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LIMINAIRE
L’image interminable n°1


En attendant le métro.

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Métro Gare d’Austerlitz, Ligne 6, Paris 13e

Ce moment où tu vas te retourner, ce sera toi devant moi, tu me souriras, j’oublierai tout ce temps passé loin toi, à t’attendre seul, à la maison ou à traîner dans les rues de Paris, parti à ta recherche, arpentant tous les endroits où nous sommes allés, tous les lieux que nous aimions, et ceux que nous souhaitions connaître ensemble mais que nous n’avons pas eu le temps de visiter, sans chercher à te poser de questions, à comprendre pourquoi tu t’es ainsi absentée si longtemps, sans raison, sans explication, juste le bonheur de te revoir, de te sourire, de te prendre dans mes bras, de sentir le parfum de ton cou, la chaleur de ton corps, et les larmes monter en moi. Toutes les questions sur ta disparition, cela fait des années que je me les pose en tous sens, j’ai pensé que tu étais morte dans l’incendie de ton appartement, j’ai imaginé que tu avais peut-être fui notre bonheur, envisageant tous les scénarios les plus terribles plutôt qu’accepter de vivre sans toi, car tu serais morte.

À la croisée des chemins.

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Rue Eugène Varlin, Paris 10e.

Prétextant un impérieux besoin d’argent, en acceptant de ne pas être déclaré pour finir de convaincre du sérieux de ma demande, j’avais été engagé dans un hôtel de la rue Martel, petite rue calme cachée derrière la Place de la République, pour un projet de reportage photo. Le plus dur en tant que gardien de nuit était d’attendre le client, vérifier que personne n’entre sans raison. J’avais mis du temps à trouver le moyen de photographier les clients à leur insu, tout en leur demandant parallèlement l’autorisation de les prendre en photo avec un appareil que cette fois-ci ils pourraient voir, car je le mettais bien en évidence sur le comptoir, et je tentais de leur faire accepter la photo en leur expliquant ma démarche. La plupart du temps les clients acceptaient un peu surpris de ma demande. Les premiers pas hésitants dans la rue, après ce travail nocturne, la lumière imprévisible du soleil rasant à l’aube, se dégourdir les jambes au moment où mon corps aurait dû se coucher, se reposer.

Sur mes refuges détruits / Sur mes phares écroulés / Sur les murs de mon ennui.

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Cité Martignac, Paris 7e.

Arpenter un quartier dont toutes les façades offrent d’impressionnantes perspectives, de prestigieux ordonnancements. Mais dès qu’on sort des lieux touristiques, des bâtiments historiques, le quartier dévoile enfin son vrai visage de cité dortoir. Personne ne vit dans ce quartier, tous les commerces sont fermés, les rares passants sont des touristes perdus, sortis par mégarde de leur itinéraire. Ici, pas un bruit. Les gens qui y vivent sont rares et passent le week-end dans leurs résidences secondaires. Les ambassades, les ministères, les institutions, les services publiques ouvriront demain, et avec eux les commerces qui vivent de la présence de leurs personnels. Mais le dimanche, personne ne se promène là. Et quand cela arrive tout de même et qu’on entre dans la Cité Martignac, curieux de voir l’arrière d’une prometteuse façade, la surprise de ce qu’on y découvre laisse pantois. Un lieu à l’abandon, aux murs lépreux, aux pavés disjoints, barreaux des fenêtres, au rez-de-chaussée, cadenas désolé. Une impasse.

Dans la maison du Sphinx.

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Jardin de la Maison de Balzac, 47 rue Raynouard, Paris 16e.

Le jardin de la Maison de Balzac n’est pas immense mais il est vraiment charmant, à l’abri des regards. La ville y parait très loin, sur les hauteurs du quartier de la Muette, le pavillon marquant la limite entre les anciens villages de Passy et d’Auteuil. La maisonnette, avec ses volets de bois peints en vert, s’étend sur trois niveaux, à flanc de coteau. Des chaises et des bancs vous invitent à vous asseoir pour prendre le temps de profiter de la quiétude de l’endroit. La statue d’un Sphinx cachée entre les rosiers et les haies nous surprend. Le musée conserve d’ailleurs un tirage photographique d’un Balzac en sphinx. La maison a la particularité de présenter deux aspects différents, de posséder deux entrées, qu’on l’aborde depuis la passante rue Raynouard ou depuis la discrète rue Berton, en contrebas, une ruelle pavée où le temps semble s’être arrêté, ce qui permit à Honoré de Balzac qui y vécut de 1840 à 1847, sous un pseudonyme, de fuir le moment venu de trop pressants créanciers.

Marquer d’une pierre blanche.

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Cimetière de La Villette, rue d’Hautpoul, Paris 19e

Marquer d’une pierre blanche, autrefois c’était un caillou. Le blanc, son éclat, sa lumière. Dans l’antiquité, les jurés disposaient de deux cailloux, un blanc et un noir, le blanc innocentait l’accusé. À la même époque, lors des banquets, un caillou blanc gravé au nom de l’invité faisait office de carton d’invitation. Ici, c’est une pierre brute posée sur le marbre d’une pierre tombale. Pour indiquer qu’il y a là quelque chose d’important à ne pas pas confondre avec le reste : à ne pas oublier. Laisser la place pour inscrire un message, écrire un mot, sans le faire pourtant, remettant cela à plus tard, laisser une trace, une place, pour ce que l’on voudrait dire. Une page blanche. Les cailloux pour retrouver son chemin sont dans toutes les têtes. Tout le monde y pense. Suivre la ligne ainsi composée, selon les points, les pointillés. Sans rien oser écrire dessus, quelques réflexions à voix haute sur la définition d’une vieille expression dont le sens caché commence à se révéler à nous.



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