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Membres fantômes dans le réseau Twitter


Je n’ose me l’avouer, le dire à haute voix, confesser ce qui m’arrive depuis plusieurs jours, mais je demande si je ne perds pas la raison, ça ne tourne plus très rond dans ma tête, au début j’ai mis cela sur le compte de la fatigue, trop de projets menés de front, et malgré la décision d’en faire moins, la pile des choses à faire grandit chaque jour un peu plus, un élément enlevé, aussitôt deux autres le remplacent et l’impression troublante de faire du surplace.

Depuis quelques jours, il m’arrive cependant un mystérieux phénomène, de ceux pour que d’habitude je tente d’éclaircir au plus vite, en mettant des mots d’explication sur ce qui paraît irrationnel, pour trouver une explication et éclaircir ce que je ne comprends pas.

Affiches lacérées, rue Pelleport, Paris 20

 

 

 

 

 

 

 

 

Je m’efforce par exemple de ne pas railler ceux qui me font l’aveu, dans le cadre professionnel surtout, de la relation irrationnelle qu’ils entretiennent avec les ordinateurs et leur environnement, qui n’en connaissent pas le fonctionnement mais ne suivent pas les initiations dont l’une de mes missions dans l’établissement dans lequel je travaille est justement de les leur proposer régulièrement, pour tenter de les aider et de résoudre la fracture numérique.

Ils pensent que l’informatique ne s’apprend pas, ou sur le tas (en l’utilisant tous les jours, il faut avouer qu’ils sont assidus, cela devrait suffire ?), et je serais mal placé pour dire qu’ils ont entièrement tort, c’est ainsi que je me suis formé, et d’ailleurs l’école à mon époque n’apprenait pas à se servir de l’informatique (elle ne l’apprend toujours pas me dit-on ? laissant les enfants regarder des vidéos Youtube en primaire en pensant que cela suffit pour apprendre comment fonctionne un ordinateur, comment se repérer sur Internet, y chercher de l’information (ou même s’y distraire), en connaître les techniques, maîtriser également son identité numérique (il faudrait déjà maîtriser son identité personnelle, connaître la limite entre espace privé, espace publique, et que la sphère intime ne se limite pas aux réseaux sociaux)), mais je m’égare. Revenons-en à nos moutons...

Affiches lacérées, rue Pelleport, Paris 20

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand leur téléphone ou leur forfait téléphonique ne fonctionne pas, ils ne pensent jamais à s’en plaindre auprès de leur opérateur, du fabricant ou du vendeur, ils viennent à la médiathèque demander de l’aide. Au début, je pensais que c’était un bon signe pour nous, en tant que professionnels, d’être ainsi reconnus en tant qu’experts, mais en remarquant que les demandes s’accentuaient et devenaient récurrentes, intempestives, j’ai commencé à m’en inquiéter. Certains, ce n’est pas la majorité, heureusement, mais la proportion commence à devenir inquiétante, dès qu’ils rencontrent le moindre problème, nous appellent à la rescousse. Je n’arrive pas à ouvrir ma boite mail, je ne sais pas pourquoi le son ne fonctionne pas sur ma vidéo, Facebook est utilisé par quelqu’un d’autre (ce n’est pas moi, disent-ils un peu méprisant), comment déconnecter ? Vous leur expliquez le plus simplement du monde, la fois d’après, même rengaine, mêmes questions. Vous répétez en pensant que vous n’avez peut-être pas été aussi clair et précis que vous le souhaitiez la dernière fois. Vus reprenez vos explications, en parlant lentement en espérant que cet utilisateur deviendra plus autonome, et fier d’accomplir votre mission, le cœur léger, vous regagnez votre place, prêt à accueillir de nouveaux publics. Mais voilà que le lendemain la même scène se reproduit. Les mêmes demandes. Encore et encore.

Pourquoi apprendre comment fonctionne Skype si quelqu’un, à chaque fois que j’en ai besoin (et je n’en ai besoin que là où je trouve un ordinateur et une connexion Internet) est justement présent dans ce lieu, un professionnel en somme à qui je peux demander comment ce logiciel fonctionne et qui me répond à chaque fois. Pourquoi apprendre par moi-même ? Pourquoi retenir ce que l’on me dit ? inutile de retenir cette information puisque quelqu’un me la transmet quand j’en ai besoin.

Affiches lacérées, rue Pelleport, Paris 20

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a quelques jours, au réveil, en consultant les notifications de mon portable, je découvre un nombre impressionnant de messages sur Twitter se réjouissant que je me sois mis à les suivre. Ce que je ne comprends pas c’est que je ne connais pas ces personnes. Je consulte leur profil, ce qui m’intrigue c’est qu’il ne s’agit pas de spams tels qu’on peut en être la victime sur Internet et sur Twitter, avec son lot de comptes bidons, d’avatars creux ou d’envois massifs de messages à caractères pharmaceutiques (avec une préférence pour les pills et les fesses). Cela m’était déjà arrivé deux ou trois jours auparavant, et j’avais dû m’excuser auprès de ceux qui s’étonnaient d’un si soudain et inexplicable et cavalier revirement. Je ne les avais pas choisi, mais la machine l’avait fait à ma place (et plutôt curieusement avec un certain discernement (celui de l’algorithme de son logiciel) en lien avec la thématique de mes abonnements qui se résume à ces mots clés : littérature, bibliothèque, édition, numérique, ville, art).

Mais cette fois-ci il s’agissait de plus de six-cent comptes qui, du jour au lendemain, sont venus grossir le nombre de mes abonnements. Je m’en suis facilement rendu compte, car je gardais depuis de longs mois le compte de mes abonnements au chiffre symbolique de 1001.

Je n’ai pas d’explication à cet étrange phénomène, et vous, cela vous est-il déjà arrivé ? Je ne comprends pas, sans doute est-ce la fatigue (je veux dire un dysfonctionnement de l’outil de microblogage), ou peut-être devrais-je me former sur le tard, ou pire : changer de métier ?



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