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LIMINAIRE
L’image interminable n°7


Je marche dans mes traces

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Rue de Crimée, Paris 19e

On le sait c’est le début d’une histoire, elle débute souvent ainsi, vous vous engagez sur un chemin et très rapidement vous vous éloignez de la voie toute tracée, vous sortez des sentiers battus, de la même façon apercevoir la silhouette d’un homme ou d’une femme et, sans raison apparente, sans idée préconçue, se mettre à le suivre. On ne sait pas où il va parce que nous même ne savons pas où nous allions avant de le croiser et de décider de le suivre. De traverser toute la ville à sa suite, sans savoir à quoi accorder plus d’attention, nous engage à ouvrir les yeux pour voir cette ville qu’on croyait connaître sous un angle inédit, attiré par cette personne, ses faits et gestes, et la ville qu’il nous présente dans son parcours. Se laisser porter c’est l’idée de départ, mais il faut rester très concentré pour ne pas le perdre de vue à travers les rues de la ville, pour qu’il ne sous sème pas, volontairement ou non. Qu’il ne nous repère pas, et ne se rende pas compte de notre filature.

"Érection - Ne se dit qu’en parlant des monuments." Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.

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Place de la Concorde, Paris 8e

Embrasser ton sourire, l’empreinte de tes lèvres, contact de la peau douce et lisse, rouge humide, main dans tes cheveux, les tiennes glissant le long de mon bras parcouru d’un léger frisson, la bouche s’ouvre sans prononcer un mot, signe sensuel, langage du corps. Je suis venu te dire, un souffle, une respiration, un sursaut d’affection, avant de sombrer, aucune explication, un geste, un mouvement, même infime, en entraîne un autre, réaction en chaînes qu’on ne maîtrise plus, improvisation sensible, sans savoir précisément ce qu’on en attend, ce qu’on convoque ainsi, regards demi-clos. Ta langue docile qui pointe muette, tournoyante, exploratrice, fouille pernicieuse. Je t’accueille à mon tour, regarde-moi, ne me quitte pas. Tes ongles me griffent. Ton odeur m’envoûte, je te respire, bouche et t’embrasse, nez, nos salives en osmose, dans le désordre de nos visages qui s’entrechoquent, nos figures s’envisagent à la hâte, va comme je te pousse, t’embrasse, nos baisers ne font plus qu’un.

La rue à livre ouvert

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Rue Eugène Varlin, Paris 10e

J’ouvre un livre, l’histoire que je lis est celle de ce livre que je viens d’ouvrir, assis sur le trottoir, la vie tout à coup mise entre parenthèse, une histoire de la ville, non pas l’histoire de son passé glorieux, de ses monuments, de ses quartiers et de ses habitants, mais celle d’une traversée de la ville, dont le récit s’invente à chaque tournant, suivant le chemin que je parcours, les mouvements de mon corps dans l’espace, en marchant, l’esprit se libère, les mots s’organisent en nous plus sereinement, trouvant leur chemin par eux-mêmes, respiration calme et bouche entrouverte. On parle à voix haute, c’est presque naturellement que, ce à quoi l’on pensait, que nos pas nous aidaient à faire surgir, sort de notre bouche. Cette histoire que je vais te raconter, te faire ressentir intérieurement, est l’histoire de la ville qui nous traverse autant que nous la traversons, à l’écoute de ses bruits, de ses couleurs, de ses lumières, accident de parcours et rencontre improbable compris.

Perdre ses repères ou suivre à la trace

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Je ne quitte plus ce panneau des yeux depuis un long moment déjà, je ne sais pas ce qui m’arrive, il m’intrigue et me fascine, la trace de son absence ancienne sur les briques du mur me saisissent d’effroi, révélation tardive de ta propre disparition. Ce panneau qui indique d’habitude le nom de cette rue, plus personne ne le regarde au quotidien, parfois seulement quelques rares touristes perdus dans ce quartier pour trouver leur chemin, mais le plus souvent il est devenu invisible, à force de présence, il fait partie des murs, du décor comme on dit, on ne le voit plus, son évidente présence joue contre lui, alors le jour où il disparaît, qui peut le remarquer ? La pollution, la saleté, se sont accumulées autour de son cadre, ces traces indélicates unique souvenir de sa présence, vestige de l’intérêt qu’il revêtait pour nous, le sens et l’utilité qu’il avait à nos yeux, telle une boussole, dans cette ville, ce quartier. Indique-moi le chemin pour te retrouver, je ne veux pas te perdre.

L’ombre d’un doute

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Rue de Montpensier, Paris 1er.

C’est une question de distance, il faut savoir s’approcher de plus près. C’est Capa qui disait ça. Comment pourrais-tu oublier ces photographies prises dans le parc ? Au développement tu repères le point où se porte le regard de la jeune femme, hors champ. Tu agrandis plusieurs fois l’image, caché derrière un buisson, le visage d’un homme pointe un revolver. Un crime que tu n’as pas empêché, tu t’en aperçois, à force de fixer l’image, de la détailler, distinguant désormais un corps inerte derrière le buisson. Mais l’agrandissement des photos ne produit rien, le grain du cadavre se réduit en poussière. L’expérience de la multiplicité des regards, dis-tu avec le recul. Et tu repenses à ce film, tourné en décors naturels, en Californie, avec les habitants comme figurants. Une maison y fut louée pour le tournage. Le propriétaire, tellement ravi que sa maison soit dans le film, l’avait repeinte. L’équipe dut la salir, afin de la rendre crédible, avant de la repeindre à neuf à la fin du film.

Trajectoire d’une traversée de la ville
Publié le 2 août 2015
- Dans la rubrique PALIMPSESTE
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