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LIMINAIRE
Un mélange de décision et d’abandon


Nous n’avons pas peur des ruines, c’est écrit en toutes lettres sur le mur. Le mur se dresse en nous-mêmes.

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La crainte est complice de la curiosité.

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Il y a une suite d’images, la violence de ce qu’elle nous montre, ce qu’on ne veut pas voir, ce qui les réunit, les yeux dans les yeux, c’est cela qui donne l’envie d’écrire le texte, nous y pousse, en filigrane, mais rien ne vient. Cela exige du temps, de la patience. Je voudrais que le texte s’écrive seul, comme au rythme de mes pas les images apparaissent et se faufilent et se mêlent dans ma tête, avec l’aisance et la fluidité de l’évidence qu’elles n’ont jamais lorsque j’écris, mais c’est impossible, aucun texte ne s’écrit comme je l’espère parfois dans le creux de l’image, ses silences, ses blancs, le moindre de ses interstices.

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Ce n’est pas si fréquent, la ville est bruyante, sonore, la ville est parfois cacophonique, mais musicale plus rarement.

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La musique qu’on entend de loin, qui anime la ville, attire l’attention. Fascination ensorcelante qu’elle exerce sur nous sans qu’on sache trop pourquoi. Un élan irrésistible.

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Un homme marche sur le quai, seul, torse nu, crâne rasé, traits acérés, défaits, tendus, l’extrémité des membres tannés par le soleil, sombres, à force de vivre dehors, de brûler à l’air libre, lentement, à petits feux, l’air hagard. Ses gestes sont lents, ralentis par la fatigue, l’alcool, la colle, l’âge, la vieillesse arrive plus vite à ceux qui vivent dehors. Son corps ployé vers l’avant.

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La vérité est grise. Contraste en conflit.

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Je ne sais pas danser, dense mon corps est un étranger pour moi, quand je danse mon corps m’échappe, m’évite, m’enlève, me fait faux bond, honte parfois je le laisse faire ce qu’il veut, je ne le maîtrise plus, incontrôlable, je ne sais même plus qui je suis, pantin désarticulé, mes membres imbéciles, c’est ici que je vais tomber, la musique m’enivre, sa vitesse m’envahit dans ses revirements et va-et-vient, mon corps se penche dangereusement, de plus en plus vite, je ne peux pas m’arrêter, poulie en roue libre, je tourne à m’en faire perdre la tête, je virevolte, l’équilibre précaire. Je vais tomber, je tombe c’est inévitable, je chute, je sens le mur, son violent rebond, ma tête qui heurte le sol, le froid vivifiant du carrelage nu. Je suis à terre, mais je suis vivant.

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Il parle dans le vide. Présence qui parle. Je suis très loin de lui mais c’est comme si je pouvais l’entendre, je vois ses lèvres bouger dans le vide, articuler en vain la bouillie de ces mots grommelés, maugréés en lui-même. Il parle tout seul, dans un souffle, il ne sait pas que je l’écoute, il pense qu’il est seul au monde, abandonné. Il vit sur une île, isolé, seul au monde. Il a fait le vide autour de lui. Sa vie l’abandonne. Mais je reste à ses côtés. En silence. Mon double, mon ombre. Il faut arrêter le temps.

Nous n’avons pas peur des ruines
Publié le 6 août 2016
- Dans la rubrique PROCÈS-VERBAL
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