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LIMINAIRE
Cergy, Val d’Oise



Une photographie est un lent cheminement. Prendre le temps de marcher avant de se précipiter dans le RER pour rentrer chez soi après cette journée, ces rencontres. Pas de sitôt que je reviendrai là, dans cette ville que je découvre pour la première fois. Cergy et toutes ses déclinaisons. Préfecture, Pontoise, Le-Haut. Ce que je me dis en moi-même. Jamais sûr cependant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie est une manière d’ouvrir les yeux. Marcher pour les garder ouverts. Et l’espace vibrant tout autour. Le temps de rentrer chez soi. En chemin, un accident de personne nous ralentira encore. Deviation imprévue. Changement de programme. Il faut changer de train. Le message n’est pas clair, énoncé dans une langue qui me paraît étrangère.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie pour arrêter le temps. Savoir ou fixer son regard. Ordonner cette quête, quitter le tourbillon de lumière et de nuit qui nous tourmente. Finir par comprendre que le train s’est arrêté brusquement sur ce quai d’une ville inconnue, le paysage défilait, je n’ai pas lu le nom de la station, et tous les voyageurs pressés sont descendus du train sans que je comprenne pourquoi. Je les ai vu passer derrière la vitre sale, avant de réaliser que j’étais seul désormais dans ce train, à quai.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie est un secret, un pacte avec l’intensité. Seul avec cette voix qui continue d’annoncer dans sa langue lointaine et curieuse, que le train ne redémarrera plus, stoppé net dans son élan. Tout semble s’être figé. Regarder le ciel pour vérifier que les nuages sont toujours en mouvement et hausser les épaules devant cette réaction puérile et déplacée. Il faut sortir du train, remonter le quai tout en longueur, escalader les escaliers de l’escalator dont le mécanisme s’est arrêté lui aussi, mais il y a longtemps déjà. Les marches métalliques plus hautes que toutes les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie comme une marche au hasard. Je longe le couloir sombre, et ses dédales, coins et recoins venteux. Il y a une autre gare au-dessus de celle-ci. Comme certaines villes séparées en ville haute et ville basse. Et le train qu’il faut attendre si l’on en croit la voix féminine que l’on commence à mieux comprendre avec le temps, l’exercice, l’expérience, nous indique que le train nous conduira vers une autre gare que celle prévue initialement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie pour être ailleurs. Littéralement dans les nuages. Absent, distrait. Ailleurs, oui.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie est l’imminence d’une révélation qui ne se produit pas. Je ne sais pas où je suis, dans quelle ville je me trouve précisément. La surprise encore en voyant arriver le train dans le sens opposé de celui qui, plus bas, devait m’emporter vers Paris. Ne plus rien comprendre. Lire plusieurs fois de suite avant de monter dans le wagon bondé les grands panneaux bleu électrique et leurs troublantes indications. Je suis ici. Je vais là. Le contraire de ce qu’annonce le mot qui la désigne. Le sens de la marche.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie qui va justement dans le sens de la marche. « Aucun sens et pourtant… les mots se marchent. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie pour montrer la direction à suivre. Pour éviter ces journées souterraines où, enfermé dans un bureau, assistant à une réunion, ou travaillant sur un projet qui nous empêche de lever la tête, de regarder par la fenêtre et de prendre le temps d’admirer l’amoncellement des nuages gris s’enroulant en pelote dans le ciel. Respirer au rythme des changements brutaux de lumière, et c’est toute la ville qui se trouve métamorphosée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Une photographie c’est l’esprit des lieux. Petites lueurs intermittentes à opposer à la lumière brutale et déchirante. Et tout à coup, d’un geste nonchalant, en même temps rapide, concis, précis, net, voir sans rien regarder, en aveugle, somme des regards passés, des pas perdus, photographier le lieu que j’avais en tête depuis quelques instants, le lieu que j’avais à l’esprit loin d’ici, au Japon.

 

 

 

 

 

 

 

 



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