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LIMINAIRE
La ville et l’inventaire de ses fenêtres


Raymond Bozier propose sur Publie.net, sept ans après sa première publication chez Fayard en 2004, une nouvelle version de son texte Fenêtres sur le monde, plus complète, augmentée, révisée.

Comme le dit François Bon dans sa présentation, ce livre de Raymond Bozier est devenu un classique pour les animateurs d’ateliers d’écriture. Sur la démarche de l’auteur et la genèse du livre, voir sur site BNF cette vidéo : Raymond Bozier, Fenêtres sur le monde.

Fenêtres sur le monde, Raymond Bozier, Publie.net, 2011 est un texte que j’utilise très souvent en atelier d’écriture. En amont des ateliers que j’ai mené avec les élèves de 4°8 du Collège Marguerite de Navarre, par exemple, Elise Lamiscarre, leur professeur, les a fait travailler sur le livre de Raymond Bozier.

Fenêtres d’appartement, d’hôtel, de restaurant, de gare, d’ordinateur ou de téléviseur (cette autre fenêtre "qui contient toutes les fenêtres"), pare-brise, fenêtre de son lieu de travail, de la maison le matin quand on ouvre les volets, vitre du métro, du train, quand on regarde filer à vive allure le paysage distrait, autant d’images qui viennent du dehors, qui nous impressionnent. Les fenêtres cadrent un état du monde. Restituer par le biais de phrases concises, impressions détachées, fragment autobiographique, réflexion esthétique ou philosophique, sur des lieux dont le trait commun est leur banalité, le regard que l’on porte sur le monde.

Couverture ouvrage Raymond Bozier « Fenêtres sur le monde » photographie de Pierre Ménard

 

 

 

 

 

 

Un extrait (au format ePub) de l’ouvrage de Raymond Bozier.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un extrait de Fenêtres sur le monde recopié par Anne Savelli sur son blog et l’original :

« Pourquoi les lieux sans qualité viennent-ils toujours à bout des réticences de ceux qui les occupent ? Pourquoi les résidents refusent-ils souvent de reconnaître leur laideur quand les passants occasionnels n’ont aucune peine à l’admettre ? C’est qu’à la longue, les lieux de résidence (contraints ou choisis) et leur environnement finissent toujours par impressionner la conscience de l’habitant, par devenir comme un autre soi-même, des sortes de corps extérieurs dans lesquels on s’est réalisé (ou défait) jour après jour, où l’on a joué son existence. Le frottement à la matérialité des choses, l’usure de la vie et la mémoire du temps révolu constituent quelques unes des raisons qui font qu’on retrouve souvent avec émotion les anciens lieux de ses souffrances ou de ses bonheurs.

Il y a aussi que nous ne nous installons jamais innocemment quelque part. Les lieux nous habitent autant que nous les habitons. Et nous les supportons de la même manière que nous nous accommodons des corps qui envahissent les trottoirs à heures fixes, de la pluie qui tombe, des bruits, des mouvements, des pollutions, du mobilier urbain, des objets divers, des chats, des chiens… et même des rats. Nous nous laissons d’autant plus facilement corrompre que notre vue est porteuse, sans que nous en ayons directement conscience, d’une masse d’informations anciennes, de sensations fugitives, de bonheurs éphémères, de souvenirs… Chaque regard porté sur le paysage intègre la mémoire – les traces – de l’existence passée. Nous voyons bien plus que ce que le présent du réel nous donne, et le poids de cette réalité invisible pèse sur notre conscience comme le désert pèse sur le regard du bédouin, la neige sur celui de l’esquimau… »


 

 

 

 

 

 

 

 

Porte-fenêtre, matin d’été 2001

« On est immobile dans une cuisine, assis sur une chaise, une tasse de thé à portée de main. On a les yeux tournés vers un jardin. Il fait beau. Une voiture passe de l’autre côté du mur. Des martinets déchirent le ciel bleu à grands coups de becs. Assis dans l’herbe, un chat noir aux yeux jaunes semble vous scruter au plus profond.

On est là, en respiration instinctive et lente, attentif aux bruits, au moindre mouvement d’ombre sur le sol, aux chants des oiseaux, le café fumant dans la tasse, les journaux posés sur la table. Et on aimerait rester ainsi, éternellement pris dans le calcaire du temps. »


Mes propres fenêtres, on peut les trouver sur Liminaire, ou chez Anne Savelli qui, sur son site Fenêtres Open/space, est à la recherche de photographies de fenêtres du monde entier.

Akihabara, le quartier de Tokyo dédié à l'électronique

 

 

 

 

 

 

 

 

Et dans ce texte que j’avais écrit lors d’un atelier d’écriture sur le livre de Raymond Bozier :

Fenêtres d’appartement, d’hôtel, de restaurant, de gare, d’ordinateur ou de téléviseur (cette autre fenêtre qui contient toutes les fenêtres), pare-brise, fenêtre de son lieu de travail, de la maison le matin quand on ouvre les volets, vitre du métro, du train, quand on regarde filer à vive allure le paysage distrait, autant d’images qui viennent du dehors, qui nous impressionnent. Les fenêtres cadrent un état du monde. Restituer par le biais de phrases concises, impressions détachées, fragment autobiographique, réflexion esthétique ou philosophique, sur des lieux dont le trait commun est leur banalité, le regard que l’on porte sur le monde.

C’est un été, il fait chaud. On parle de canicule. C’est un appartement fenêtres ouvertes sur rue passante. Face à l’immeuble une série d’hôtels, l’été patchworks de lumières, de bruits et de couleurs variées. La chaleur empêche de dormir. On laisse la fenêtre ouverte volets mi-clos. Il se passe toujours quelque chose dehors, dans la rue. On se lève, un coup d’œil rapide avant de se recoucher. Fragments de vies dont on ne sait rien, qu’on devine à un geste, une parole. On est un peu comme à la télé. Dans l’attente que rien n’arrive. Juste passer le temps sans le sentir passer.

Je passe mes nuits derrière la fenêtre à l’attendre. J’inspecte ce qui se passe à l’extérieur. Passants dans la rue. On s’embrasse avant de se quitter. On se dispute. On titube saoul au milieu de la chaussée. On chante à tue-tête. j’inspecte tout. Je l’attends, en fait oui et non. Elle n’est plus à la maison depuis deux jours. A l’hôpital. L’appartement est vide. Pas de vie à l’intérieur, désert. Je me tourne vers dehors. Ma femme attend un enfant et moi j’attends ma femme. C’est un peu ça quelque part.

Tous les jours depuis des années c’est la même chose. Le même paysage qui défile sous mes yeux. Le train file à vive allure. Direct Paris-Melun. Bribes d’immeubles, fenêtres portes façades, de rues, images fugitives de décors urbains suivis de peu par les champs à perte de vue. Immeuble qu’on construit, friches industrielles qu’on abat. Un détail retient parfois mon attention. Je me souviens de ce qu’il y avait là, à cet endroit, à la place du chantier qui s’est installé. J’ai assisté à sa lente destruction, les herbes qui envahissent la cours peu à peu, les vitres cassées, les visiteurs délogés, leurs traces seules qui restent, graffitis dont les couleurs s’effacent. Et puis l’abandon total des années durant. Une parenthèse.

Akihabara, le quartier de Tokyo dédié à l'électronique

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme je l’écrivais en revenant du Japon dans L’ampleur de la catastrophe, mon texte sur répliques au séisme du 11 mars 2011 sur la côte Pacifique du Japon, nous allons lancer à la rentrée Anne Savelli, Raymond Bozier et moi, un projet éditorial sur les fenêtres avec Publie.net. Et c’est une grande fierté de voir cette photographie prise avec mon iPhone depuis Akihabara, le quartier de Tokyo dédié à l’électronique, un jour de pluie en mars dernier, avait retenu l’attention de Raymond Bozier sur Facebook, qui l’a choisi comme couverture de son ouvrage diffusé ce dimanche 8 mai 2011, sur Publie.net.

Akihabara, le quartier de Tokyo dédié à l'électronique

 

 

 

 

 

 

 

 

Fenêtres sur le monde, de Raymond Bozier
Publié le 8 mai 2011
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