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Au jour le jour #10

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Cinéma avec Alice. Aftersun, un film de Charlotte Wells sur la relation entre une fille et son père. Une dizaine de personnes dans le cinéma. Au fond de la salle, deux vieilles ne peuvent s’empêcher de s’interroger à voix haute sur ce qui se passe dans le film. Il va se suicider ? C’est un suicide, non ? Sur le quai de Seine, les lumières multicolores du cinéma d’en face se propagent sous forme de vaguelettes. Conversations secrètes de Francis Ford Coppola. Dispositif, d’une image ou d’un son que celui qui l’a enregistré n’a pas vue ou entendu et que seule la technique peut restituer mais sans pouvoir prouver quoi que ce soit. Un piège infernal.

Nuit blanche. Grève. Crève. Le vent se lève. Je n’irais pas manifester, trop fatigué. Je ne pense qu’à une chose c’est à dormir. Sieste réparatrice. Pas faim. Notre réalité peut exister en même temps, ailleurs, autrement. Un feel good movie pour tenir un peu le soir avant de sombrer dans mon lit. Frissons. Frigorifié entre mes draps. Avant d’avoir trop chaud dans la nuit.

Mauvaise nuit, au réveil je me sens faible, j’hésite à aller travailler. Sur place, la vivacité de mes collègues souligne cette faiblesse par contraste. Impression d’être invisible, inutile. Les yeux embués de larmes. Goutte au nez. Peu à peu je me sens mieux, sans doute est-ce l’effet du Paracétamol ? Pluie par intermittence en mode giboulées. Gouttelettes en perle sur les branches nues des arbres. Pavés luisants.

Des journées à soi comme il est nécessaire d’avoir un lieu à soi pour écrire. Ne rien voir, ne rien faire d’autres. Toute la journée. Corrections du texte écrit, reprises et ajustements. Peut-on parler de présence ? Le travail s’accompagne toujours de musique. Le fait d’écrire et la manière d’écrire. Revenir à l’assaut, mais buter toujours dessus.

La pluie a fait son retour dans le sillage d’une rivière atmosphérique, bande d’air doux chargée d’humidité en provenance des Antilles. Bourrasques de vent qui font tomber au sol les branches mortes des arbres. Jean D’Amérique anime un atelier à la bibliothèque. À la nuit tombée, travaux de voirie. Changement de la signalétique sur le bitume. Forte odeur de résine qui rappelle la moisissure. Sonnette de porte d’entrée dans un film japonais, cœur qui bat plus vite.

Croque-monsieur au Café des dames. Fragments épars, mosaïque d’un monde en déshérence, sans ouverture. Pourquoi s’entoure-t-on d’images ? Moment décisif, moment crucial. Dans son sens premier, le mot crunch désigne un bruit de craquement. Enchainements collectifs, vitesse d’exécution, maitrise défensive, plaisir du jeu. C’est du Cha-cha-cha ou du Tai Chi ?

Au jour le jour : bloc-notes quotidien

Marseille, le 8 mars 2013

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