production contemporaine la plus r&#233;cente. Ce qui frappe, c'est la volont&#233; d'inscrire l'art dans la ville. Les &#339;uvres sont pens&#233;es pour &#234;tre pr&#234;t&#233;es, expos&#233;es, partag&#233;es dans des &#233;coles, des biblioth&#232;ques, des h&#244;pitaux, des &#233;quipements sportifs ou sociaux. L'&#233;quipe d&#233;veloppe des programmes tr&#232;s vari&#233;s pour toucher des publics &#233;loign&#233;s de l'art. En visitant les r&#233;serves, on comprend mieux la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle de ces &#339;uvres, leur conservation, leur fragilit&#233; (certaines &#339;uvres sont restaur&#233;es sur place), les contraintes techniques, notamment pour la vid&#233;o ou les installations monumentales, et la p&#233;rennit&#233; de ces supports qui pose probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de sol. Nous n'avons plus de poids. L&#233;ger, l'air nous avale et nous aspire dans l'ascension. Nous ne sentons plus rien en-dessous, sans un regard vers le bas qui n'existe plus. Dans la mont&#233;e. L'&#233;l&#233;vation vertigineuse. Nous voulons monter encore, aller toujours plus haut, ne pas d&#233;coller les yeux du ciel qui nous attire irr&#233;sistiblement, nous fascine &#224; nous tourner la t&#234;te, nous propulse m&#234;me si c'est lentement, le corps tendu pour monter toujours plus haut, plus loin, monter encore, ne faire que monter, s'&#233;lever sans fin, sans sentir la pression sur notre corps, ni penser &#224; la suite, filer dans une seule direction, sans envisager la chute, anticiper le retour, se propulser l&#224;-haut, l&#224; o&#249; personne ne nous attend, ne peut plus nous atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La station Villejuif &#8211; Gustave Roussy, &#224; Villejuif, dans le Val-de-Marne, se distingue par l'architecture spectaculaire de Dominique Perrault. Son immense cylindre vide, creus&#233; &#224; pr&#232;s de 50 m&#232;tres sous terre. Sa verri&#232;re monumentale, toiture transparente en forme d'&#339;il, canalise la lumi&#232;re naturelle jusqu'aux quais. Les mat&#233;riaux utilis&#233;s, inox lisse, perfor&#233;, maill&#233; ou poli miroir, cr&#233;ent des jeux de reflets et de lumi&#232;re qui abolissent la fronti&#232;re entre le dessus et le dessous. L'artiste chilien Iv&#225;n Navarro a con&#231;u un projet artistique formant un ciel &#233;toil&#233;, compos&#233; de n&#233;ons et de miroirs, qui donne &#224; l'architecture de la gare une illusion de profondeur infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la travers&#233;e de Paris sous ce ciel gris qui ne cesse de se r&#233;pandre, je sens le rythme de mes pas s'infiltrer lentement en moi, comme une vibration obstin&#233;e, l'ongle se casse dans un geste trop vif, le pied tr&#233;buche sur l'ar&#232;te d'un pav&#233;, et le corps avance sous cette couleur terne, aux correspondances muettes, r&#233;volte sourde qui nous assemble au-del&#224; de nos plaintes minuscules, car le gris du jour rend au ciel une v&#233;rit&#233; plus nue, plus juste, dispers&#233;e dans cette mati&#232;re froide qui s'emmitoufle dans la chair et &#233;quilibre le dedans et le dehors, cette dur&#233;e devient alors une page blanche, une &#233;tendue gel&#233;e o&#249; nous avan&#231;ons &#224; t&#226;tons, des mots inscrits dans le silence, surgissements fragiles, blancs charg&#233;s de sens, de texture, d'&#233;cho, de profondeur, des blancs de plus en plus lumineux, &#233;clats venus du dessus et du dessous, capables de faire exploser nos habitudes physiques, de dynamiter nos r&#233;flexes, de laisser s'&#233;chapper des mots d&#233;coup&#233;s, mais que nous laissons intacts par crainte de les pervertir, car ces blancs deviennent eux-m&#234;mes langage, socle invers&#233; du monde, d'un autre monde, &#224; creuser, cogner, agripper, &#233;ternit&#233; log&#233;e dans l'instant fig&#233;, sous la lumi&#232;re vacillante, tandis qu'au loin la sir&#232;ne tourne en boucle et que la folie gagne la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Journal du regard : Novembre 2025</title>
		<link>https://liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-novembre-2025</link>
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		<dc:date>2025-12-01T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Architecture</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Lecture</dc:subject>
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		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Journal du regard</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;rive</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Avancer dans l'incertitude, entour&#233; d'ombres qui glissent et se d&#233;tachent du couchant, silhouettes mobiles dans une lumi&#232;re vacillante. Continuer malgr&#233; tout, sans savoir ce que l'on cherche ni (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/voyage" rel="tag"&gt;Voyage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-11-28_a_00.23_57-6ac1a.png?1764576029' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/eNIS5Rpn5_M&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avancer dans l'incertitude, entour&#233; d'ombres qui glissent et se d&#233;tachent du couchant, silhouettes mobiles dans une lumi&#232;re vacillante. Continuer malgr&#233; tout, sans savoir ce que l'on cherche ni ce qui nous attend au bout du chemin. Avancer encore, dans l'obscurit&#233; qui tombe, au milieu d'une foule d'inconnus dont chacun suit sa propre ligne hasardeuse, aussi incertaine que la n&#244;tre. Le bruit, la musique, les chuchotements qui s'effilochent composent une constellation de trajectoires oppos&#233;es, de gestes esquiss&#233;s, de silences retenus. Par instants, dans un visage &#224; peine entrevu, dans une d&#233;marche, une mani&#232;re de tourner la t&#234;te, c'est comme si se refl&#233;taient les fragments &#233;pars de ce que nous sommes, ou de ce que nous avons &#233;t&#233;. Les images famili&#232;res de la ville, la promesse de la mer &#224; son extr&#233;mit&#233;, semblent perdre de leur &#233;clat. L'horizon r&#233;p&#232;te son bleu sans conviction, les vagues reviennent se briser sur les m&#234;mes rochers, l'&#233;cume jaillit dans l'&#233;clat du ressac. Tout para&#238;t se r&#233;p&#233;ter comme si ce mouvement perp&#233;tuel cherchait moins &#224; nous guider qu'&#224; nous contenir. Et pourtant, nous avan&#231;ons, pris dans cette pulsation qui nous d&#233;passe, pouss&#233;s par ce d&#233;sir obstin&#233; d'entrevoir, ne serait-ce qu'un instant, ce qui pourrait encore advenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville ne sait pas construire sans d&#233;truire. Sous pr&#233;texte d'am&#233;nager les bords du canal, et de transformer ce recoin longtemps n&#233;glig&#233;, un peu en-dessous de la rue, dont peu connaissent le nom, le square des Maures, en &#233;cho &#224; l'&#233;cluse des morts &#224; proximit&#233;, transform&#233;e &#224; la h&#226;te il y a quelques ann&#233;es en piteux parc &#224; chiens, avant de r&#233;aliser que ces animaux faisaient du bruit et g&#234;naient les riverains, pour le d&#233;localiser &#224; un autre endroit sans immeuble d'habitation, on laisse l'entreprise en charge des travaux d'am&#233;nagement pour y cr&#233;er un square arbor&#233;, d&#233;truire les quatre peupliers align&#233;s au bord de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traverse des moments de doute, brefs mais tenaces, qui se greffent aux contraintes personnelles de fin d'ann&#233;e, se m&#234;lent aux urgences professionnelles, aux projets laiss&#233;s en suspens et qui reviennent hanter l'arri&#232;re-plan, aux &#233;v&#233;nements dont on voudrait se tenir &#224; distance mais qui nous rattrapent sans cesse. Les mots manquent parfois, alors que c'est justement dans leur retour, dans la place qu'ils rouvrent en nous, que des issues apparaissent. Une respiration, une &#233;claircie dans le gris, l'espoir de trouver enfin la formule juste pour dire ce qui persiste en nous, encore flou, fragmentaire, une pens&#233;e &#224; peine form&#233;e. On sent alors la langue tanguer, se d&#233;liter dans le chaos du monde, sap&#233;e par l'usage courant, r&#233;duite &#224; n'&#234;tre plus qu'un flux o&#249; tout s'&#233;quivaut, o&#249; plus rien ne p&#232;se, o&#249; l'on finit par croire qu'on ne p&#232;se plus non plus. Il faut pourtant se relever, trouver son propre appui. Je n'ai pas beaucoup de rem&#232;des. Je marche. Je lis. Je parle avec Caroline. Ce sont des moments de m&#233;ditation, une soupape, un geste salutaire, je m'y d&#233;charge enfin de ce qui m'encombre, ce qui ronge, ce qui fait chanceler, non pas qui je suis, mais ce que je fais parfois, ce que j'apporte, ce qui compte. Et puis &#231;a revient : l'&#233;quilibre, l'envie, le mouvement. Alors je reprends la route. Vers de nouveaux projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://centrenationaldulivre.fr/commissions/poesie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commission po&#233;sie du CNL&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; pour un mandat de trois ann&#233;es, je croyais na&#239;vement qu'il me restait encore une ou deux s&#233;ances &#224; honorer, mais j'apprends par e-mail que la pr&#233;c&#233;dente commission, fin septembre, aura &#233;t&#233; la derni&#232;re. La date de la prochaine s&#233;ance, en f&#233;vrier, d&#233;passant l'&#233;ch&#233;ance de ma mission. Je suis surpris de ne pas avoir vu passer ces trois ann&#233;es, je regrette de n'avoir pas pu saluer de vive voix les autres membres de la commission. Je dois avouer que j'appr&#233;ciais nos longues r&#233;unions de travail, les discussions &#224; la fois denses et enjou&#233;es autour des projets et des livres propos&#233;s &#224; la commission, la lecture des livres afin de r&#233;diger mes fiches de lecture. J'ai d&#233;couvert &#224; cette occasion une grande vari&#233;t&#233; de textes po&#233;tiques, d'auteurs et de projets &#233;ditoriaux. Je suis &#233;tonn&#233; de me sentir troubl&#233; par l'annonce de la fin de mon mandat, un peu d&#233;muni, perplexe, l'arr&#234;t soudain, inattendu, de cette activit&#233; me laisse une impression d'inachev&#233;. Je me raccroche cependant &#224; l'id&#233;e que cela va me lib&#233;rer du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Journal du regard : Octobre 2025</title>
		<link>https://liminaire.fr/chronique/journal/article/journal-du-regard-octobre-2025</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Journal</dc:subject>
		<dc:subject>Vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>Voix</dc:subject>
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		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Julio Cort&#225;zar</dc:subject>
		<dc:subject>Corps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas si longtemps, Caroline, qui n'avait pas encore lu la nouvelle de Julio Cort&#225;zar, Les fils de la Vierge, m'a demand&#233; de lui raconter l'histoire. Je me suis rendu compte que, m&#234;me si (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/paysage" rel="tag"&gt;Paysage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/julio-cortazar" rel="tag"&gt;Julio Cort&#225;zar&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-10-24_a_11.10_33-48260.png?1761897838' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/4xvOCIVAU1A&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, Caroline, qui n'avait pas encore lu la nouvelle de &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/mot/julio-cortazar&#034;&gt;Julio Cort&#225;zar&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/les-fils-de-la-vierge-de-julio-cortazar&#034;&gt;&lt;i&gt;Les fils de la Vierge&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, m'a demand&#233; de lui raconter l'histoire. Je me suis rendu compte que, m&#234;me si j'ai beaucoup lu ce texte &#224; une &#233;poque, je ne m'en souvenais pas si bien, surtout que se m&#234;laient dans mon souvenir l'histoire de cette nouvelle et de son adaptation au cin&#233;ma par Antonioni. Je gardais en m&#233;moire ce qui, dans la forme du r&#233;cit, m'a toujours captiv&#233;, cette d&#233;ambulation dans Paris que l'&#233;criture parvient si justement &#224; d&#233;crire, de l'int&#233;rieur, suite de digressions et de raccourcis, d'acc&#233;l&#233;rations et de fulgurances, de r&#233;flexions et de ralentis. C'est cette mani&#232;re de nous amener (en promenade) avec lui en m&#234;me temps qu'il nous balade qui me plait tant dans cette nouvelle. Et comment ce qu'on croyait avoir vu, qu'on pensait avoir saisi d'une situation se r&#233;v&#232;le sous un autre jour. Mais pour tout dire, j'avais perdu tous les rebondissements de l'histoire au moment d'en faire le r&#233;cit. Le narrateur, Michel, traducteur et photographe amateur, s'observe en train de regarder, traquant par l'image des instants d'instabilit&#233; ou de bascule. Ce jour-l&#224;, &#224; la pointe de l'&#238;le Saint-Louis, il surprend un jeune gar&#231;on et une femme dont il imagine la relation ambigu&#235;. Il prend une photo, son geste est aussit&#244;t per&#231;u comme un vol, un crime symbolique. La femme le confronte, le gar&#231;on s'enfuit, c'est alors qu'un homme surgit. Michel se sent coupable, pris &#224; son propre pi&#232;ge. En croyant sauver l'adolescent d'une sc&#232;ne de corruption, il se d&#233;couvre lui-m&#234;me pris dans un r&#233;seau de fantasmes et de projections. Le titre renvoie &#224; la fois &#224; la fragilit&#233; du jeune gar&#231;on et au pi&#232;ge que tisse le narrateur, comme une araign&#233;e prisonni&#232;re de sa propre toile d'images et de d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet dernier, le &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://liminaire.fr/ecriture/au-lieu-de-se-souvenir/article/journal-du-combat-7&#034;&gt;chantier de la place du Colonel-Fabien&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; s'est un peu ralenti, et comme je savais que je serais absent pendant un mois, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ypfM6RPPaYI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence &#224; La Ciotat&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, et que je ne filmerais pas cet &#233;t&#233;, au retour, &#231;a a &#233;t&#233; un peu difficile de reprendre le r&#233;cit d&#233;cousu de ce chantier. J'ai plus de facilit&#233; &#224; filmer. Je passe par la place plusieurs fois par jour pour aller au travail et rentrer chez moi. Mais tr&#232;s vite, j'ai compris que le chantier avait pass&#233; un cap, celui de la deuxi&#232;me phase des travaux. La m&#233;tamorphose du lieu n'est pas aussi radicale qu'on aurait pu la souhaiter. La premi&#232;re partie des travaux s'est en effet concentr&#233;e sur la modification des trottoirs, la cr&#233;ation de couloirs pour les v&#233;los, beaucoup trop petits et trop contraints dans des couloirs de circulation pour les canaliser, les ralentir. Tr&#232;s peu d'ajouts de v&#233;g&#233;tations. Et surtout aucun arbre pour le moment, ce qui pose question dans la perspective de la cr&#233;ation d'une for&#234;t urbaine. Mais sans doute les arbres arriveront-ils cet hiver, au centre de la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changement d'heure, changement d'air. La ritournelle trotte dans ma t&#234;te en arrivant &#224; Nice pour quelques jours, avec le projet de visiter l'exposition qui regroupe les travaux des dipl&#244;m&#233;&#183;es 2024 &amp; 2025 de la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://villa-arson.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villa Arson&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, parmi lesquel&#183;les figurent Nina. Changer ses habitudes au d&#233;but c'est perturbant, on ne sait plus comment faire ce qu'on a pourtant l'habitude de faire r&#233;guli&#232;rement. Le rythme change. On ne sait plus o&#249; donner de la t&#234;te. D&#233;boussol&#233;. Tout est plus long, fastidieux. On a du mal &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; faire le point. Dans un environnement diff&#233;rent, boulevers&#233;, tout para&#238;t d&#233;stabilisant. On ne s'y reconnait plus. Sans rep&#232;re, perdu. Mais, peu &#224; peu, on retrouve ses marques. Cela vient tout doucement. On regarde ce qui nous entoure avec un autre regard. Changement de perspective salutaire. Le plus important, c'est de retrouver l'&#233;quilibre. Mais rien &#224; voir avec la stabilit&#233; de l'habitude, du quotidien. C'est un d&#233;placement qui s'op&#232;re en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous marchons en direction de Villefranche-sur-Mer, sur l'&#233;troit chemin de randonn&#233;e serpentant le long de la c&#244;te. La mer est agit&#233;e. Les vagues se d&#233;chirent sur les rochers. Les pierres humides sont luisantes et glissantes. &#192; certains endroits nous devons nous h&#226;ter pour ne pas nous faire tremper. Je m'arr&#234;te un instant pour filmer l'une de ces vagues et son d&#233;ferlement d'&#233;cume sur les rochers, dans un bruit assourdissant. Lorsque je me retourne, je vois Caroline, le visage p&#226;le, assise sur un rocher, les filles inqui&#232;tes autour d'elle. Je comprends qu'elle vient de glisser et de tomber par terre avec son appareil photo. Sa t&#234;te a cogn&#233; contre le sol. Son genou lui fait mal. Je ne l'ai pas vu tomber. Je revois en boucle les images des vagues se fracasser sur les rochers. Elle finit par se relever et poursuit la randonn&#233;e en boitillant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Septembre 2025</title>
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		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Caroline, nous marchons dans les all&#233;es du square des Batignolles, le jardin, admirablement dessin&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; aussi beau, sous le soleil encore chaud de cette fin d'&#233;t&#233;. &#192; chaque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/chronique/journal/" rel="directory"&gt;Journal&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-09-29_a_22.55_44-4f9ad.png?1759302205' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/cakcbwZq9X0&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec Caroline, nous marchons dans les all&#233;es du square des Batignolles, le jardin, admirablement dessin&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; aussi beau, sous le soleil encore chaud de cette fin d'&#233;t&#233;. &#192; chaque promenade, il para&#238;t beaucoup plus vaste que sa superficie r&#233;elle, et son parcours r&#233;serve des surprises. Le ruisseau et sa cascade rocailleuse, ses arbres centenaires. La pelouse est interdite d'acc&#232;s, personne ne vient plus s'y asseoir, afin de pr&#233;server cet endroit remarquable. &#192; peine rentr&#233;s de La Ciotat, nous continuons de parler de notre texte &#233;crit &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;sidence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, avec une pointe d'inqui&#233;tude : ne plus avoir, &#224; la rentr&#233;e, le m&#234;me temps que nous avions jusqu'&#224; pr&#233;sent pour nous y consacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;but&#233; la diffusion d'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://editionsjou.net/2025/09/21/163-sur-le-banc-1-par-pierre-menard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une s&#233;rie de textes avec photographies pour la revue TINA en ligne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &#224; partir d'un projet photographique men&#233; entre 2017 et 2018, lorsque j'ai commenc&#233; &#224; travailler &#224; la biblioth&#232;que Fran&#231;ois Villon, dans le 10&#7497; : la fen&#234;tre de mon bureau &#233;tait situ&#233;e au 1&#7497;&#691; &#233;tage du b&#226;timent et donnait sur le boulevard de la Villette, au niveau d'un banc qui, aujourd'hui, est mis &#224; mal par les travaux de r&#233;am&#233;nagement de la place du Colonel Fabien sur laquelle une for&#234;t urbaine est en train d'&#234;tre cr&#233;&#233;e. Tous les jours, d&#232;s que j'en avais le temps, je prenais une photographie du banc et des personnes assises ou &#224; proximit&#233;. Toujours avec le m&#234;me angle de prise de vue. Au fil des saisons. Le banc sous la neige l'hiver, les ombres des arbres en dentelle sur le bitume gris au printemps comme en &#233;t&#233;, le trottoir recouvert de feuilles mortes &#224; l'automne. Mais prendre en photographie le banc, c'&#233;tait surtout saisir toute la com&#233;die humaine qui gravitait autour. On n'imagine pas l'utilit&#233; sociale des bancs publics. Aujourd'hui, il y en a beaucoup moins en ville, c'est sans doute en grande partie pour emp&#234;cher les sans-abris d'y dormir ou de les transformer en abris de fortune, ce qui arrive souvent lorsque les bancs sont un peu isol&#233;s des principaux axes de circulation. Il est rare de voir un banc sans personne assise dessus. Les gens s'arr&#234;tent r&#233;guli&#232;rement pour se reposer un instant, pour discuter avec une personne qu'ils viennent de croiser, pour manger, pour dormir, et m&#234;me pour s'embrasser, comme le chantait Georges Brassens dans &lt;i&gt;Les Amoureux des bancs publics&lt;/i&gt;. &#171; Les gens qui voient de travers pensent que les bancs verts / Qu'on voit sur les trottoirs / Sont faits pour les impotents ou les ventripotents / Mais c'est une absurdit&#233; car &#224; la v&#233;rit&#233;, ils sont l&#224;, c'est notoire / Pour accueillir quelque temps les amours d&#233;butants&#8230; &#187; J'ai m&#234;me assist&#233; au d&#233;c&#232;s d'un homme sur ce banc. Avec intervention de la police et d'un m&#233;decin l&#233;giste. C'est dans l'accumulation de micros-sc&#232;nes qui se r&#233;p&#232;tent au quotidien, tout en &#233;voluant dans le temps, montrant tout un pan de la soci&#233;t&#233; dans sa diversit&#233;, qu'on a l'impression, en prenant le temps de les observer avec attention, de voir enfin toutes ces personnes sortir de la foule des anonymes, dans cet endroit &#224; la fois banal mais unique et r&#233;v&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'une saison &#224; une autre change sans arr&#234;t. Je marche dans ce tremblement sans savoir o&#249; je vais, l'air se contredit. Une chaleur s'attarde sur ma nuque tandis qu'un frisson parcourt mes bras. Une bu&#233;e, une trace, et d&#233;j&#224; l'automne s'installe dans l'&#233;t&#233;, l'hiver gronde dans l'automne, le printemps revient au milieu du froid. Dans ce l&#233;ger flottement, cette incertitude passag&#232;re, une lumi&#232;re changeante, je traverse la saison qui passe en moi. Tout revient, se r&#233;p&#232;te, mais parfois tout se m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains silences sont plus l&#233;gers que d'autres, une caresse, un rire, l'accord d'une conversation qui s'interrompt dans la complicit&#233;, l'entente de deux corps c&#244;te &#224; c&#244;te qui n'ont soudain plus besoin de parler. Autant de silences que de paroles, un repas sans un mot, une marche silencieuse dans la rue ou dans les all&#233;es d'un cimeti&#232;re. Parfois le silence est ce qui reste quand tout a &#233;t&#233; dit, apr&#232;s un aveu, une dispute, une d&#233;claration d'amour, il r&#233;sonne dans les derni&#232;res paroles, prolonge leur vibration. Mais quand le mot tant attendu ne vient pas, quand le secret interdit le r&#233;cit, le silence creuse en nous son propre trou o&#249; s'enfouir. Les bruits du monde affleurent, le vent, une respiration, un battement de c&#339;ur. Le silence r&#233;v&#232;le ce que les mots recouvrent, l'&#233;criture le sait, elle travaille avec ces creux, ces blancs, entre les phrases, la respiration entre les mots, qui signifie autant que les signes trac&#233;s. Un silence comme une promesse, une main pos&#233;e d&#233;licatement sur une autre, ou comme une absence, un mot qu'on attend, qui ne vient pas. Les silences sont aussi charg&#233;s de m&#233;moire, de tension, ils fa&#231;onnent les vies autant que les r&#233;cits, ils nous traversent et nous relient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Journal du regard : Ao&#251;t 2025</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre M&#233;nard</dc:creator>


		<dc:subject>Art</dc:subject>
		<dc:subject>Biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;criture</dc:subject>
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		<dc:subject>Nature</dc:subject>
		<dc:subject>Sensation</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jorge Luis Borges, Fictions &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les r&#233;cits de notre projet Autour, des femmes et des hommes se tiennent &#224; la lisi&#232;re d'un continent, d'une m&#233;moire, d'un choix qui les engage pour toujours. Ils sont &#224; Beyrouth, H&#233;raklion, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://liminaire.fr/mot/voix" rel="tag"&gt;Voix&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://liminaire.fr/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_2025-08-31_a_17.40_53_1_-5b5d9.png?1756710012' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chaque mois, un film regroupant l'ensemble des images prises au fil des jours, le mois pr&#233;c&#233;dent, et le texte qui s'&#233;crit en creux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transpara&#238;tre les traces - t&#233;nues mais non d&#233;chiffrables - de l'&#233;criture &#8220;pr&#233;alable&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jorge Luis Borges, &lt;i&gt;Fictions&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;660&#034; height=&#034;415&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/ypfM6RPPaYI&#034; title=&#034;&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;cits de notre projet &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-marelle.org/en-creation/residences/1593-pierre-menard-et-caroline-diaz-a-la-ciotat.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Autour&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, des femmes et des hommes se tiennent &#224; la lisi&#232;re d'un continent, d'une m&#233;moire, d'un choix qui les engage pour toujours. Ils sont &#224; Beyrouth, H&#233;raklion, Syracuse, Palma de Majorque, Alger, Bastia&#8230; Autant de villes baign&#233;es par la M&#233;diterran&#233;e, o&#249; la lumi&#232;re vacille entre &#233;clat et cr&#233;puscule. Chacun, &#224; sa mani&#232;re, regarde l'horizon, ce qu'il porte de promesses, de fant&#244;mes, d'imaginaires. Ce sont des instants suspendus, o&#249; le temps semble se dilater. Un trouble soudain qui bouleverse un s&#233;jour, une main tendue qui sauve de la noyade, un regard &#233;chang&#233; au bord d'une falaise, une nuit sur une plage &#233;trang&#232;re, une rencontre qui fissure l'ordre des certitudes. Au loin, un navire humanitaire, charg&#233; de vies d&#233;racin&#233;es, d&#233;rive depuis des semaines, repouss&#233; de port en port. Sa pr&#233;sence invisible hante ces histoires comme une ombre insistante. Ces portraits esquissent une g&#233;ographie intime et politique du littoral, o&#249; se m&#234;lent errance et d&#233;sir, m&#233;moire et exil, avec en filigrane cette question : que voyons-nous lorsque nous regardons la mer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Ciotat o&#249; se trouve le plus ancien cin&#233;ma du monde, L'&#201;den-Th&#233;&#226;tre, o&#249; l'un des premiers films de l'histoire du cin&#233;ma a &#233;t&#233; tourn&#233; par les fr&#232;res Lumi&#232;re, &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, comment s'&#233;tonner qu'il existe une voie douce construite le long d'une ancienne voie ferr&#233;e, qui permet de traverser la ville, en parcourant ses diff&#233;rents quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les calanques ici trichent un peu. La ville est si proche qu'une anse d'eau turquoise et des galets glissants suffisent &#224; faire plage. Dans le contrejour pourtant c'est l'aventure. Un homme revient du large en marchant dans la mer. Assise dans le doux clapotis de l'eau, cette femme, est seule au monde. Nous la regardons &#224; distance, dans le scintillement enjou&#233; des reflets du soleil sur l'eau. Une colline en vagues douces, aux courbes retomb&#233;es. Rondeur de la pente min&#233;rale. Une ligne &#224; sa surface forme un V. Un ourlet sur la peau, la trace d'une vieille cicatrice. Il faut regarder de pr&#232;s pour comprendre. Un muret de sout&#232;nement emp&#234;che la roche de s'effriter et de tomber sous son poids. Fragilit&#233; de la pierre, frivolit&#233; du regard. Entre les crevasses, ses bourrelets, ses vergetures, du mal &#224; imaginer le lit d'un fleuve si ancien que la mer para&#238;t r&#233;duite &#224; flaque d'eau. Le soleil accroche des froissements d'ombre dans les boisements. Sous les frondaisons d'une for&#234;t au vert presque stationnaire, une vieille bastide abandonn&#233;e nous renvoie &#224; nos propres incertitudes. Le paysage vibre. La grotte s'ouvre et l'&#233;cho de la voix caverneuse plonge sous l'eau, et nous enveloppe en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &#224; deux, c'est avancer chacun de son c&#244;t&#233; &#224; partir d'une trame commune. C'est lire r&#233;guli&#232;rement ce que l'autre &#233;crit pour s'en impr&#233;gner et parfois s'en &#233;loigner. Cr&#233;er un l&#233;ger d&#233;calage dans le ton ou la forme du r&#233;cit, pour &#233;viter l'uniformisation du texte. Ces pas de c&#244;t&#233; cr&#233;ent les ruptures dans la continuit&#233; d'un r&#233;cit polyphonique qui s'&#233;crit par fragments, en diff&#233;rents lieux du pourtour m&#233;diterran&#233;en. Ce qu'il y a entre les r&#233;cits, les silences et les manques, font partie int&#233;grante de l'histoire qu'on veut raconter. &#201;crire &#224; deux, c'est dialoguer sans arr&#234;t, ne rien imposer &#224; l'autre, chercher la compl&#233;mentarit&#233;. Les d&#233;cisions se prennent toujours ensemble. Les id&#233;es jaillissent dans un m&#234;me mouvement. Et lorsqu'une piste est propos&#233;e elle n'est accept&#233;e par l'autre que parce qu'elle vient confirmer une intuition commune. Les histoires se compl&#232;tent, se font &#233;cho, se relancent. L'&#233;criture est une activit&#233; solitaire qui peut se partager. Cela demande beaucoup d'attention et d'&#233;coute, de travail et de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je foule le sentier &#233;troit, le sable m&#234;l&#233; d'&#233;pines. La pin&#232;de ondule doucement dans le vent. Les ruines des blockhaus se d&#233;coupent dans la lumi&#232;re crue, rectangles de b&#233;ton rong&#233; sur fond de ciel bleu. Et soudain, tout bascule. Je me revois, &#224; dix ans, plong&#233; dans la lecture du &lt;i&gt;Club des cinq et le tr&#233;sor de l'&#238;le&lt;/i&gt;. Je lisais le soir, dans ma chambre, la fen&#234;tre ouverte sur les bruits du dehors, mais d&#233;j&#224; ailleurs, embarqu&#233; avec Claude, Fran&#231;ois et les autres. J'entendais grincer les amarres, claquer la voile, et l'&#238;le s'ouvrait devant moi comme une promesse. Cette &#238;le-l&#224;, aujourd'hui, c'est celle que j'ai sous les yeux : des pins d'Alep, des sentiers ombrag&#233;s, et sous le sol des passages secrets. Si j'&#233;tais seul ici, je me dis que je pourrais m'y cacher des jours entiers, explorer les galeries souterraines, retrouver un vieux tr&#233;sor, une malle de pi&#232;ces d'or oubli&#233;e depuis des si&#232;cles. L'id&#233;e me fait sourire. Je ferme les yeux. Tout est l&#224;, intact : le go&#251;t de l'aventure, le frisson de l'inconnu, la joie de croire qu'un lieu peut contenir mille histoires. L'&#238;le Verte est le pays secret dont je r&#234;vais dans mon enfance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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