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Lecture de textes de la revue de création d’ici là sur Publie.net par Anne Savelli


La revue de création d’ici là a été invité au dernier Salon de la revue, le 15 octobre 2011 à proposer une intervention à double détente :

Un atelier professionnel animé par Joachim Séné, auteur, participant régulièrement à la revue depuis sa création, destiné aux exposants, aux bibliothécaires pour découvrir le mode de création et de publication de la revue.

Une lecture de textes par Anne Savelli et une présentation multimédia de la revue pour présenter la variété et l’originalité de ses formes.

À la suite de la lecture d’une sélection de textes pour cette présentation de la revue d’ici là diffusée sur Publie.net, Anne Savelli a enregistré ces lectures que je diffuse ici aujourd’hui.

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[mp3 : 12 Mo / Durée : 25mn]

Revue d'ici là n°1 sur Publie.net

 

 

 

NUMÉRO 1 : Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves //

HIVER 2008. Mise en ligne le 21/12/2008. 36 auteurs / 90 pages


Michel Brosseau

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Ce que nous faisions là, allongé sur ce canapé, nous avions donc marché, descendu l’escalier, d’abord cette porte, pourtant si, avoir pris soin de la refermer, que rien ne la dérange, qu’elle demeure là endormie pendant que nous, ce couloir à traverser, alors sans doute cette impression qu’avancer, savoir vers quoi ne pas pouvoir le dire, le désirer tellement quand même l’appréhension, avancer s’y laisser prendre, de quoi avions-nous peur mais bifurquer main gauche, une à une descendre ces marches qui grincent, quelle musique alors nous habitait, quels rythmes s’inscrivaient au mouvement, combien de stations en cours de descente, et dire que non pas de chute, un à un les degrés sans précipices, guidé comment, guidé par qui, descendu jusqu’à ce que nos pieds nus au paillasson, là peut-être aurions-nous pu voler, détente d’un corps qui s’oublie atteindre au privilège, mais non, s’avancer encore, demi pénombre parce que les lampadaires, le froid de la nuit sous la porte, ce qu’il en demeure au carrelage, une porte encore, ce soin de les refermer toutes, ce qui jusqu’ici nous a mené, quel inventaire pour l’arpenteur des nuits, pour jusqu’au canapé quand l’abri des murs le béton rêche, toutes ces maisons en ligne leurs symétries, qu’une porte seulement dans la cloison, l’ailleurs si proche, qu’à peine plus d’une main en franchir l’épaisseur, s’y réveiller matin d’autres odeurs, sans l’empreinte de nos corps, autre lieu autre nuit, qu’en saurons-nous jamais, l’inventaire sien suffit, se le dire ou le croire, ce que réel on nomme, de nos mains les yeux clos en dessiner l’enveloppe, s’y inscrire et pleurer du si peu qu’on y glane : tant de fois nous y avions mimé l’éveil.


Joachim Séné

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Texte de Joachim Séné dans la revue d'ici là n°1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revue d'ici là n°2 sur Publie.net

 

 

 

 

NUMÉRO 2 : Mystérieux travail d’un écart qui s’imprime //

PRINTEMPS 2009. Mise en ligne le 21/03/2009. 41 auteurs / 120 pages


Claude Favre

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Texte de Claude Favre dans la revue d'ici là n°2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

beaucoup de lièvres poétiques, erreurs et souvenirs, merci à demain, bonjour tout est à vendre, expérimentations, menteries non réclamées, coups bas, sirènes, ombres, toujours la vie ça, râcle et ça recommence, mégots d’espoir qui encrassent, peaux, empâtent, et caille des souvenirs, qui fois de, nous arrangent parfois rages, qui marnent, pagaille toujours la vie ça, et détours soupçonneux, et combien danses départs, la qualité de l’air, cendres, tourne tourne sous la forêt, on se dit c’est différent, et les ombres, ça tourne tourne la tête la vie ne va jamais

sans détours, comme quoi un mot c’est un galop, à parler commencer à, tout est possible commencer de, quoique trous, et chutes, le silence a toutes ses couleurs, la tête tête tourne, comme quoi, ça rien, que de parler, bouche complice, aussi comme dans les poèmes soupçonneux, faire son amas, troupe lever, un drôle de mix, dérives, et ça continue la vie toujours c’est fou, comme un galop, qu’à l’envers à l’endroit, mais d’affronts, comme quoi il arrive alors que la vie, ça de travers ça colle aux basques, alors commencer de

un souvenir c’est de parler, toujours la vie la vie ça alors, rage, ça tourne plein les oreilles, invité, à râler vieux samouraï, souffles et craches, c’est l’envers qui se prononce, drôle de mix, ça macère, et détails, et légendes qui se fabriquent, et zoom ça tourne tourne, comme exact mais rien que de le dire pagaille, à l’envers arraché à l’endroit, et les couleurs, cendres qui tournent, la tête à l’envers ça c’est drôle, comme un dépouillement, quelques sueurs, et le monde entier qui tourne, c’est fou, tout d’un coup faim la faim, alors commencer, mais pas seul, allié de langue la bien pendue, drôle des fois, feuillue, le saut dans le vide

un mot j’ai commencé d’étourdissements il arrive que ça, démange un mot mon amour il arrive qu’à parler, ça donne sur la mort, ce n’est pas rien commencer, par trop de culbutes, et totems je me joue certains jours à l’envers si vous saviez la langue, la langue nouant le corps, le corps étrange de l’intérieur qu’interpréter, qu’à moitié mais d’alertes je me joue je brouille, les cartes à l’orée de la langue de l’effroi je suis née, protéiforme, arrachée me raconte d’alertes c’est pas dit

c’est pas dit, long le chemin il arrive d’enfers qu’interpréter, surgir, et soifs et bedaines, certains jours à l’endroit de la langue je me rends, hospitalière, sauvée, des tempêtes si vous saviez certains jours, d’un mot à l’envers, à la renverse, étourdie, je me brouille bruisse, ça palpite la vie comme ça, on peut écrire comme ça, mais pagaille, étourdissements, lièvres en débandade

c’est pas dit, de traduire c’est pas dit, mais d’extension débandades, d’apercevoir ce n’est pas rien, et des fois pavanes, surprises des fois, et des fois gambades, et dépouilles, ça fait toute une histoire, assombrie, ça colle aux basques, l’effroi, certains soirs ce sont des riens, vous comprenez mon amour, ce qui palpite, de parler, de parler commencer à, de parler commencer, on ne sait quoi, on ne sait quoi des dépouilles, faire quoi, sinon traduire à l’envers à l’endroit, en dérives et drôles des fois, vous auriez sûrement souri, comme quoi

d’éblouissements il arrive quand on ne sait pas, il arrive à entendre, on allait le jour à traduire, on allait la nuit à craindre le jour on craignait les tours de magie, perdu, dégringolé, peut-être qu’on n’existe pas, ça tourne les heures les heures ça tourne, nous arrange ça débande, aveuglé, pas drôle des fois, d’envies faire tant pagaille, des fois boules, ça tourne, matins bonjour, matins traduire, encore et déjà, qui noue le corps la langue ça tourne, et quelquefois pire, qu’il m’en souvienne

mon amour ça recommence toujours, dans le feu de l’oeil, blessé de faire en sorte, les souvenirs et leurs galops d’affronts, et l’oreille, un drôle de mix, pas rien d’un mot, et tant imaginer, de langues limoneuses, imaginer, tout est possible, ça crispe serre contracte resserre, avoir vingt ans, et souffles et craches, trente quarante cinquante cent, merci beaucoup, où est-ce que j’en suis, recommencer, et les émois, les étourdissements, les songes les cendres et les pagailles, recommencer

de rires fous, à n’en pouvoir parler, rien parler à dire, jamais commencer de, oser commencer à, c’est trop de souvenirs, folle c’est comme le souvenir, nos coeurs lièvres, navrés, dépouillés, que dire des ombres, des bosses, saillies, troupe lever, la vie alors ça, voilée, étourdie, petites lunes, comme dans les poèmes soupçonneux, mais la vie vie d’aventure l’ivresse, d’affronts parler, l’ivresse, tout de travers ça, et caille des pleurs, on en dit trop, rages parfois, de parler rages tout le temps, mais parler parler comme vie c’est, éblouissant, pan plein coeur, alors ça


Anne-Marie Garat (extrait de Hongrie, paru chez Actes Sud)

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Texte d'Anne-Marie Garat dans la revue d'ici là n°2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revue d'ici là n°3 sur Publie.net

 

 

 

 

NUMÉRO 3 : La musique savante manque à notre désir //

PRINTEMPS 2009. Mise en ligne le 21/03/2009. 41 auteurs / 120 pages


Jérôme Orsoni, Acouphénoménologie

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Du silence parasité par le bruit comme le prix à payer pour échapper à la surdité. De ce silence annulé par la musique d’ambiance qui, depuis les ascenseurs, a envahi l’espace depuis le vingtième siècle. Muzak, c’est le nom.

Pire que la haine de la musique — qui provient de la surabondance de la musique, de la surpopulation de l’environnement par la musique (Pascal Quignard, La haine de la musique, pp. 198-199) —, il y a la peur de l’absence de muzak. La peur de l’absence de parasites, la peur que l’on puisse s’entendre au restaurant, la peur que l’on puisse penser dans un magasin ou dans une grande surface, la peur que l’on puisse observer sereinement la rue depuis un café, la peur peut-être que nous ayons à décider quels sont les espaces qui doivent rester vierges de musique et les autres.

Cette peur, ce ne sont pas tant les sociétés qui la font régner comme un instrument de maximisation de notre bien-être et de contrôle de notre consommation que nous-mêmes qui la ressentons — nous sommes parvenus à un tel niveau de dressage que, dans la plus grande majorité des cas, nous nous contrôlons nous-mêmes — à chaque instant que cesse la muzak

Même si la muzak a été inventée pour cela (par la Muzak Inc. dans les années 1930), elle s’est propagée hors du cadre de cet usage et se diffuse aujourd’hui sous la forme de listes de lecture qui présentent une sélection de chansons à la mode ou les préférences du gérant de tel ou tel établissement. Partout, des DJ invisibles rythment, c’est-à-dire : règlent, notre vie. Notre plus grand mal, ainsi, ce n’est pas la haine. C’est la peur. La peur que la muzak cesse. Et, sans céder la place au silence, que cet arrêt laisse entendre quelque chose d’audible, quelque chose que je puisse vouloir écouter.

Mon acouphènoménologie, c’est ce que je dis de ce prix à payer pour entendre. Mon acouphènoménologie, ce sont aussi tous ces moyens que je mets en œuvre pour échapper aux parasites muzakaux. Mon acouphènoménologie, c’est ce que je dis de ce que j’injecte dans mes oreilles, ces sons fragiles menacés de toute part. Mon acouphènoménologie, c’est cette coupure baladeuse (iPod et mp3 en tête) que j’installe entre l’environnement sonore et moi-même, instaurant ainsi quelque chose d’extérieur (que je n’entends plus) et quelque chose d’intérieur (que j’écoute). Mon acouphènomélogie, c’est donc une reconfiguration de l’espace comme forme a priori de la sensibilité auditive. Mon acouphènoménologie, c’est aussi ce qui a lieu quand je me tais. Mon acouphènoménologie — ou mieux, si j’ose dire : monacouphènoménologie — : un néologisme pour une nouvelle manière d’aborder le paysage sonore urbain, non pas pour se l’approprier, mais pour trouver des issues dans la cartographie muzakale qui se dessine. Penser en musique, en somme, pour tâcher d’échapper à la muzak. Tout sauf une doctrine.

Une collecte de traces, d’éléments, de souvenirs, de questions, de thèses, de théories à l’état brut, de critiques, pour tenter de survivre au destin du paysage sonore urbain. Et, sans s’en accommoder, l’intégrer comme un paramètre de la vie que nous menons, que nous pourrions mener ensemble.


François Bon, de ces musiques

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Texte de François Bon dans la revue d'ici là n°3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

qui rentrent à ondes qui rampent entre sol et soi et soi et sol et tremble oh tremblent le dedans les viandes tremblent les yeux et dans et devant les yeux et les yeux sont dans ton dos tout est trop fort le mur même tremble ton mur et dans ton dos avance tu ris sur tes deux pieds qui glissent et le dos seul voit où tu vas c’est à reculons que devant toi le temps s’en va et les autres et leurs mains oh leurs cris tu n’entends plus à peine de loin les bouches ouvertes les gestes des mains les corps s’en vont les lumières éternuent les lumières bien sûr percussion principale et le corps entends musique le corps en tremble et les yeux secoués les couleurs sont dedans et eux là-bas qui t’appellent et que fuient les couleurs ou dans la main sueur dans le dos sueur les yeux les yeux seuls percutant la lumière les éclats sont bruits les éclats sont lumières et des doigts tu arraches et peaux et chemise et le mouvement qui te prend ondes tu ondules quel gouffre est ton risque que tremblent murs et que corps plus le sol en tremble glisse sous pieds et vite tu vas vite et nous tous on allait plus vite tu le leur dis tu cries je n’entends il n’entend mais plus de son et rien que rythme et c’est le dos qui te tire toi-même non bouche plus corps plus et le dos dans ton dos tu comprends musique fut gouffre un monde se décompose et la musique qui nous a percutés a fissuré le monde éclats ravive couleurs du monde meurent couleurs du vieux meurt le gris les membranes des hauts-parleurs vibrent dans ton ventre et sont noires et meurt le mur au-dedans meurent tous murs dedans dehors je ne reviendrai pas nous ne reviendrions jamais toi devant l’ampli tout près la tremble tu sens à corps la tremble tu sens ?


Anne Savelli, Décor III : Dita Kepler

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Texte d'Anne Savelli dans la revue d'ici là n°3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est alors, musique orientale, friction d’un tapis, d’une bâche plutôt tractée sur le plateau dans un tintement de verre, de tessons qu’on remue, c’est alors que des corps embrayent, se cambrent, se couchent. Une femme à peau nue passe, sur le bras de laquelle des escargots. Une femme ramasse un sac, une femme tout en vert et les corps s’attrapent, se dressent. Au milieu le public qui n’est plus un public, ne l’est pas devenu, ne le deviendra pas.

Un homme s’accroupit et se cale, sur le mouvement, sur la prise d’un banc dont il ne déloge personne, dont il accompagne la route, une femme en rouge le photographie. Un jeune homme déchire des pages : a saisi un journal dont il fait des rubans qu’il froisse à mesure. Bientôt une femme l’imite, en remplit un grand sac – de loin une poubelle, de près un bel objet brodé. La musique orientale s’éloigne, des onomatopées montent jusqu’aux verrières, rythme d’avant l’orage, d’avant la nuit qui tombe et pour la première fois pourrait laisser penser à la douceur du lieu.


Revue d'ici là n°5 sur Publie.net

 

 

 

NUMÉRO 5 : Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard //

PRINTEMPS 2010. Mise en ligne le 21/06/2010. 42 auteurs / 135 pages


Christine Jeanney, Voyage de nuit

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tu passes une porte - tu te retournes - il n’y a plus rien derrière toi - peut-être une brume - une volute de fumée - comme si tu étais née de là - d’ailleurs tu ne sens pas ton corps - tu es légère - juste tes yeux - et la conscience de tes mains que tu places un peu bizarrement - sûrement tes pieds devraient y être puisqu’ils avancent dessous toi - mais tu n’es pas vraiment certaine - ni de savoir les maîtriser - ni de savoir quoi que ce soit - tu passes une autre porte encore - il y en a quatre ou trois ou cinq - elles se reflètent l’une dans l’autre - ou se répondent - ou se chevauchent - elles sont toutes fermées et pourtant - il te semble passer au travers - sans en souffrir sans un dommage - au contraire elles te sécurisent - elles sont comme des points de repère - parce qu’avant elles - parce qu’après elles - il n’y a rien - rien que du noir - c’est très effrayant ce néant - tu te fraies un chemin dedans - tu n’as pas peur - c’est comme si tu n’étais pas seule - comme s’ils étaient tous avec toi - oui tu es pleine d’autres volutes - d’autres mains - d’autres gens - nombreux - ils te tiennent par les épaules - ils t’encouragent et te sourient - à ce moment-là tu te dis que tu préfères ne pas comprendre s’ils sont vivants ou disparus - tu t’empêches d’avoir de la peine - tu sens ton cerveau se durcir - tu continues - tes dents sont bien serrées entre elles - et tu avances comme on nage - les portes pivotent et s’écartent - un jeu de paravents qui bougent - des cartes géantes poussées - tu penses à la reine de cœur - plus rien ne t’étonnes vraiment - ta tête s’incline - à droite à gauche - tu salues les inexistants - et les images montent du sol - s’ouvrent doucement


Revue n°6 sur Publie.net

 

 

 

NUMÉRO 6 : L’immobilité de celui qui écrit rend le monde en mouvement //

HIVER 2010. Mise en ligne le 21/12/2010. 53 auteurs / 208 pages


Pierre Ménard, 
L’origine

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Une force irrésistible m’appelle ailleurs. Comme un fil parmi d’autres dans une trame, dans leur présence pourtant si dense. En fait, c’est comme si je ne pouvais même pas situer dans l’esprit ce qui pourtant me préoccupe le plus. S’enfiévrer à l’idée de ce qui aurait pu être ? S’emplir, se déchirer de visions dans des salles vides ? Cette musique des formes, cette assurance tranquille. Ah, voyez-vous, tout est là. Je suis présent, je vous attends. Les lumières s’éteignent une à une. Dans le secret des paysages silencieux, marchant à bon pas sur les trottoirs avec volupté entre brumes et nuages. Laisser vaquer son regard et ses émotions. Juste là, au bord, sur le fil du présent. Garder mémoire d’un éblouissement. Faire advenir l’imprévisible. Les lieux et temps de sa venue. À la rencontre des autres. Les marches, les pas. Pour peu que l’on désire mieux les connaître. Les mètres, le parcours.


Martine Sonnet, Scribe accroupi

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Scribe accroupi


Scribe accroupi jamais la main qui tremble

Scribe accroupi sa peau cuivrée soleil soleil

Scribe accroupi deux beaux yeux bleus tout ronds

Scribe accroupi cheveux coupés coiffés plaqués (mais ses oreilles : décollées)

Scribe accroupi mollets cuisses et tous ses petits plis proies des fourmis tous les soirs quand il se déplie

Scribe accroupi sa femme s’ennuie

tourne autour, tourne autour

alors lui :

arrête girouette

tu me tords la tête

VA VOIR LA-BAS SI J’Y SUIS

elle vexée

exit

eux deux

Scribe accroupi

(apaisé)

(appliqué)

écrit un battement d’aile de papillon

et les eaux du Nil

petit clapotis

Scribe accroupi la crue c’est lui

Maryse Hache, ici et là (extrait)

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Page Maryse Hache, revue d'ici là n°6

 

 

 

 

 

 

 

 

aujourd’hui dans tuyaux des pixels tournoie l’immobile en cerveau et corps amarrés au bois bureau

depuis bouts des doigts phalanges agiles yeux sur clavier sur écran fenêtre univers de l’écrire-lire monde

flux dans web monde lance typographie de lumière et griffes de traces noires images couleurs sonorités musique

autour les murs monde

une pièce de maison bruissante des écritures calées tranquilles aux plis des pages

grands murs de morts immobiles qui veillent vivant dans les signes

lire écrire font la ronde de l’écrire lire

lirécrire ici et là

ça danse grand jeté de blog en blog de twitt en blog de blog en twitt

et ça fait hop dans les synapses du penser

et ça fait hop dans les lignes des écritures

ça lit ici ça écrit là ça court ailleurs comme

nuages passant dans la fenêtre à balcon et embrasure au-dessus du noisetier

ou pollen dans la lumière de mars sous les tilleuls

la femme lit cette phrase : corps enfant que tu portes en avant de toi

regarde-là elle court autour

l’astre-étoile de ce petit morceau de phrase la conduit

ça a fait hop ça s’est dressé près de l’arbre

la voilà dans la course des genoux des bras du coeur à perdre souffle à trouver joie et rire

ça lui fait quel âge déjà

c’est ça qu’elle écrit


Revue d'ici là n°7 sur Publie.net

 

 

 

NUMÉRO 7 : Le présent n’est que la crête du passé et l’avenir n’existe pas //

PRINTEMPS 2011. Mise en ligne le 21/06/2011. 42 auteurs / 204 pages


Christophe Grossi, Traverser (extrait)

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Si j’étais resté dans l’ignorance, si comme tant d’autres je n’avais pas bougé, préférant protéger le peu d’espoir qu’il me reste sur le devenir de notre folle équipée, me calfeutrant derrière mes dernières illusions et détournant mes yeux pour mieux me concentrer sur l’éducation de mon enfant qui ne sait rien encore de toute cette violence plutôt que de chercher à tout prix à savoir ce qui t’avait poussé au bord de la nationale, je serais face à un autre vide aujourd’hui, bien plus grand que celui que tu laisses, et plus malheureux sans doute.

Il n’empêche que j’ai beau avoir une partie de la réponse, je ne sais pas tout. Il me manque même l’essentiel. Et la seule solution (ma dernière chance) pour trouver la pièce perdue du puzzle est de me mettre à ta place et de chercher à comprendre ton acharnement, cette obsession qui t’a menée là. Je refais le trajet, vingt-cinq, je sors de chez vous, vingt-six vingt-sept, je me plante au même endroit que toi, trente, devant la Poste, trente-deux, face aux passages pour piétons, trente-quatre, je me mets à compter les mêmes bagnoles que toi, trente-sept non trente-six, à me poser les mêmes questions que toi. Parce que je les connais par coeur tes questions. Pas besoin d’être au bord de la nationale pour me les rappeler. Mais d’autres questions que les tiennes viennent à présent. Pourquoi es-tu resté si longtemps à cet endroit précis sans bouger ? Est-ce possible, plausible, vraisemblable, que tu aies compté jusqu’à cent avant de traverser ? Es-tu réellement allé jusqu’au bout ? Toi qui étais un peu grande gueule et lâche aussi (sauf quand tu avais bu), es-tu parvenu à mener à bien ce projet que tu m’avais confié un jour : Je me tiendrai bien droit là-bas, je compterai jusqu’à cent, coûte que coûte à cent je traverserai et ils seront bien obligés de s’arrêter. Ce jour-là, je me souviens très bien t’avoir engueulé (la seule fois sans doute) : Et pourquoi ferais-tu ça ? pour une baguette de pain et ton journal ? tu vas quand même pas risquer ta vie pour si peu, non ? t’as pas fait un aller et retour dans ta guerre stupide et trois années de captivité en prime pour finir sous une bagnole, à deux pas de vos fenêtres en plus de ça, devant chez vous ? tu as réellement envie qu’elle te retrouve en bouillie sous la première bagnole de merde ? Ah, ça non, pas pour si peu, tu avais répondu un peu furieux mais pas trop, comme un enfant pris sur le fait. On s’était tus, je me souviens de ça aussi. Je savais alors que tu ne reprendrais pas le crachoir le premier, trop fier. Et je n’ai pas continué non plus, préférant plutôt me repasser certaines scènes auxquelles j’avais maintes fois assistées : toi, quittant la maison ; elle, t’attendant avec le café au lait derrière les rideaux, se demandant bien si tu allais y arriver ou pas à traverser cette nationale, quarante et un, si tu parviendrais à la ramener la baguette farinée, elle qui ne pensait même pas au journal puisqu’elle ne l’ouvrait jamais (sauf le dimanche parce qu’il y avait des suppléments, le journal féminin et le programme télévisé de la semaine suivante), elle qui culpabilisait un peu car cette baguette était surtout pour elle vu que le pain, avec ton régime spécial, c’était pas trop conseillé par ton toubib. À cause de ton coeur.


Florence Trocmé, Par vagues successives

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par vagues successives, toujours battant le rocher, reviennent et reviennent, mêmes et différentes, hordes ou cohortes, passage infini des silhouettes sur la ligne de l’horizon – même plus figurines à tirer à la carabine, passées déjà à jamais, mais traversant indéfiniment le champ, là-bas, solidaires et solitaires : les ont été, les furent, les avaient eu, les aimèrent et leurs petits, enfants, animaux, plantes et fleurs. 



Retrouvez également ces enregistrements sur le site d’Anne Savelli, de Christine Jeanney.

3 commentaires
  • Poésie sur écoute - épisode 182 17 décembre 2011 19:03, par ninja29

    quand on a comme moi la paresse de lire ! C’est magnifique de pouvoir entendre ces mots !

    • Poésie sur écoute - épisode 182 18 décembre 2011 08:57, par Anne Savelli

      Je vous remercie ! Ce fut un grand plaisir de choisir, de lire en public puis d’enregistrer ces textes que je suis heureuse de contribuer à faire découvrir ou redécouvrir.

      Voir en ligne : Fenêtres open space

  • Poésie sur écoute - épisode 182 10 octobre 2012 12:33, par Guillaume

    bizarre, je n’arrive pas à écouter les mp3. Mais bon je peux les télécharger alors ca va. Merci :)

    .

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