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Est-ce de l’art ou pas ?


On voudrait croire que c’est arrivé, mais on sait que c’est impossible, cela n’a pas pu se passer comme on nous le présente, mais on y croit

sans même chercher à vérifier l’information, sans demander d’explication, se contentant de cette image qui s’impose à nous, qui nous raconte

une histoire à laquelle on veut croire. On se laisse porter par cette image, les vues qu’on en a, sous tous les angles, pour nous convaincre



On pense à l’œuvre des Christo qui avaient parsemé la baie de Biscayne avec leurs nénuphars rose.

Christo, les îles de la baie de Biscayne à Miami

 

 

 

 

 

 

 

En mai 1983, le couple Christo lance un gigantesque projet d’une étonnante beauté dans les îles de la baie de Biscayne à Miami, encerclées d’une ceinture en polypropylène rose fuchsia. L’œuvre la plus spectaculaire des Christo bordant de toile onze îlots artificiels qui servaient surtout à l’époque de décharges à ordures. Cette œuvre eut un impact très fort dans le monde de l’art mais aussi sur les touristes qui se pressèrent à Miami pour voir les îles roses.

Christo, les îles de la baie de Biscayne à Miami

 

 

 

 

 

 

 

 

On pense au film de Jane Campion, La leçon de piano.



Ada, mère d’une jeune fille, s’apprête à suivre son nouveau mari au fin fond du bush neo-zélandais. Il accepte de transporter tous ses meubles à l’exception d’un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, elle accepte le marché que lui propose ce dernier : regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses envies...

La leçon de piano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La symbolique dans ce film est omniprésente, elle lui confère son charme poétique mais en même temps, les intentions sont tellement évidentes qu’elle finissent par paraître presque trop appuyées.



Le pianiste japonais Yosuke Yamashita a réalisé une performance avec un piano en flamme sur la plage de préfecture d’Ishikawa située au centre-nord de l’île de Honshū, au Japon.

Son improvisation de jazz dure une dizaine de minutes jusqu’au moment où les flammes lui imposent le silence.



Cette performance de Yamashita est une réplique de la performance qu’il a donné en 1973, filmée par le cinéaste japonais Kiyoshi Awazu : Burning Piano 1973

On pense au mystérieux pianiste amnésique et muet qui avait été retrouvé sur l’île de Sheppey, au sud de l’Angleterre, il y a quelques années.

 

 

 

 

 

 

 

Ce piano fantomatique, brûlé, découvert sur un banc de sable au beau milieu de la baie de Biscayne à Miami, c’est une image surréaliste. On imagine l’instrument tombé d’un bateau, au large, comme une bouteille à la mer qui s’échoue sur le rivage. On ne sait pas comment cet instrument de musique a pu se retrouver là. On le devine. On sait qu’on l’a déposé là, il ne s’est pas échoué. Ce piano pèse dans les 300 kg et n’a certainement pas été apporté sur ce banc de sable dans une petite chaloupe. En tout cas, personne ne souhaite se presser de l’enlever. Les garde-côtes ne veulent pas intervenir tant que l’instrument ne représente pas un danger pour la navigation. La Commission de la préservation de la faune et de la flore de Floride a indiqué qu’elle n’était pas qualifiée pour déplacer l’objet...

Deux adolescents étudiants à la Mast Academy de Key Biscayne sont les auteurs de cette installation. En découvrant à Noël un vieux piano dans le garage de leurs grands-parents, ils ont eu cette idée insolite. Mais est-ce une œuvre d’art ?

Cette question semble déplacée pour qui connaît l’histoire de l’art contemporain. Mais en lisant l’article d’Harry Bellet paru dans Le Monde Bruxelles prend les néons de Dan Flavin pour des lampes, on se le demande vraiment.

« La Commission européenne, contre l’avis d’un tribunal britannique, considère que des œuvres de Dan Flavin (1933-1996) et Bill Viola (né en 1951), même si elles sont collectionnées par les plus grands musées du monde, ne sont pas de l’art. Au motif que les premières, composées de tubes fluorescents, et les secondes, des vidéos, donc projetées grâce à un lecteur adéquat et un écran de télévision, ne peuvent être assimilées par la nature des matériaux employés à de la sculpture. »

« La galerie porte donc l’affaire en justice et un tribunal lui donne raison en 2008. Or la Commission européenne considère que, dans le travail de Viola, « les composants ont été légèrement modifiés par l’artiste, ce qui ne modifie pas leur fonction originale de lecteurs vidéo et de haut-parleurs. » Quant aux néons de Flavin, « ils ont les caractéristiques des appareils d’éclairage et doivent donc être classés comme appareils d’éclairage mural. Ce n’est pas l’installation qui constitue une œuvre d’art mais l’effet de lumière qu’elle projette. » »

Bien sûr il ne s’agit ici que d’une question de jurisprudence douanière. Si les pièces détachées de l’œuvre de Dan Flavin et de Bill Viola avaient bénéficié de cette taxation préférentielle à 5% qui est au centre de ce litige, on peut parier que de nombreux industriels de mauvaise foi n’auraient pas manqué de faire passer leurs cargaisons d’aspirateurs, de réfrigérateurs ou de téléviseur pour des ready-mades ou des installations !

La leçon de piano
Publié le 29 janvier 2011
- Dans la rubrique PROCÈS-VERBAL
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