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LIMINAIRE
Résidence d’une semaine pour un atelier d’écriture numérique au Collège d’Arthez-de-Béarn


J’ai été invité par l’association Accès(s) de Pau à intervenir pendant toute la semaine, du 15 au 19 avril au Collège Corisande d’Andoins d’Arthez-en-Béarn pour un atelier d’écriture numérique.

Le cœur de l’action d’Accès(s) est d’une part de favoriser la création artistique, d’autre part d’aménager des temps et des espaces de rencontre entre les créateurs et un public. Ils ont ainsi souhaité donner à ce projet d’intervention scolaire une dimension plus large ; l’enrichir d’un travail plus personnel de création que nous donnerons à voir et à entendre dans le cadre d’un de leurs évènements, Les Chemins électroniques, un évènement porté par l’association depuis 6 ans et qui se déroule chaque année en juin sur les côteaux du Jurançon, où j’interviendrai le week-end du 15 et 16 juin 2013, pour présenter une première version de mon projet Les Lignes de désir, avec diffusion sonore et performance/lecture.

Le but de cet atelier d’écriture numérique est de sensibiliser les élèves à la création numérique et de les amener progressivement à la réflexion sur les usages des réseaux sociaux, et à l’identité numérique, à travers le thème de l’autobiographie, ainsi qu’à travers la création d’une œuvre collective dans sa dimension numérique. Pour cela, ils découvriront un ensemble d’outils leur permettant de réutiliser des textes, des images, des sons et des vidéos qu’ils apprendront à détourner de leur utilisation première afin de créer l’identité numérique d’un personnage de fiction (un avatar).

The Things that connect us / Les choses qui nous relient : Facebook

 

 

 

 

 

 

 

Descriptif de l’atelier :

Atelier autour de l’autobiographie (mais fictive), afin de questionner les usages sociaux des sites de réseaux sociaux (et les pratiques de mise en visibilité de soi sur Internet) et notamment les formes d’exposition de soi produite sur Facebook, les manifestations du soi qui se jouent avec plus ou moins d’évidence des frontières de la pudeur, de l’intime, du privé et du public à des fins de reconnaissance et de construction positive de son identité.

Créer de toute pièce avec les élèves la vie d’un avatar, à partir d’éléments biographiques entièrement dénichés sur Internet (textes bien sûr mais également photos, vidéos, enregistrements sonores, le tout transformés, remixés).

The Things that connect us / Les choses qui nous relient : Facebook

 

 

 

 

 

 

Depuis une décennie, le régime industriel de la culture en place depuis le début du 20e siècle a été durablement déstabilisé par une innovation technique qui ne lui appartient pas et qui a donné lieu à une mutation sociale irréversible. La possibilité de mise à disposition par les internautes eux-mêmes de fichiers musicaux ou vidéo a donc marqué, au début du 21e siècle, le passage d’une « culture comme bien » à la « culture comme lien ». Il s’agit d’une culture de l’échange suivant deux sens du terme.

« Si l’on poursuit les propositions théoriques de la « culture du soi » dans un contexte d’individualisation réflexive, on peut considérer qu’à travers les blogs, les sites de réseaux sociaux, les photos prises sur mobile, les sms, les jeux en tout genre, les forums de discussion etc., il s’agit pour l’individu contemporain d’expérimenter et d’explorer des réponses plurielles à la question « Qui suis-je ? » à un moment où les réponses « toutes faites » ne sont plus disponibles. En s’exprimant sur Internet via les forums, les blogs, les médias sociaux tout en créant de petits objets expressifs multimédias comme des vidéos, des photos, des playlists, les individus ont la possibilité d’explorer en stylisant celle ou celui qu’il pense ou voudrait être, de l’exposer et en retour d’espérer des formes de validation intersubjective et de reconnaissance par autrui du caractère authentique de ce bricolage « esthético-identitaire » que représente un profil sur Facebook, un billet de blog, qui peuvent être retouchés, effacés, démultipliés. »

La procédure du « copier-coller » : une procédure matricielle par laquelle se trouve prélevée un ensemble de données en ballade sur le réseau, une procédure, qui renvoie à un premier geste d’appropriation de contenu à des fins expressives. Les jeunes s’approprient les médias et des éléments d’autres sites pour créer leurs propres profils.

Henry Jenkins, dans son ouvrage Convergence Culture, a également argumenté de façon judicieuse sur le soi-disant néo-formatage des contenus expressifs des jeunes :

« Beaucoup d’adultes s’inquiètent du fait que les enfants copient les contenus préexistants des anciens médias plutôt que de créer des travaux originaux. Mais de plus en plus de spécialistes de l’éducation reconnaissent que redécouvrir, réciter et s’approprier des histoires préexistantes est une dimension décisive du processus par lequel les enfants développent leurs compétences culturelles. Les parents devraient considérer ces appropriations comme une sorte d’apprentissage. »

Les plus jeunes apprennent donc par remixage. Et ils apprennent plus au sujet des formes d’expression qu’ils remixent qu’en s’exprimant sans médiation.

Laurence Allard, maîtresse de conférences, Sciences de la Communication, Université Lille 3, Lab-Agence Politechnicart.

Les écrans, les réseaux et les flux sont partout. Ils donnent naissance à des moments que Donna Haraway (auteure d’essais sur la biologie et les nouvelles technologie) appellerait un « ailleurs ». Dès lors, comment aborder Facebook comme un médium de création artistique à part entière ?

The Things that connect us / Les choses qui nous relient : Facebook

 

 

 

 

 

 

Déroulement de l’activité :

1. Présentation de Facebook et de l’activité 2. S’accorder sur un scénario commun, création d’un avatar 3. Recherches sur Internet : collecte d’un ensemble complet d’informations sur le personnage à partir de plusieurs supports (textes, images, vidéos, sons)

Google Images

Wikipédia

YouTube, Dailymotion

Google Street View

4. Écrire avec les mots des autres : qu’est-ce que ça veut dire ? La culture du remix :

Travail sur les documents collectés pour se les approprier.

Logiciels utilisés :

Photoshop Express Editor : Pour retravailler ses images, les manipuler et y inscrire un texte (ici les principaux traits de caractères des personnages choisis par les élèves)

Pictosaic : créer ses photo-mosaïques sans logiciel à installer, en direct à partir de banques d’images ou d’albums photos. Permet de produire une image à partir d’autres images que l’on découvre en zoomant dans l’image.

Face your manga : pour réaliser d’après modèle le portrait de son personnage.

Face of the Future (développé par l’Université de Saint-Andrews) : Créer l’avatar d’un personnage en mélangeant deux personnages

Intervention sur Facebook pour composer le profil de l’avatar.

La notion de centon :

Un centon est une œuvre littéraire constituée d’éléments repris à une ou plusieurs autres, et réarrangés de manière à former un texte différent. Le terme est d’origine latine (cento) et désigne à l’origine une pièce d’étoffe faite de morceaux rapiécés.

Le genre a été très pratiqué durant l’Antiquité tardive, au Moyen Âge et au XVIIe siècle. Les œuvres d’Homère et de Virgile ont été les plus fréquemment utilisées. Le Centon nuptial d’Ausone est ainsi constitué de vers des Bucoliques, de l’Énéide et des Géorgiques.

La notion de mashup :

Le mashup en matière de musique ou mash-up (pot-pourri) est un genre musical hybride puisqu’il consiste en l’association, dans un même morceau, de deux ou plusieurs titres existants, généralement les parties vocales d’un morceau sur la musique d’un autre. Le mashup, en video, consiste à mélanger des images et des sons. Un mashup (littéralement purée) est un mélange d’images et de sons numériques, un peu dans la tradition du sample

Exemples de mashup des ateliers de Melun : Quantique Lips, Sad People, Ritournelle Respect, Another Beach Party in December.



À l’issue de l’atelier, le journaliste Laurent Toral a assisté à la restitution des Pages Facebook créées avec les deux classes de 3e du Collège, il a écrit cet article et pris ces photographies sans que je m’en rende compte.

« Basée sur le détournement artistique, cette création originale a pu amener les élèves à se questionner sur l’utilisation des réseaux sociaux, l’identité numérique et les formes d’expression de soi produites sur Internet : la réflexion, menée de manière ludique, a ainsi permis de s’interroger sur les frontières de la pudeur, de l’intime, du privé et du public et de réfléchir à la construction positive de son identité.

Vendredi 19 avril a donc eu lieu, en salle de technologie, le bilan de cette animation pédagogique originale. Les élèves ont avoué leur satisfaction et présenté les avatars réalisés sur facebook : Walter Bloones et Matt Drank, personnages aux identités multiples synthétisées à partir des portraits chinois de personnages réels ou fictifs tels Bob Marley, Balou, Coluche, Henri IV, Zlatan Ibrahimovic, David Beckham, Anne Franck, Blanche-Neige ou encore Charlie Chaplin. »

Photographie des élèves du Collèfe d'Arthez-de-Béarn par le journaliste Laurent Toral

 

 

 

 

 

 

 

 

Bilan :

Ce travail collectif sur l’identité de personnages inventés à partir de personnages aux caractères variés, que nous avons tenté de créer à partir de documents trouvés sur Internet qu’il a fallu sélectionner, choisir, retravailler, manipuler, transformer ensemble, a été très intéressant. Les élèves ont joué le jeu dans l’ensemble, même si nous aurions pu aller plus loin dans la création de nos avatars, avec plus de temps, en allant plus loin notamment dans leur description, dans l’évocation de leur vie, leur cadre de vie, et pas justement leur personnalité déterminée à partir d’un portrait-chinois un peu sommaire.

La plupart des élèves avaient déjà un profil Facebook, certains même une Page, mais ils ont tout de même découverts certaines fonctionnalités, perfectionnés certaines pratiques (notamment sur la sécurisation de leur compte). Mais dès que nous avons commencé à mettre en ligne les informations que nous avions collectés sur les personnages, le collectif s’est tout à coup emballé, il fallait aimer le personnage que allions créer, avant même qu’il existe. Et tous les élèves de se précipiter à "aimer" à commenter dans une activité débridée.

La possibilité de travailler avec les élèves dont les horaires avaient été aménagés pour être disponibles deux jours de suite, était très agréable et plutôt rare. Pour une question d’organisation nous avons dû créer deux groupes, privilégiant un peu la seconde classe, en nous appuyant sur ce que la première classe nous avait permis de découvrir (logiciel impossible à utiliser dans le cadre scolaire car interdit par l’Éducation Nationale, répartition des ateliers, création des compte Facebook en fin de journée plutôt que le matin, à une heure ou les élèves sont plus attentifs, moins fatigués.

Si je devais reproduire cet atelier, je proposerais un atelier en deux temps, tout d’abord un atelier du type de celui mené au Collège d’Arthez-de-Béarn, sous la forme du workshop, afin de sensibiliser les élèves aux questions de la documentation et de la recherche sur Internet, des questions liées aux réseaux sociaux, et dans un deuxième temps, la mise en place d’un atelier tout au long de l’année, avec ateliers réguliers, autour de la création d’un personnage unique et de son histoire à travers un compte Facebook.

Ce qui explique la bonne tenue et la réussite de ces ateliers, comme je l’ai déjà écrit, est la parfaite collaboration entre l’équipe de l’association accès(s), les enseignants et leurs élèves. Tout le monde s’étant impliqué avec le même enthousiasme et le même dynamisme dans cette expérience enrichissante autour de l’écriture numérique.

Autobiographie de profil : Facebook comme outil de création
Publié le 14 avril 2013
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