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LIMINAIRE
Rien n’aura eu lieu que le lieu


En juillet 1988, j’ai dix-neuf ans, je séjourne avec mon ami d’enfance Damien Lajarge pendant une semaine à Rome. Comme lors de mon séjour à Berlin, un an plus tard en octobre 1989, dont j’ai publié un extrait dans le premier numéro de la revue Myopies : Je marche. Je photographie. Je lis. J’envoie des lettres à mes amis. J’écris dans un cahier. Il porte le numéro 14. Terminé le 11 août 1988, après avoir vu Rome ville ouverte, de Roberto Rossellini.

Apprenant que je partais en famille à Rome cet été, Damien (dont c’est l’anniversaire aujourd’hui) a retiré certains négatifs des photographies de Rome en sa possession, me lançant le défit d’une mise en abyme sur les lieux des clichés. Là-bas, au fil de nos promenades dans les rues de la capitale italienne, j’ai donc pris ces photographies in situ, 22 ans après. Photolalies à la manière de Denis Roche, lieu de l’éternel retour, face à quoi le photographe ne peut opposer que la photolalie, « l’image interminable » qui suspend l’échéance dans le désir et la terreur de l’échéance.

En épigraphe aux photographies de Dans la maison du Sphinx, Denis Roche cite d’ailleurs Un coup de dés de Mallarmé : « Rien n’aura eu lieu que le lieu. »

Damien Lajarge et Philippe Diaz (alias Pierre Ménard)

 

 

 

 

 

 

 

Semblant Pierre Qui Roule

Un couple sourd et muet parle avec les mains. Silence alentour dans une ville où pourtant tout est bruit et fracas. Un fracas de porphyre et d’ébène.

Les grands monuments antiques de la ville ont été construits à partir des matériaux d’autres monuments plus anciens. On construisait du nouveau sur de l’ancien, et ce nouveau désormais ancien est conservé, parce que les moyens techniques évoluant et la volonté de conserver plus forte que naguère, cet ancien devient historique et protégé comme tel.

La photographie est l’art de fixer, par l’action de la lumière, l’image des choses sur une surface sensible.

Le Colisée de Rome

 

 

 

 

 

 

 

Sel Poivre Qui Relèvent

Dans les musées, les chefs d’œuvre s’empilaient n’importe comment dans des caves humides et sales. Au-delà du Colisée, un petit musée avait même été oublié : peu à peu, les objets qui y étaient exposés avaient été emportés. On les retrouva chez les antiquaires et les brocanteurs. Dans les salles vides, des prostituées étaient installées.

Le Chateau-Saint-Ange et le pont au-dessus du Tibre à Rome Jardins Borghese à Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Spaghetti Plus Que Raviolis

« Dans les coins d’ombres, écrit Anne-Marie Garat, les sculptures entassées continuaient de se tordre, de crier dans la pierre la torture de vivre. »

« Qu’est-ce qu’un jardin à Rome ? se demande Pascal Quignard dans Le sexe et l’effroi. L’âge d’or revisite le présent. Il s’agit de retrouver quelque chose de l’inactivité divine. Se tenir immobile comme les astres dans les cieux. Entouré d’un nimbe. Se tenir immobile comme le fauve se tient immobile avant de bondir sur la proie. Se tenir immobile comme l’instant de mort qui divinise. Se tenir immobile comme un feuillage avant l’orage, comme les statues de ces dieux érigées dans les bosquets, telle doit être la vie devant la mort. Se tenir comme la vision du jardin embouteillée sur le rebord de la fenêtre, arrêtée par les deux rayons qui lui opposent les yeux fascinés. »

Panthéon, Rome

 

 

 

 

 

 

 

Piazza Navona à Rome

Thermes de Caracala à Rome

Jardins de la Villa Borghese à Rome

Basilique Saint-Pierre de Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soyons Plus Que Rien

Affaire de position, d’exposition, lumière à la lumière. Photographie. Se fixer un point de vue et ne plus s’en éloigner. Car s’exposer, c’est toujours - imposante lumière - périlleux. Péril en la demeure. Toujours volonté de la prendre, prendre - ce qui n’est pas donné - l’insaisissable - dans les mailles de l’Alun. Prendre la réalité du corps à travers l’existence réelle d’une image qui prend corps. Non pas tant faire l’image. Bien plus, sous le regard, la regarder faire. Affaire de position, d’exposition. Lumière à la lumière.

Place Saint-Pierre de Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Satisfaire Pleinement Quelques Rêves

Pour rendre le bois imputrescible et parfaitement rigide, il faut l’immerger trois ans dans l’eau douce, trois autres dans l’eau salée et enfin l’enterrer dans le sol trois ans de plus avant d’être prêt pour la gravure.

Vue de la place Saint-Pierre de Rome depuis la coupole de la basilique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Savoir Partager Quelques Regards

On ne peut rien comprendre à rien sans être monté au plus haut d’un monument tel que Saint-Pierre de Rome, rien. Les mosaïques de la coupole exigerait que l’on s’en éloigne plus que ne le permet la balustrade, afin de pouvoir les admirer à juste distance, mais derrière c’est le vide, à peine la voix du prêtre célébrant une messe couvre-t-il les parois de la basilique. Inexorablement attiré par le néant, le vertige nous prend et l’on ne peut que s’attacher au plus près de ces mosaïques, aux regards de ces anges au sourire noir semblant nous dire que le vertige n’est pas mystique, en rien mystique, mais bien physique. La tête tourne et l’on tourne la tête afin de quitter le regard d’en bas où la voix sourde du prêtre qui s’élève encore vers nous, du Ciel nous rappelle à la Terre.

Basilique Sainte-Marie Majeur à Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Souvenirs Perdus Qui Reviennent

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde. Tout au long des années il peuple l’espace d’images, de provinces, de royaumes, de montagnes, de baies, de vaisseaux, d’îles, de poissons, de maisons, d’instruments, d’astres, de chevaux et de personnes. Peu avant sa mort, il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son visage. »

Jorge Luis Borges

Philippe Diaz / Pierre Ménard sur le pont au-dessus du Tibre menant vers le Chateau-Saint-Ange à Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diaporama de l’ensemble des photographies du projet :



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