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LIMINAIRE
Festival d’inventions visuelles


La ligne droite est à proscrire. Marcher d’un bon pas, rythme soutenu, être à l’affût de ce qui nous entoure, à l’écoute. Écrire la ville en même temps que nous sommes en train de la lire. C’est une forme d’improvisation urbaine. Le ciel se couvre, nuages gris derrière la cime des arbres.

Inactif depuis de longues minutes mon esprit divague. J’observe sans réfléchir, démobilisé, les infimes mouvements, lents et variables, des nuages dans le ciel, leurs jeux lumineux, formes blanches ou grises, évolutives, qui se déplacent selon la vitesse variable du vent, laissant parfois apparaître de larges pans de ciel bleu. Dans ces formes, leurs volumes, leurs couleurs, le rythme de leurs changements, des figures se profilent, effacées, fugitives, un véritable défilé d’animaux (lapin et ses oreilles, flancs arrondis du cochon, tête de cheval qui hennit, aigle aux ailes déployées tournoyant dans le ciel), et d’anatomie humaine (une épaule, une cuisse, un pied). Festival d’inventions visuelles surtout, se formant et se déformant si vite qu’on a peine à les définir et les nommer, pas le temps suffisant et surtout distrait par tous ces mouvements giratoires. Une autre forme vient voiler la précédente et dans cet effet de juxtaposition de fins tissus, l’apparition du dessin d’un visage.

Je t’ai souvent raconté qu’enfant je passais mon temps allongé dans l’herbe à observer les formes des nuages dans le ciel, rêvant à la distance qui me séparait de mes parents alors que je passais l’été à la campagne. Dans ma candeur enfantine, j’espérais que le plus lointain de ces nuages mes parents pourraient l’apercevoir depuis leur ciel parisien, levant les yeux au ciel pour faire une pause ou par distraction, ils auraient croisé mon regard sans s’en rendre compte, attendris par ce spectacle lumineux, cette épiphanie, ils devineraient que ce je voyais de mon côté nouait entre nous, à distance, un dialogue silencieux, aérien, léger comme un soupir, fugace comme un sourire ou un baiser sur le front. J’aimais les formes évasives des nuages qui épousaient mes pensées au fil de leur périple, et je me laissais transporter par la galerie de portraits qui défilaient ainsi sous mes yeux, croyant innocemment que cet imagier nébuleux était un lien merveilleux qui me rapprochait de mes parents.





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