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LIMINAIRE
Récit, avec incises et bifurcations


Passé toute la journée à travailler, très peu été sur Internet, hier soir, je découvre étonné cette image et ce tweet de Karl Dubost :

with Google Street View Realtime http://www.la-grange.net/2011/08/08... #tottenham #fiction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Menant un projet autour de Google Street View sur Le Tour du jour en 80 mondes que j’ai évoqué dans cet article (Pourquoi vouloir voir le monde en vrai ?), j’ai été surpris par cette image qui m’a d’abord évoqué le travail mené depuis quelques années par l’artiste Jon Rafman : The Nine Eyes of Google Street View, dont on peut voir également une sélection sur son blog : 9eyes.

Jon Rafman

 

 

 

 

 

 

 

Je poste hier soir l’image de Karl Dubost sur Le Tour du jour en 80 mondes :

Les événements de Tottenham vus avec un Google Street View (fictif en temps réel), par Karl Dubost. Avec un lien vers la BBC.

Je découvre donc les émeutes de Londres par l’intermédiaire de cette image de Karl Dubost qui s’avère être un montage d’une image de Lewis WhyldPA/AP avec une vue extraite de Google Street View :

« Tout cela semble bien fictionnel, écrit-il. La photographie d’un immeuble en flamme éveille le décor grandiose d’un film ! Autant en emporte le vent ? J’ouvre un nouvel onglet et je cherche l’adresse du bâtiment en flamme. Non, tout est calme. Quelques voitures dans la rue, un homme sur le trottoir en face du bâtiment. Ce n’est pas possible. Cette image ne correspond pas à l’histoire que l’on me raconte. Alors je redonne à la fiction sa vraie réalité et je compose une image. Voilà c’est beaucoup plus satisfaisant. »

Totteham en flamme par Lewis WhyldPA/AP

 

 

 

 

 

 

 

La photographie de cet immeuble en flamme éveille en lui le souvenir d’un décor grandiose, celui du film Autant en emporte le vent, de Victor Fleming, réalisé en 1939. Pour ma part, ces images ravivent en moi le souvenir de ma lecture de l’ouvrage de Jacques Roubaud : Le grand incendie de Londres, publié en 1989 aux éditions du Seuil.

« Le rêve était demeuré présent. Après quelques temps (un, deux mois de 1961) était venue la reconnaissance, l’évidence de ce que le rêve impliquait. Les années qui suivirent, le rêve demeurait en moi, immobile. Je ne l’évoquait jamais, mais je l’effleurais souvent par la pensée, vérifiant sa présence, comme une garantie de mes efforts, dans le lieu mystérieux de soi où sont les souvenir (s’il est vrai qu’ils ont un lieu). Cependant, quelque chose s’était non pas perdu, mais atténué : le lien, le nœud, l’enchevêtrement puis enlacement du tout du rêve, de la décision et du projet, avec le roman, cela avait cessé d’être présent, était presque oublié, presque dissous.

Sans doute ce détachement des chaînons dans la chaîne du projet était une conséquence indirecte mais indispensable de la deuxième certitude acquise au réveil du rêve : "je le conserverais intact". Pour cette conservation, puisque le rêve devait faire partie du roman et du Projet (je ne savais pas vraiment comment mais je savais que), puisque ni le roman ni le projet n’étaient vraiment commencés, je devais garder le silence intérieur sur le rêve, un silence conservatoire. »

Jacques Roubaud, Le grand incendie de Londres, éditions du Seuil, 1989, pp 160-161.



Sous cette rubrique, Le Grand Incendie de Londres, sont référencées les études portant sur plusieurs volumes du Grand Incendie de Londres. D’après le projet initial, six « branches » (terme médiéval) doivent être écrites, comprenant un nombre identique de « moments-prose ». En fait, ce vaste ensemble, qui s’étire dans le temps, a fait subir en cours d’écriture de profondes modifications aux plans initialement tracés.

Par hyperonymie, on appelle parfois indifféremment Le Grand Incendie de Londres le volume n°1 et l’ensemble des branches.

« En traçant aujourd’hui sur le papier la première de ces lignes de prose, je suis parfaitement conscient du fait que je porte un coup mortel, définitif, à ce qui conçu au début de ma trentième année comme alternative au silence, a été pendant plus de vingt ans le projet de mon existence. »

Le grand incendie de Londres, auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

Le grand incendie de Londres : C’est le dimanche 2 septembre 1666, vers une heure du matin, qu’un incendie dans l’arrière-boutique d’une boulangerie se déclenche. Ce sera un des plus gigantesques incendies de l’histoire occidentale.

Il y a trente ans cette année, les émeutes de Brixton ont explosé et se sont étendues à d’autres quartiers et villes en Angleterre, jusqu’à Toxteth par exemple, quartier populaire de Liverpool. Il y a 25 ans, dans ce même quartier pauvre de Londres, à Tottenham, la cité de Broadwater Farm s’est aussi embrasée, suite à la mort d’une résidente, Cynthia Jarret. À chaque nouveau soulèvement de ce type, l’histoire semble se répéter, et étant donné que rien ne change, il n’y a pas de raison que cela s’arrête.


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