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Lectures versatiles

Ce projet s’inspire d’un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l’écrivain américain évoque ses souvenirs à partir d’une formule récurrente lui servant de leitmotiv et dont s’inspirera ultérieurement Perec en publiant Je me souviens.

« Je me souviens d’avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j’emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m’en être vite lassé. »

« I remember planning to tear page 48 out of every book I read from the Boston Public Library, but soon losing interest. »

Le principe de ce podcast est simple, il s’agit d’une série de lectures de différents livres, mais une seule page, toujours la même, la page 48, comme autant de pages arrachées à ses livres de chevet, ses ouvrages de référence et d’autant de pages originales...

J’ai commencé en janvier 2005 le podcast de lectures versatiles Page 48 en proposant aux internautes une sélection de pages provenant d’ouvrages que j’affectionnais tout particulièrement, peu d’entre elles ont été lues mais depuis cette époque c’est tout de même près de 300 lectures qui ont été mises en lignes, tout d’abord sur la plateforme Blogger.

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Présentation de Page 48 sur le site Musanostra

 [1]
L’auteur du blog My Dad is a Librarian, dont je vous conseille vivement la lecture au passage, a interviewé certains participants parmi les derniers lecteurs de Page 48 et leur a demandé la raison de leur participation au site. La variété de leurs réponses, que je vous laisse découvrir sur le blog, reflète assez bien la richesse du site.

Très intéressant également son enquête sur le sens de cette page 48 : « Renseignement pris, la page 48 n’est même pas celle choisie par la Bibliothèque publique de Boston pour estampiller ses ouvrages. Dommage, il aurait été plaisant d’imaginer Joe Brainard en Don Quichotte de la cause livresque, pourfendant le marquage des livres comme celui du bétail ou des condamnés dans l’Antiquité romaine. « Cette hypothèse était tout à fait plausible, précise Catherine Willis, bibliothécaire à la Boston Public Library, mais ce n’est pas le cas. Pour autant, je ne vois malheureusement aucune raison particulière qui a pu pousser Joe Brainard à choisir cette page. Je crois que Joe s’intéressait aux hasards, c’est peut-être une autre démonstration de son imprévisibilité. » Et de son acuité à transcender l’ordinaire ! »

Pour en savoir plus, écoutez l’entretien réalisé pour le blog My dad is a Librarian :




Pour chaque lecture de page 48 mise en ligne, j’ajoute une vignette de la page en question et j’écris un court texte, un poème liminaire, à partir de 48 mots de la page lue. Un premier ensemble de ces textes a été diffusé sur Publie.net : en avant marge. Ce que nous jouons dans et par l’ordinateur, c’est l’héritage et l’engagement présent de ce que nous devons à cette bibliothèque. »

Extraits du texte :

Une fiction

Le texte est une fiction au service du sens. Par un supplément de simulacre et de fermeture qui semble s’engager avec la transformation du dehors. Une autre mise en place. Par exemple le jeu, le travail de cette feinte. Il n’y a rien hors du texte.

Au bout du monde

La chaleur et l’odeur aussi. Encore la chaleur, au bout du monde, dans ce fouillis, au milieu des mauvaises herbes, une vie à part. Si nous avions marché, une profusion de relations, de liens et autres détails. Combien de significations, des combinaisons infinies. Rentrer oui. Assez oui.

Le bruit derrière la vitre

Le bruit derrière la vitre qui en général les dissuade, c’est d’ici chaque fois, au-dessus de votre tête. Quand on s’en va, fermeture automatique. Le coup de sifflet, par quoi on sait. Cela doit être gris ce qu’on voit côté voie, formes découpées.

Un mauvais piano

Il fait sombre, les vitres sales. Un air banal, à tâtons sur un mauvais piano. Un âpre bruit de fond dans le silence. L’éclat d’un coup de griffe protégé par la fenêtre faiblement éclairée. Les nuages rouges. La nuit, l’air humide. On est bien ici.

Ces solitudes

Dépêcher, réviser, rentrer encore, être ici et là. Lire, ramasser, rassembler, faire son travail. Rabotage du récit à vider. Préparer, conduire. Harassante fatigue, quelques problèmes, une sorte de désespoir. Ne plus rien faire par ces solitudes, goûter un peu, beaucoup à reprendre. Résultats escomptés, tenir et me coucher.

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048, par Stéphane Massa-Bidal

Pour suivre régulièrement Page 48, abonnez-vous au podcast sur iTunes.


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