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LIMINAIRE

Qu’est-ce qu’un blog littéraire ? A l’occasion du Salon du Livre, inauguré jeudi, neuf écrivains répondent au Contre-journal, et font partager leur expérience de producteurs et lecteurs de blogs littéraires. La fonction intime, originelle de l’outil, a été détournée au profit du développement d’espaces rhizomatiques, indociles. Face B ou façon de renier la notion d’oeuvre, le blog est peut-être en passe de devenir un genre littéraire.

[Gueuloir : Flaubert utilisait le mot « gueuloir » pour désigner le bureau où il clamait ses phrases pour en éprouver le style - Dictionnaire de la langue française)]

Réalisé par Laure Limongi.

« C’est une Zone d’Activités Poétiques »

Pierre Ménard. « On pense d’abord aux blogs d’écrivains bien sûr, et puis ceux des éditeurs (encore très rares), ceux des bibliothécaires, des libraires, les blogs des revues et ceux (très nombreux) des lecteurs en tous genres. Je propose d’appeler ici douceur l’ensemble des puissances d’une existence libre. Cependant, dans ce combat très particulier que nous livrons, tous les moyens ne sont pas bons. Ses décrochages, ses pièges et ses alliances. Dans ton combat contre le monde, seconde le monde.

La souplesse de l’outil permet d’écrire très facilement un texte et de le mettre en ligne. Pour un écrivain de montrer par exemple l’évolution de son travail, mettre en avant un projet en cours, publier des inédits, faire des rencontres, des recherches, échanger autour de productions artistiques. Diffuser son travail et tout ce qui est dans la marge de ce travail. Le travail de lectures, le travail du son, de la musique, de l’image, photographie et vidéo par exemple. Réflexion et journal de bord. Mais c’est aussi une forme d’édition en ligne.

Le blog est souvent considéré à tort comme un journal intime sur internet. En fait il y a bien une forme d’intimité qui s’y installe entre l’auteur et le lecteur. Mais la forme a radicalement changé.

On entre dans le présent, c’est un état, il nous entraîne là où nous ne devions pas aller. Les choses qui sont en dehors du souvenir détruisent le souvenir. Proche de la pulsion, c’est vrai, sans doute la forme la plus proche du nerf, du mouvement, de l’humeur, il peut donc rendre compte avec vivacité des motifs d’imitation, d’agacement, voire d’exaspération.

Un bloc-notes, c’est ainsi que j’ai nommé mon espace de travail sur internet. Comme on peut avoir un carnet de notes qu’on porte sur soi et dans lequel on écrit ce qui nous passe par la tête, une idée, une phrase, entendues dans la rue, une ligne d’un roman qu’on note à la volée, pour ne pas l’oublier, un mot ou une expression qu’on veut retenir, une image qu’on ne veut surtout pas perdre. Un endroit de création où l’on retourne sans cesse pour travailler.

Une écriture du présent, et ce qui est présent à la mémoire ou aux sensations à un instant donné, celui qu’on écrit, c’est une totalité où tout vient à égalité, un tableau d’égale simultanéité et proximité. Toucher aussitôt à ce prodigieux ensemble, ce prodigieux réseau de rapports établis.

Un espace d’expérimentation, d’exploration, un laboratoire de tentatives d’écriture surprenantes, qui ne sauraient rentrer dans le cadre de l’édition classique. Prendre le risque d’explorer ce que l’on ne sait pas penser. La seule grande différence avec le carnet personnel que possède tout écrivain, c’est que celui-là est disponible en temps réel à tous les lecteurs qui le souhaitent. Il se donne à lire au moment même où il est écrit en ligne. La plupart du temps cependant c’est plutôt un journal de création ou de réflexion en ligne. Pour certains une manière d’anthologie ou matière à rêves.

C’est comme si nous étions un immense texte : il y a à lire pour chacun partout. Nous produisons des signes, du texte, et notre tâche, c’est d’interpréter. D’autres fonds à explorer. Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien.

Évoquer mon travail poétique sans évoquer ses spécificités numériques et donc parler de blogs bien sûr, mais aussi de wikis, de podcasts ou audioblogs, de photoblogs, d’aggrégateurs de flux RSS, n’a ni sens, ni grand intérêt. Marelle, par exemple, est basée sur le concept et la technologie wiki, une forme hybride de communication et de contenus en ligne, à la croisée des forums de discussion, des blogs et des sites internet traditionnels. C’est une Zone d’Activités Poétiques qui existe depuis janvier 2004 et qui a l’intention de relever le défi d’une création sur internet, en y proposant un atelier d’écriture. Pas question d’y apprendre à écrire. C’est plutôt un lieu de création et d’expérimentation ouvert à tous. Une zone de création poétique à diffusion permanente.

Marelle permet à tout un chacun de travailler sur le thème qu’il souhaite, de générer une page directement, voire de modifier un commentaire ou un texte préalablement écrit par un autre auteur. Ce principe où chaque visiteur peut se transformer, d’un simple clic, en un auteur actif, pose bien évidemment la question de la qualité et du respect de la production d’autrui. »

Pierre Ménard est poète et bibliothécaire. Il anime depuis 2004 la Zone d’Activités Poétiques Marelle ainsi que deux podcasts audios (Radio Marelle) et Page 48 : Lectures versatiles. Il tient également au quotidien un bloc-notes poétique sur internet, cf. LIMINAIRE.

Le blog, notre gueuloir électronique
Publié le 10 mars 2008
- Dans la rubrique LIMINAIRE
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