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LIMINAIRE
Une installation interactive de Marina Wainer


Instants² constitue la première œuvre du projet Territoires du Temps, une série de dispositifs numériques de Marina Wainer autour de l’expérience temporelle développés lors de la résidence Hors les Murs au glacier Perito Moreno.

Marina Wainer est une artiste multidisciplinaire franco-argentine. Ses œuvres numériques proposent des expériences sensibles - dont l’engagement du corps constitue un élément essentiel - ainsi qu’une exploration de nouveaux espaces de représentation.

Le projet multiforme imaginé à partir des images tournées en Patagonie argentine, est composé de deux volets, une projection d’un cycle d’images du glacier et un dispositif vidéo en diptyque via une application Instagram.



Le Perito Moreno est un glacier d’Argentine situé dans le parc national Los Glaciares de la province de Santa Cruz, à 78 kilomètres d’El Calafate, en Patagonie argentine. Son front glaciaire de 5 000 mètres de longueur et de 60 mètres de hauteur s’étend dans le lac Argentino.

Avec une surface de 250 km2 et une longueur de 30 kilomètres, il fait partie des 48 glaciers alimentés par le champ de glace Sud de Patagonie, dans la Cordillère des Andes, que l’Argentine partage avec le Chili.

C’est à l’occasion d’une résidence artistique sur place que le projet de Marina Weiner s’est développé autour de l’exploration d’espaces de perception, notamment l’idée du territoire comme contexte de création, comme scène d’expérimentation formelle et sensible.

« Symbole d’une double temporalité où le temps long et l’éphémère cohabitent dans un écosystème naturel, explique Marina Wainer, à une échelle sans mesure, le glacier Perito Moreno [1] - où se déroulera une partie de la résidence - porte en lui les thèmes de fascination, de friction, de contradiction et de rupture de ce début de XXIe siècle : le bouleversement des frontières, le changement climatique, le glissement dans la relation spatio-temporelle, la dualité entre territoires rêvés et territoires vécus, notre rapport au réel à l’ère du numérique. »

Ouvrir la porte en verre à larges battants de la galerie. Un long couloir de néons bleu nous montre la voie, entrer dans ce lieu inconnu. Ce bleu nous accompagne au quotidien. Il s’agit de la lumière émise notamment par nos écrans omniprésents. Y sommes-nous vraiment de plus en plus exposés ? Une partie de la lumière spectrale est dangereuse pour notre rétine, la lumière bleue est une partie du spectre de la lumière, émise par le soleil mais aussi par les sources lumineuses artificielles : ampoules LED et écrans (tablettes, télévisions, ordinateurs, smartphones). Nous sommes connectés. Nous sommes derrière l’écran et nos crânes compressés. La distance à parcourir pour entrer dans la galerie permet d’oublier d’où l’on vient, d’entrer dans une autre dimension, celle de l’œuvre. C’est un passage, un pont salutaire, un sas de décompression, un entre-deux, un temps perdu à retrouver. Se sentir ailleurs, tout à coup transporté, ne plus être à bout mais se déplacer et se retrouver : au bout du monde. Se libérer d’un poids. Une respiration, une parenthèse. Un glacier est une masse gelée qui se forme par le tassement de couches de neige accumulées. La neige expulse l’air qu’elle contient écrasée sous son propre poids, l’air se soude en une masse compacte et se transforme en glace. Les couches successives de neige du glacier emprisonnent poussières, pollens, polluants. Strates de temps et de lieux. Comme la mémoire, il s’agit d’un palimpseste où les strates temporelles permettent une appréhension plus fine de l’espace, au fil du temps. [2] Elles piègent des bulles d’air qui conservent la teneur des gaz composant l’atmosphère à l’époque de son emprisonnement. Nous aimerions tous qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés, des lieux qui seraient des références, des points de départ des sources. Ces informations du glacier le transforment en un véritable livre ouvert relatant l’évolution de l’atmosphère durant des milliers d’années. Tout en couches et strates. Les craquement de la glace envahissent nos oreilles et nous bercent. Je regarde les images mais ce qui me fascine est ailleurs. Les strates de glace se révèlent à nous dans la lenteur de leur avancée millénaire, glissement au ralenti, imperceptible. Prendre risque de l’immobilité, de la contemplation, mais le temps n’est plus à la contemplation depuis longtemps. Il faut agir, lutter pour que ce qui fait surplace, qui avance depuis si longtemps, puisse continuer jusqu’à nous même sans nous, comme les étoiles dont la lumière nous parvient à contre temps. Temps mort, on dit gelé pour figé, pris dans la glace, gravé dans le marbre, non pas en retard mais en incluant plusieurs temps en un comme s’il existait un temps qui permettait de dire ce glissement progressif, cette disparition. Le conditionnel présent est une forme qui ressemble au futur et à l’imparfait. La formation d’un iceberg est un moment impressionnant, captivant, mais au-delà de l’impact visuel de la scène, ici le son prend le dessus, il envahit tout, bourdonnant à nos oreilles, vibrant le long de notre corps, nous entourant de sa chaleur réconfortante. Il faut écouter le bruit de la chute d’un tel morceau, à l’origine de la naissance d’un iceberg, quand cet évènement sous-marin se déclenche, une désintégration éclate sous la surface de l’océan, ruptures et fissures se propagent brusquement. Le bloc de glace se détache du mur avec le fracas de nos os qui craquent, pour apparaitre à la surface. Quelque chose en nous se détache soudain, nous libère d’un poids sur nos épaules et débloque en nous d’invisibles ressorts aussi imprévisibles qu’inouïs, et cela fait un bien fou. Le domaine de plasticité de la glace est particulièrement étendu, un glacier s’écoule lentement sous l’effet de la gravité le long d’une pente ou par fluage. L’espace numérique est un territoire qui révèle le lien qui nous relie au lieu, au lieu de nous souvenir et trouver nos lieux communs, former nos géographies personnelles. Cette installation nous montre l’épaisseur du temps, la volupté de l’instant, l’éternel dans l’éphémère.

Instants² de Marina Wainer


Il reste un jour, samedi 14 janvier, pour découvrir l’installation interactive de Marina Wainer, Territoires du temps — Instants², à la Galerie d’architecture au 11 rue des Blancs Manteaux 75004 Paris.

L’écrivain Camille de Toledo présentera le livre Les Potentiels du Temps, co-écrit avec Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós. qui explore les plasticités du temps, la façon dont nous pouvons concevoir et multiplier nos « habitations temporelles », les formes de nos relations aux temps.

[1] Écouter le glacier Perito Moreno en Patagonie argentine une émission de Monica Fantini avec Marina Wainer sur RFI

[2] Amazon Glacier est un service de stockage pour l’archivage et la sauvegarde des données à long terme



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