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LIMINAIRE
Finir par s’échapper


Un jour. Un jour, j’espère très vite. Un jour j’attraperai ta main pour la serrer à nouveau au creux de la mienne. Avec la détermination tenace qui suit l’énigmatique « c’est tout ce que tu trouves à dire ? » hurlé sans trop savoir ce qui déclenche soudain la disproportion d’un tel un cri, qui ne peut que se prolonger par « qu’est-ce que tu attends pour répondre ? » Je m’agripperai à toi, je m’accrocherai, me cramponnant, te happant, je te saisirai pour te retenir comme jamais j’avoue j’en ai ressenti le besoin auparavant, avec cette coupable nécessité de l’enfance et de ses contingences maternelles. D’un coup, oubliant ma ligne de conduite, mes principes dissimulés en vain derrière la façade aveugle d’un constant refus des règles du jeu. Vidé de toute dignité, le courage m’abandonnant au pied du mur, sans force, exsangue et nu. À coup de c’est moi, attends-moi, je reviens, regarde-moi, tu vois je suis là, à tes côtés, avec toi pour toujours. Réduit à voir flotter sur ton visage vieillissant, une esquisse de sourire, frêle esquive, une espèce de triomphe trahissant un mélange d’étouffante compassion maternelle, de connivence feinte, de divination vernaculaire, assortis d’une petite tape bravache sur l’épaule qui ne cherche pas à nous réconforter ou même à nous conforter dans notre décision, mais à en précipiter la chute que ce sourire achève encore une fois, pardonnant à l’avance une faute que nous n’avons pas commise. Ramené au-dessous de toute mesure à la douceur de ta peau nue, la tendresse de ton sommeil, le grain sourd de ta voix. Perdu en cet endroit lointain. Fils prodigue, prodige oubliant tout ce qui a toujours tissé entre nous, depuis le début, le fil discret mais immuable de notre attachement, regrettant cette indépendance déguisée en liberté, cet éloignement que je croyais vainement adoucir dans nos échanges de lettres grouillant de dessins délicats et de figures affables, en m’étourdissant de projets artistiques inédits, de paysages insolites. Je céderai. Sans regret dans l’incessant aller-retour entre espoir et doute, d’un trait s’enroulant sur lui-même, labyrinthe sinueux, et finir par s’échapper, s’effacer l’espace d’un instant, et rêver, et revenir.

Devant l’écran blanc de ce paysage
Publié le 7 novembre 2017
- Dans la rubrique PALIMPSESTE
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