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Oslo, 31 août, un film de Joachim Trier


En citant Georges Perec et son Je me souviens en introduction d’Oslo, 31 août, qu’Arte diffusait il y a quelques jours, l’excellent film du réalisateur norvégien Joachim Trier s’élance dans un entrelacs polyphonique de voix et de souvenirs de la capitale norvégienne. Ce leitmotiv est ensuite repris au milieu du film quand Anders, le personnage central, luttant avec lucidité contre ses pulsions de mort, face à l’impossibilité de concilier ses rêves d’enfant avec une vie qui en vaille la peine à l’âge adulte, se souvient des valeurs apprises de ses parents.

Le réalisateur aime que le cinéma soit aussi une vibration, comme du jazz, une émotion, cela se voit et s’entend dès cette magistrale première scène du film, dans cette histoire de solitude. Comme Damiel dans Les ailes du désir de Wim Wenders, le héros angélique écoute la rumeur du monde tout en s’en sentant irrémédiablement éloigné, tenu à l’écart, avec ce sentiment poignant d’être seul au monde.

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Photogramme du film « Oslo, 31 août » de Joachim Trier

« Je me souviens que le premier bain dans le fjord d’Oslo c’était toujours le 1er mai.

Je me souviens quand on rentrait en voiture le dimanche. On revenait de la campagne. Oslo était déserte.

Les arbres me semblaient immenses ici, comparés à ceux du Nord.

Je me souviens que je me disais : « Ça, je m’en souviendrai. »

Je me souviens de mon père qui fumait dans la cuisine. Il buvait du café en écoutant la radio. NRKP2.

Je me souviens mieux des gens que de la ville d’Oslo.

Quand on s’est installés dans le quartier de Bislett, on s’est soudain sentis très adultes.

Je me souviens des heures passées dans des tramways, des bus et des métros, de marches interminables vers des fêtes très bizarres auxquelles on ne savait jamais si on était invités, dans des rues avec de la bière.

Je me souviens qu’en arrivant à Oslo j’ai éprouvé un incroyable sentiment de liberté, jusqu’à ce que je comprenne que la ville était toute petite.

Je me souviens que ma mère m’a montré la rue où elle habitait, dans le centre. Maintenant il n’y a que des bureaux,

Tous les matchs de foot que j’ai joués. J’ai toujours joué avec les mêmes amis depuis que j’ai 6 ans. On est tous d’Oslo.

Je me souviens de son rire.

L’odeur de ses cheveux après la plage...

Avant chaque match, on était sûrs de gagner. Déception totale !

Je me souviens de la neige.

Je me souviens qu’on fumait tous.

Il disait préférer se sentir plus mélancolique que nostalgique.

Je me souviens qu’on avait énormément de temps.

Je me souviens que le lit ne rentrait pas dans l’appartement...

J’étais triste.

Après le cinéma, je me souviens qu’on est montés voir son appart.

C’était un ami proche...

Maintenant, c’est un parking.

Je ne l’ai jamais revu.

Je me demande ce qu’il est devenu.

Ils ont rasé la tour Philips. »



Plus mélancolique que nostalgique
Publié le 17 juin 2015
- Dans la rubrique PALIMPSESTE
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