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La Fayette nous voilà !

Le cimetière de Picpus, dans le 12ème arrondissement, est un lieu singulier. L’un des deux seuls cimetières privés de la capitale n’accueille que des descendants de guillotinées lors de l’épisode le plus sanglant de la Révolution : la Grande Terreur, dont la fin sera marquée par l’exécution de Robespierre.

1306 personnes d’origines sociales diverses, âgées de 16 à 85 ans, sont exécutées du 14 juin au 27 juillet 1794, Place du Trône Renversée (actuelle place de l’Île de la Réunion). Le massacre ne cessera que le 27 Juillet (9 Thermidor), lorsque l’un des principaux instigateurs de ces exécutions massives, Robespierre, est condamné, puis guillotiné par ses complices, effrayés d’être eux-mêmes entraînés dans cette folie meurtrière.

Le poète André de Chénier, les carmélites de Compiègne, la grand-mère, la mère et une des sœurs d’Adrienne de Noailles, épouse du Général-Marquis de La Fayette, héros de la Guerre d’Indépendance Américaine, le Vicomte de Beauharnais (premier mari de l’Impératrice Joséphine), le Maréchal-Duc de Noailles-Mouchy, l’Abbesse Louise de Montmorency-Laval, sourde et aveugle, accusée d’avoir comploté « sourdement et aveuglément », reposent dans ce cimetière.

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Deux ans après son installation sur la place de la Révolution (devenue aujourd’hui la place de la Concorde), la guillotine, avec le passage incessant des charrettes emplies de corps sanguinolents, rassemblait de nombreux mécontents. Les milliers de cadavres qu’on inhume dans les fosses communes du cimetière des Errancis (au niveau du Parc Monceau actuel) empestent l’air d’odeurs nauséabondes. Devant les nombreuses plaintes, les autorités décident de délocaliser la guillotine, d’abord sur la Place de la Bastille, puis Place du Trône-Renversé (actuelle place de l’Île-de-la-Réunion). L’endroit qu’ils choisissent pour inhumer les cadavres est situé à quelques centaines de mètres de la place, un enclos de 300 mètres de long sur 70 mètres de large. Cet immense domaine au cœur de la capitale a longtemps abrité un couvent, celui des Chanoinesses de Saint-Augustin de la Victoire-de-Lépante. En mai 1792, les bâtiments et le terrain de cette communauté religieuse ont été confisqués par les révolutionnaires. Le lieu semble tout trouvé. On y creuse immédiatement deux grandes fosses pour ensevelir les centaines de cadavres, le tracé d’une troisième est réalisé mais ne sera finalement pas mise en œuvre.

Les cadavres jetés la nuit en cachette dans les deux fosses communes au fond du jardin de l’ancien couvent réquisitionné pour l’occasion. Le lieu est gardé secret. Tout sera fait pour que ces événements funestes et sordides tombent dans l’oubli.

Peu de temps après la fin de la Révolution, plusieurs membres de familles de suppliciés se réunissent et parviennent à localiser l’emplacement des fosses où les corps avaient été enterrés. Ces familles achètent secrètement l’enclos des fosses, puis les terrains avoisinants et font le projet d’y créer un lieu consacré au recueillement et à la prière. C’est ainsi que ce cimetière privé recueille les dépouilles des descendants des victimes. Les murs de la chapelle sont ornés de grandes plaques de marbre portant les noms de la totalité des personnes enterrées dans les deux fosses, d’après les minutes de leur procès.

La tombe du marquis de La Fayette, inhumé auprès de son épouse descendante de guillotinés, est la plus connue du cimetière des familles. Chaque année, le 4 juillet, les États-Unis lui rendent hommage.

Le 4 juillet 1917, les Français célèbrent avec les Américains, tout juste entrés en guerre aux côtés de la Triple-Entente, la fête nationale des États-Unis qui commémore leur déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776. À cette occasion se déroulent diverses cérémonies (dépôt de gerbes, défilé , discours, etc.) devant une foule enthousiaste composée de civils et de militaires. Un grandiose défilé des troupes françaises et américaines a lieu sur la place de la Bastille.

Au cimetière de Picpus, ce même jour, devant la sépulture du marquis de La Fayette, les autorités civiles et militaires prononcent des discours pour célébrer la mémoire du « Héros des Deux Mondes. »

Se succèdent notamment le colonel Stanton, commandant la mission militaire américaine, le général Pershing, commandant le corps expéditionnaire américain en France, Paul Painlevé, ministre de la Guerre, et William Graves Sharp, ambassadeur des États-Unis en France.


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