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Rimbaud Remix


L’idée est simple.

Je vous propose de relire le texte de Rimbaud (en texte intégral ci-dessous mais vous pouvez aussi bien mener cette expérience confortablement assis chez vous, avec l’ouvrage que vient de mettre en ligne sur Publie.net), et d’en proposer ensuite votre version remixée.

L’écriture comme lecture. C’est une expérience qui vaut le détour.

Ne relevez dans le texte que je vous propose de survoler que les phrases qui attirent vraiment votre attention, celles qui retiennent votre intérêt, vous surprennent ou vous troublent, notez-les sur une feuille de papier (en cuisine on dirait réservez-les), et à la fin, après 30 minutes de lecture (forcément rapide), mettez en forme ces phrases disparates et fabriquez votre texte (servez chaud).

Dans le même genre d’idée, rendez-vous sur le site de Martin Granger, journaliste et musicien pour faire votre Rimbaud vous-même

Version sonore : un morceau composé en 2004, à partir de témoignages de survivants du Titanic, sur une musique de Gavin Bryars, The Sinking of the Titanic et un texte lu par Denis Lavant, élaboré à partir de fragments de phrases extraites des Illuminations d’Arthur Rimbaud.



Extrait du morceau :



Téléchargement >> [mp3 : 15,9 Mo]

À écouter également : Le château est à vendre, texte de Rimbaud mixé par Pierre Ménard, lu par Denis Lavant.

Il faut être absolument moderne, disait-il dans Une saison en enfer : et si c’était dans ses Illuminations que Rimbaud le devenait définitivement, dans ce texte inépuisable ?

La ville, aperçue, multipliée, les silhouettes, les rêves, les transformations du monde.

Découvrez les deux livres incontournables d’Arthur Rimbaud sur Publie.net, coopérative d’auteurs pour la littérature numérique :

Une saison en enfer et les Illuminations

Illuminations, Arthur Rimbaud

 

 

 

 

 

 

Nuit sans fin des ciels gris de cristal. Cela commença sous le rire des enfants, cela finira par eux. Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays, commence la nouvelle harmonie.

Je vous trouverai. Je vous indiquerais les richesses inouïes. Élan insensé et infini aux splendeurs invisibles, dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.

Je vous trouverai. Je vous étoufferai. Je suis un éphémère et je suis à vos genoux. Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé.

Lève la tête. Arrivée de toujours, qui t’en iras partout. Ta mémoire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion créatrice.

Cela commença sous le rire des enfants, cela finira par eux. Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays.

Rouler aux blessures, par l’air lassant et la mer ; aux supplices, par le silence des eaux et de l’air meurtriers ; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux.

Écume, roule sur le pont et par dessus les bois ; - draps noirs et orgues, - éclair et tonnerre, - montez et roulez ; eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges. Les verts et les rouges du couchant.

Il ne faut même plus songer à cela. Assez vu. La vision s’est rencontré à tous les airs. Les nuées s’amassaient sur la haute mer faîte d’une éternité de chaudes larmes.

Un vert et un bleu très foncés envahissent l’image. On distingue une veste rouge, peut-être d’autres costumes, et des instruments de musique.

Les proues d’acier et d’argent battent l’écume et les ornières immenses du reflux vers les fûts de la jetée, avec les nappes de brumes échelonnées en bandes affreuses au ciel qui se recourbe, se recule et descend, formé de la plus sinistre fumée noire que puisse faire l’Océan en deuil.

Raconter ce qu’elle sait. Mes désespoirs d’été. Rouler aux blessures.

Il parlait aux amis de révélations, d’épreuve terminée. Élan insensé et infini aux splendeurs invisibles, aux délices insensibles.

Il ne faut même plus songer à cela. Raconter ce qu’elle sait. Repos et vertige, plus noble que la fable.

Le temps était couvert. L’eau était morte. Elle recule, elle se dresse. Je suis maitre du silence. D’ailleurs je suis dévoué à un trouble nouveau.

La vision s’est rencontré à tous les airs, et les frissons s’élèvent et grondent. Le sang, les fleurs, le feu, les bijoux. Les calculs de côté, l’inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l’esprit. ;:D’ailleurs il n’y a rien à voir là dedans.

Nous savons donner notre vie toute entière tous les jours cherchant la fortune chimique personnelle : Rumeurs des villes, le soir, et au soleil et toujours.

La musique savante manque à notre désir. Était-ce donc ceci ?

Comment n’auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent ? C’est peut-être sur ces plans que se rencontrent lunes et comètes, mers et fables. Départ dans l’affection et le bruit neufs.

Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s’élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré ; des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes.

Elle riait et tremblait.

Banlieue de Rio, Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela commença sous le rire des enfants, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.

L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

Et les frissons s’élèvent et grondent sur la haute mer faîte d’une éternité de chaudes larmes. La mer s’assombrit parfois avec des éclats mortels. Les verts et les rouges du couchant. Les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent. Les proues d’acier et d’argent.

Un goût de cendres vole dans l’air et fait l’abîme fleurant et bleu là dessous. Puis un balet de mer et de nuit connues, une chimie sans valeur et des mélodies impossibles.

Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.

Les lampes et les tapis de la veillée font le bruit des vagues, la nuit, le long de la coque. Les proues d’acier et d’argent battent l’écume et les ornières immenses du reflux vers les fûts de la jetée sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseau. L’énorme passade du courant à la lumière diluvienne.

Ce sont les conquérants du monde.

Cela finira par eux, puisque tout ici ressemble à ceci.

Lagoasanta près de Belohorizonte au Brésil, Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un goût de cendres vole dans l’air. La mer s’assombrit parfois avec des éclats mortels. Il ne faut même plus songer à cela.

Au réveil il était midi. Le temps était couvert. C’était bien plus triste qu’un deuil. Plus noble que la fable. J’ai embrassé l’aube d’été et fait l’abîme fleurant et bleu là dessous. Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant.

C’est aussi simple qu’une phrase musicale.

2 commentaires
  • Bien après les jours et les saisons 22 novembre 2010 21:01, par brigetoun

    Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.

    ........

    Sur les passerelles de l’abîme et les toits des auberges l’ardeur du ciel pavoise les mâts

    Même des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d’ébène, filant au trot des grandes juments bleues et noires.

    les vieux qu’on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées.

    les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc des glaçons aux astres.

    Du détroit d’Indigo aux mers d’Ossian, sur le sable rose et orange qu’a lavé le ciel vineux, viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal - impossible d’exprimer le jour mat produit par le ciel, immuablement gris, l’éclat impérial des bâtisses, et la neige éternelle du sol.

    ........

    Ô le plus violent Paradis de la grimace enragée !

    Avivant un agréable goût d’encre de Chine, une poudre noire pleut doucement sur ma veillée.

    J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.

    Ah ! songer est indigne,

    La musique savante manque à notre désir.

    ........

    Les nuées s’amassaient sur la haute mer faite d’une éternité de chaudes larmes.

    la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, un Amour désespéré et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.

    Qu’est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang ?

    Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour

  • Bien après les jours et les saisons 28 novembre 2010 19:50, par claude favre

    Je courus aux champs âne claironnant et brandissant mon grief

    la fille à lèvre d’orange la petite morte derrière les rosiers

    plus noble que la fable mexicaine et flamande

    de m’émouvoir au souvenir de l’enfance mendiante

    alimente fort activement mon atroce septicisme

    et le rêve fraîchit en avançant rouler sous l’aboi des dogues

    ornières des enrouements folâtres

    phrases que je suis idiot de relire

    je vous étoufferai

    remis des vieilles fanfares d’héroïsme qui nous

    attaquent encore le coeur et la tête loin

    des anciens assassins est-ce ancienne sauvagerie

    qu’on pardonne le saccage des promenades le sang coula

    les chacals piaulant par les déserts de thym

    j’ai seul la clef de cette parade sauvage

    je ne regrette pas ma vieille part de gaîté divine

    j’attends de devenir un très méchant fou

    filant au trot des grandes juments bleues et noires

    et pas de commissions

    coeur ambre et spunk

    en avant route

    voici venir le temps des assassins

    les belles bêtes existaient encore

    petites étrangères et personnes doucement malheureuses

    aux abattoirs dans les cirques

    mais plus alors

Bien après les jours et les saisons
Publié le 22 novembre 2010
- Dans la rubrique PALIMPSESTE
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