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Voyage à Naples (3ème jour)

Prendre le train pour rallier la Gare Centrale de Naples à partir de laquelle nous prévoyions de rejoindre Pompei par le train de banlieue, la circumvesuana, mais la crainte que nous avions en nous y rendant, s’avère justifiée, en période de fêtes de Pâques, les transports sont beaucoup moins fréquents. Peu de trains aujourd’hui et celui du retour, le dernier de la journée n’est qu’en début d’après-midi, nous n’aurons pas le temps de visiter à notre convenance le site archéologique, il faut nous donc changer nos plans et choisir pour aujourd’hui un autre parcours, un autre quartier à visiter.

Le Decumano Maggiore est l’un des axes urbains qui traverse, depuis l’époque gréco-romaine, le centre historique de Naples.

Nous en débutons la traversée, remontant de la place Dante, et laissant à notre droite la Piazza Bellini où j’ai bu hier après-midi un excellent Caffè shakerato.

C’est un lieu d’édifices de grande valeur historique et artistique : notons Santa Maria Maggiore della Pietrasanta, la San Paolo Maggiore (à l’heure de la messe), San Lorenzo Maggiore, ou bien encore la Chiesa di Santa Maria della Pace.

Au XIXe siècle, le tracé a été défiguré à la hauteur de la piazza Miraglia par la construction de la vieille polyclinique détruisant une énorme quantité d’édifices de grande valeur.

En ce dimanche de Pâques, dans les nombreuses églises de la Via dei Tribunali, les Napolitains se retrouvent pour fêter Pâques, ils portent un petit panier en osier à la main, recouvert d’un voile blanc brodé. Ils s’embrassent, se congratulent, se saluent et se bénissent.

San Domenico Maggiore abrite de superbes statues de marbres tandis qu’à San Paolo Maggiore ce sont les plafonds qui sont admirables, sans parler des dizaines d’oratoires à la Vierge, au Christ ou à différents saints que l’on peut apercevoir en chemin, nichés dans les murs.

Ici, peut-être plus qu’ailleurs en Italie, les manifestations de foi sont plus visibles, plus passionnelles aussi. Les églises sont rarement vides. Les jours de fêtes religieuses, des processions ont lieu dans chaque paroisse. Provenant d’une des ruelles adjacentes de la Via dei Tribunali, le son d’un orchestre nous parvient lointain. Nous nous en approchons tout en continuant à chercher notre chemin. Mais la musique nous attire irrésistiblement.

À chaque oratoire, c’est le même cérémonial de la procession de la Madonne dell’Arco, les croyants rejoignent à pied le sanctuaire de la Madonna dell’Arco situé à Sant’Anastasia, afin de commémorer le miracle apparu en 1450 en ce même lieu : « Lors de la fête qui se déroulait chaque année en l’honneur de la Vierge, les habitants organisaient un jeu de balle qui consistait à envoyer la balle le plus loin possible avec un manche en bois. Un jour, un des perdants fou de rage, prit la balle et la lança en direction de l’édicule consacré à Marie. La balle percuta la joue gauche de la peinture de la Vierge, qui se mit aussitôt à devenir rouge et à saigner, entraînant un cri d’effroi dans l’assemblée. »

Chaque année, la procession est entreprise à la fois pour pardonner le geste sacrilège de l’ancêtre, et comme remerciement ou comme espoir d’obtenir la réalisation d’un vœu en contrepartie d’un acte de dévotion sincère : « Madonna dell’Arco, se non sono sincero, fa che io moio ». [1]



Les plus petits en tête avec leur drapeau, chacun vient incliner sa bannière devant l’autel fleuri, sous la houlette d’adjudant qui n’hésite pas à imprimer une ferme poussée sur les épaules des enfants afin que la génuflexion soit plus de fervente. Le porte oriflamme avance les jambes pliées en faisant osciller sa bannière, l’inclinant parfois devant une maison ou un immeuble pour les bénir. Puis vient le dais que l’on fait aussi osciller au son d’une musique répétitive (cuivres et tambours). Il paraît bien lourd à en juger par l’état de fatigue des porteurs au physiques très disparates. Ensuite c’est le salut au Saint dans un embrasement de fumée rouge et verte, sur une marche entonnée au saxophone qui hésite entre fanfare et parade. Et la procession recommence ensuite le même chemin en sens inverse, comme un film à l’envers, pour se remettre dans le bon ordre avant de partir vers l’oratoire suivant.

Retour vers le Castel Nuovo en traversant le bas du Spaccanapoli.

Nous cherchons des renseignements pour nous rendre prochainement sur Capri, à la Gare maritime. Mais au lieu de nous rendre sur le molo Beverello, lieu d’embarquement des navettes pour les îles, nous entrons dans la gigantesque gare maritime totalement déserte. Tous les commerces, les bureaux d’informations, sont exceptionnellement fermés. Pas âme qui vive dans tout le bâtiment. Mais nous avons pu entrer sans que personne à l’entrée ne nous dise rien. Lorsque nous sortons et demandons enfin notre chemin, les gardiens nous indique d’un signe de main le molo Beverello un peu en retrait, là où toutes les compagnies privées sont ouvertes en ce jour férié.

Nous allons nous reposer un moment dans les jardins du Pallazzo Reale. Puis nous allons déguster un café à la nocciola (caffè nocciolato, spécialité de Salerno) au Vero Bar del Professore, Piazza Trieste e Trento. Il s’agit d’un café avec une cuillerée de crème de noisette sucrée au fond.

Quelques dolce à la Pâtisserie Gambrinus, avant de revenir chez nous en traversant le vieux Naples. Pour ma part je goûte le Dolce Vesuvio, une pastilla en forme de volcan qui cache un cœur de baba au rhum (spécialité napolitaine).

Nous rentrons dans notre appartement en traversant les ruelles étroites et populaires du quartier Chiaia.

Les conversations des napolitains nous parviennent, bribes de propos de fin de repas, éclats de rires, plaisanteries ou débat un peu vif, conclusion d’une journée passée en famille, autour d’un bon repas.

[1« Madone de l’Arc, si je ne suis pas sincère, fais que je meure »


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