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Le futur n’est pas ce qu’il était


Une capsule temporelle est une œuvre de sauvegarde collective de biens et d’informations, comme témoignage destiné aux générations futures. Les capsules temporelles sont parfois créées puis enterrées lors de cérémonies, comme l’Exposition universelle ou ensevelies de manière involontaire comme à Pompéi. Le terme « capsule temporelle » est utilisé depuis 1937, mais l’idée est aussi vieille que les premières civilisations humaines.

On se souvient du Voyager Golden Record, un disque contenant des sons et des images sélectionnés pour dresser un portrait de la diversité de la vie et de la culture sur Terre, embarqué à bord des deux sondes spatiales Voyager, lancées en 1977.

Plus récemment, de la Time Tube de Steve Jobs et ses amis qui, en 1983, à l’occasion de la Conférence Internationale du Design à Aspen, avaient décidé d’enterrer une capsule temporelle renfermant des objets savamment sélectionnés par chacun des participants.

Ou bien encore, à l’occasion du passage à l’an 2000, de l’expérience de capsule temporelle dénommée « Grenier du Siècle » a été menée au Lieu Unique à Nantes, où 16 000 objets ont été répertoriés, conditionnés chacun dans une boîte en fer blanc et installés dans un lieu créé à cet effet.

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Le lion trônant sur l’Old State House de Boston

Le sculpteur Robert Shure, chargé de la restauration des statues de lion et de licorne a découvert une étrange boîte qui avait été totalement oubliée dans la tête du lion trônant sur l’Old State House de Boston aux États-Unis.

L’année de la fermeture de la capsule, en 1901, le Boston Globe avait couvert l’histoire, détaillant le contenu de la boîte, mais depuis cette époque, elle était tombée dans l’oubli.

Cette boîte en cuivre de la taille d’une boite à chaussure contient entre autres des photographies, des portraits, des coupures de presse datant de 1886, des lettres cachetées, ainsi que des badges provenant des campagnes présidentielles de William McKinley et Theodore Roosevelt.

La ville de Boston prévoit de la remplacer dans la tête du lion par une nouvelle capsule. Prévue pour le Boston du XXIIe siècle, elle devrait contenir des objets similaires à ceux de 1901.

Toutes les capsules temporelles n’ont pas l’occasion d’être ouvertes. Au moins de 10000 capsules sont encore cachées dans le monde. Toutefois, 9000 d’entre elles ont déjà été perdues, détruites ou volées. Certaines ont même été rendues inaccessibles. En 1889, une capsule en laiton a été placée sur le campus du MIT. Malheureusement, tout le monde a oublié qu’elle était là et ils ont construit l’accélérateur de particules de l’école au-dessus d’elle en 1939. Depuis, l’accélérateur a été désactivé mais la capsule doit rester où elle est, impossible de la récupérer, car il faudrait pour cela déplacer le cyclotron.

La Société Internationale des Capsules Temporelles ne perd pourtant pas espoir de retrouver toutes ces capsules manquantes. Elle espère même mettre la main sur celle contenant 22 millions de signatures américaines commémorant le bicentenaire des États-Unis, dérobée juste avant que le président Ford ne la scelle, le 4 juillet 1976.

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Andy Warhol, Time Capsule n°528

En septembre dernier, un article de la BBC, nous apprenait que l’avant-dernière capsule temporelle d’Andy Warhol, la boîte n°528 avait récemment été ouverte, délivrant ses secrets enfouis au cours d’une cérémonie qui s’est tenue au Warhol, le musée de Pittsburgh.

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Andy Warhol, Time Capsule n°25

Warhol emmagasinait tout ce qui l’entourait : shampooing, médicales contre l’acné, journaux, ongles coupés, pied momifié, cartes postales, courriers personnels, livres, timbres oblitérés, objets en plastique, photos, films Super-8, bandes dessinées, coupures de presse, disques 33 tours, etc. Au fil du temps, sur une idée de l’archiviste Matt Wrbican, il décida de rassembler dans des des boîtes en carton l’ensemble de ces choses/objets venus de la Factory et également de chez lui. Il a ainsi scellées plus de 300 000 objets de son quotidien durant 13 ans de sa vie répartis dans ses Time Capsules. Elles ne permettent pas seulement de dresser aujourd’hui le portrait d’Andy Warhol, mais sont le témoignage du contexte sociopolitique et culturel de cette période.

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Rue Vilin, photographie de Michel Sfez

Dans son projet Les lieux, Georges Perec cherchait à « glacer le temps, figer l’histoire en quelque sorte en instantanées ». [1]

« Il appelait ces enveloppes des « espèces de bombes du temps » qui ne devaient être ouvertes qu’en 1981. Il y aurait à ce moment-là 488 enveloppes, 488 descriptions (12 lieux x 12 ans x 2 textes). Il parlait de la jubilation à les ouvrir quand le moment viendrait. À ce travail, il associait trois objectifs comme autant de mémoires à saisir, trois temporalités potentiellement présentes dans cet ensemble fragmenté et ordonné de descriptions urbaines : le temps capté d’un lieu qui se transforme, l’évolution de ses propres souvenirs sur ce lieu, et l’évolution de son écriture même ». [2]

[1] Extrait de la retranscription écrite de l’entretien de Georges Perec avec Gérard Macé autour de son grand projet de description de quelques lieux parisiens.

[2] L’ordinaire du regard, par Jean-Paul Thibaud et Nicolas Tixier



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