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LIMINAIRE
En marge de la publication de l’ouvrage collectif Échap


Le vide offre un bel espace de résonance.

Je ne connais plus personne là-bas, et personne ne me connaît.

La beauté de l’heure, entre chien et loup. Un épuisant jeu de cache-cache et de rendez-vous ratés s’est mis en place. Il ne semble même plus s’apercevoir de ma présence. Il y a des gens que la moindre singularité indispose. Il semble bien distrait. Tout chiffonné comme flou. Flou comme une photo ratée.

Je garde de lui un souvenir assez confus, car lointain. Les éléments d’un puzzle encore très incomplet. Juste de quoi ranimer de vieilles impressions. Dans la foulée remontent d’autres souvenirs, par bribes, pêle-mêle. Juste une sensation de vide, de froid, de vide dans mon ventre et de froid dans mes membres. Quelque chose, peut-être, comme un chagrin d’enfant. Je suis dans l’égarement du décalage horaire. Pas de distraction, aucune échappée possible, le regard est happé, assigné à fascination, il est comme aveuglé. Le regard est affranchi de toute illusion, de toute idéalisation. La fascination et la liberté sont difficilement compatibles. Le jeu des ressemblances pourraient se décliner indéfiniment.

Soudain je m’arrête, la main en suspens. Je ferme les yeux, c’est en moi que je ranime l’image et peu à peu celle-ci se transforme. J’ai l’impression que ma voix se détache de mon corps et qu’elle rebondit au lointain.

La clarté du jour est étrange, elle poudroie, soyeuse et cendrée. C’est une clarté d’antre du monde, ou de sa faim, à moins que je ne sois entré par effraction, par enchantement, dans un autre monde. Là où s’enlacent l’oubli et la mémoire pour produire un souvenir flottant qui hante en sourdine les sens, le cœur, les rêveries, le souvenir-fantôme surgit sans crier gare.

Qu’a-t-il voulu dire en s’avouant en perte de vitesse, et que tout lui échappe ? L’expression de quelqu’un qui ne comprend rien à ce qu’on lui raconte.

Les sentiments peuvent-ils basculer si subitement, radicalement, sans raison apparente ?

Des frissons glacés me parcourent le dos, et les tempes me brûlent. La lumière, les images, le visible, ces yeux-là les avalent en bloc.

Je ne sais pas ce que j’attends, je me contente d’être là, je fais bouger mes épaules, pivoter ma tête sur mon cou. Du silence et un étonnement inquiet, comme si je me demandais, du fond de l’ailleurs où je me suis naufragée. Où suis-je ? Où es-tu ?

Mes mains diaphanes, et longues et fines. Mes mains ont la fragilité et la mobilité d’un visage, sa beauté insaisissable. Mon regard recru de fatigue est aussi traversant que la lumière du jour. Autant présente qu’absente, aussi proche que lointaine. Je ne sais pas ce que je suis venu chercher là, ce que j’attends.

Une mince fente en forme de lunule luit entre mes cils.

Le sourd chuintement de son souffle, est-il l’écho assourdi du brouhaha de la ville, du bourdonnement du temps ?

Tout se brouille en moi, physiquement et mentalement, vacillant, entre vie et absence. En suspens. J’ai l’impression de m’effacer à vos yeux.

Lecture publique du texte lors de la soirée consacrée à la revue de création d’ici là au Centre Château-Landon, vendredi 19 mars 2010.













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Chambre(s) d’Hôtel – Collectif t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e

La photo à l’origine du projet a été prise lors d’une performance en milieu urbain orchestrée par un collectif interdisciplinaire Belge en 2008, t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e, dirigé par un architecte (Pierre Larauza) et une chorégraphe (Emmanuelle Vincent). Cette performance, intitulée Chambre(s) d’Hôtel mettait en scène des personnages/danseurs enfermés dans une chambre aux murs transparents.

En écho, cette pièce sonore autour des différentes versions (anglais, italien, espagnol) de la scène de la cabine dans Paris Texas de Win Wenders.



Ce 25 mars sortira l’ouvrage collectif Echap, fruit du travail des étudiants en Master 2 Édition de l’université Paris IV-Sorbonne.

À l’origine était une photo. Celle d’une femme de guingois derrière une vitre, les mains levées, posées à plat, le regard tourné vers l’extérieur qui invite à penser ce qui se trouve autour, ce qui se trouve devant, derrière, à côté, avant et après. Avec elle tout a commencé. L’idée : penser le hors-champ de cette photographie, imaginer, les yeux fermés, ce que cette femme a pu vivre, voir ou faire. Seule consigne : s’en échapper pour mieux créer.

J’ai participé à ce projet en envoyant le texte que je publie sur Liminaire ainsi qu’une pièce sonore, un ensemble que les étudiants ont choisis de ne pas garder finalement (ce que je peux tout à fait comprendre vue la richesse du sommaire) dans la réalisation du livre qu’ils ont imaginé, puis élaboré et réalisé ; livre qui s’accompagne d’un site, autonome et complémentaire.

SOUVENIR-FANTÔME
Publié le 22 mars 2010
- Dans la rubrique PALIMPSESTE
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