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Un jour, une œuvre


Le Centre Pompidou propose une opération exceptionnelle intitulée « Un jour, une oeuvre ». Pendant une journée, l’œuvre de Claude Viallat, « Fenêtre à Tahiti » (Hommage à Matisse), issue des collections du Musée National d’Art Moderne est présentée d’une manière ouverte à tous, au Centre des arts d’Enghien-les-Bains.

« Fenêtre à Tahiti »


Jeudi 17 novembre

11h>19h

1 jour 1 œuvre

Claude Viallat au Centre des Arts d'Enghien

 

 

 

 

 

 

 

 

Toute cette journée sera l’occasion de temps forts permettant de mettre en regard le monde de la peinture avec ceux du livre, de la musique et de la danse, mais aussi de mettre en place des rencontres avec Claude Villat présent au Centre des arts mais aussi un conférencier ainsi que des dispositifs permettant de mieux comprendre le travail et l’œuvre de l’artiste.

J’anime à cette occasion un atelier d’écriture à l’invitation du Centre des arts et de la Médiathèque George Sand d’Enghien-les-bains :

Première séance d’écriture de 11h30 à 13h.

Reprise de l’écriture à 14h30.

Claude Viallat présente son œuvre Fenêtre à Tahiti.

Seconde séance d’écriture de 14h30 à 16h30.

Restitution publique par une lecture polyphonique des textes écrits par les participants à 16h30.

Cet atelier a eu lieu le 17 novembre 2011 au Centre des Arts, 12-16 rue de la Libération à Enghien-les-Bains. Voici quelques images de l’atelier :

Atelier d'écriture au Centre des Arts d'Enghien Atelier d'écriture au Centre des Arts d'Enghien Atelier d'écriture au Centre des Arts d'Enghien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enregistrement public de la lecture polyphonique



Texte de Stéphanie Guy, une des participantes de l’atelier :

Premier texte :

Endormie à moitié, somnolente dans le brouhaha brumeux des gouttes de pluie sur le toit, je tourne lentement la tête vers la lueur grise de la fenêtre.

De l’ambiance confinée de la classe, respirations tièdes, calmes, silence interrompu par de petits bruits anodins, je suis happée par l’Ailleurs…là dehors… Chênes frémissants dans le vent, doux balancement arythmique des feuilles mélodieuses, parfums d’automne naissant, ciel délavé, transpercé de touches luminescentes, entouré d’un voile cotonneux, battu par la tempête.

Bercée toujours par la voix atone de la maîtresse, la main occupée par l’écriture d’une dictée insipide, je me sens partie intégrante de cette classe d’enfants. Chacun d’entre eux, à sa manière, lié à mon chemin, brûlant d’une amitié touchante, imprégné d’un parfum de moquerie naïve, vibrant d’indifférence, empli de silences forts…qui es-tu ?

Entourée donc par ces visages connus, admirés, détestés, ma main traçant le contour malhabile des lettres imposées.

Et puis, je suis aussi Autre.

Mon être intérieur, puissant gardien des secrets de mon imaginaire déploie ses ailes et, comme immobile dans la volute d’un souffle exhalé, s’élève sans un mouvement vers la fenêtre.

Fenêtre comme une porte sur la vie, comme l’accès interdit à mon cri intérieur. Là dehors, l’inconnu, mon avenir. Ces teintes ambrées de fin de printemps révèlent la palette incandescente de ma perception d’enfant sur le monde. Ce que mes camarades colorieront en vert dans leurs cahiers tout à l’heure, brillera à mes yeux telle l’union d’ocres lumineux, de bleu tristesse, d’une pointe de rouge vibrant.

Fenêtre… frontière entre les autres et moi.

Où commence la fenêtre, je jaillis.

Ces vitres fines, obstacles infimes entre l’intérieur et le dehors, comme une prolongation de mon être en construction…

Ces carreaux, filtres implacables sur l’extérieur, prennent soudain la forme de mon enfance.

Vitre banale, comme toutes les autres, éclairant les maisons, les écoles, de sa douce indulgence, et puis, si l’on regarde bien, tableaux changeants, expressifs, sensibles sur le fragment d’espace dehors…

La fenêtre me sauve de l’ennui d’un jour pareil à un autre, monotonie au goût de cendre dans ma bouche de petite-fille. La fenêtre est là pour me sussurer à l’oreille la beauté des champs, des villes, des lumières, des gens tout autour. Espoir minuscule, grain de lumière dans les recoins sombres de mes doutes.

Deuxième texte :

Derrière la fenêtre, la nuit.

Les arbres grimaçants, porte végétale effrayante sur le sous-bois autour de ma chambre.

Ne pas laisser entrer les esprits errants dans mon univers. Je dois fermer les volets.

Hypnotisée par l’éclat noir des vitres, je me souviens, pour me donner du courage, qu’elles se laissent aussi transpercer de rayons lumineux les jours de soleil.

Les volets, murailles salvatrices de mes peurs, remparts fragiles et vaillants contre les angoisses sourdes des heures noires.

Le cœur grondant, j’ouvre la fenêtre pour tirer à moi les boucliers magiques… Les démons, diablotins, fantômes, s’approchent aussitôt des éclats de lumière irradiant de la chambre…

Je sens leurs griffes racler la terre sous ma fenêtre, leur souffle lent, haleine brûlante, regards perçants…ils attendent que je sombre complètement dans la terreur pour s’inviter dans mon lit…

Alors, presque vaincue, quasi morte, repliée au fond de mon corps, prostrée, je plonge les mains dans l’épaisseur inconnue du soir, tremblante.

Je sens avec horreur les voiles empesés et maléfiques des monstres effleurer ma peau.

Et, dans une pulsion de vie, copeau insoupçonné de courage dans cet univers glacial, je ramène violemment les planches de bois peintes vers moi, je clos la fenêtre.

Je respire à nouveau…je suis maintenant protégée pour la nuit.


Proposition d’écrire :

Contempler ce que l’on voit depuis sa fenêtre et décrire le plus précisément possible le spectacle que l’on y observe. Ce qui se passe dehors même s’il ne se passe rien. Se retourner ensuite et décrire son intérieur. Ce que l’on voit chez soi, ou ce que l’on pense. Ce à quoi l’on rêve, ce qui nous tient à cœur. Composer son texte en passant d’un univers à l’autre à plusieurs reprises.

Smoky , Lambert Schlechter, collection « Lettres du Cabardès », Le Temps qu’il fait, 2003.

« De la fenêtre un homme regarde le monde. C’est toujours comme ça que cela commence. Par cette attente interminable. Un homme assis, et qui regarde. Depuis des années, des siècles peut-être. Avant même la fenêtre et le corps immobile. Il est comme un pur regarder qui chaque fois s’incarnerait dans la singularité de chaque nouveau regard. Mais, en même temps, ce qu’il voit ne l’atteint pas. C’est comme si les aubes et les crépuscules, les saisons lentes ou rapides, la nature les choses et les hommes glissaient sur la vitre, l’abandonnaient à son immobile solitude. Alors, quittant le fascinant spectacle, ses yeux reviennent à la page où ses mains tracent de temps à autre quelques lignes incertaines. A ce moment il lui semble percevoir comme un accord soudain : celui de sa fragile durée humaine et de l’instant absolu du monde. Avec, dès que ses yeux se lèvent à nouveau, retrouvant la vision perdue, le sentiment d’un irrémédiable écart — d’une infime blessure. Un sentiment d’y être et de n’y être pas. Serait-ce cela la beauté ? se demande-t-il. Et écrire, ce désir à chaque fois de réparer l’imperceptible accroc ? De recueillir dans un léger tissage des paroles ces figures éparses du devenir et les rendre un instant solidaires. De telle sorte que recouvert, effacé par l’afflux de mots, le monde finirait par venir y renaître, surgissant de ce mouvement même qui d’abord l’a annulé et qui, maintenant, lui offre cette vivacité dont jusque là il paraissait privé. Oui, écrire ce serait d’abord cela : s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté, répétant comme une prière muette cette phrase si simple de Beckett : “Je regarde passer le temps et c’est si beau” »

Jacques Ancet, Lumière des jours

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fenêtre à Tahiti, 1935-1936

22,5 x 17,2cm

Musée Matisse, Nice

© Succession Henri Matisse

« Chaque générations d’artistes voit différemment la production de la génération précédente. Les tableaux des Impressionnistes, construits avec des couleurs pures, ont fait voir à la génération suivante que ces couleurs, si elles peuvent servir à la description des choses ou des phénomènes de la nature, ont en elles-mêmes, indépendamment des objets qu’elles servent à exprimer, une action importante sur le sentiment de celui qui les regarde »

Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art.

Depuis ses débuts en peinture, Claude Viallat n’a cessé de rendre hommage à Matisse, de reconnaître son influence et, plus encore, de la revendiquer. Ce qui est commun à Viallat et à Matisse, c’est la pratique d’une peinture passant fondamentalement et essentiellement par la couleur - pas par l’image mais par l’harmonie colorée, par une harmonie sonore et dissonante, à la fois bruyante et dominée, intense et contenue.

Claude Viallat Fenêtre à Tahiti, 1976 Peinture acrylique et colorants sur store 207x170 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Viallat

Fenêtre à Tahiti, 1976

Peinture acrylique et colorants sur store

207x170 cm

L’œuvre de Claude Viallat est significative à beaucoup de ces égards. C’est pourquoi elle apporte, comme la peinture de Matisse, cette jubilation colorée d’où naît un plaisir élémentaire et raffiné à la fois, caractéristique de l’art.

Viallat a fait partie du groupe support / surface qui opposait l’art à la création artistique en utilisant un motif unique répété qui déconstruit le tableau et peut s’étendre à l’infini.

« Le travail de Viallat est une mise en lumière permanente de celui de Matisse, explique le commissaire de l’exposition. Il n’en est jamais la continuité mais une source d’ouverture et de multiplication de son regard. Il s’inscrit ainsi dans l’esprit de Matisse, qui disait avoir peint le même tableau toute sa vie. »

2 commentaires
  • Votre blog 1er décembre 2011 14:14, par Laure

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Fenêtre à Tahiti (Hommage à Matisse) de Claude Viallat
Publié le 2 novembre 2011
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