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Contacts successifs #30

Se retrouver devant chez soi sans la clé, prisonnier à l’extérieur, impossible d’entrer, l’intérieur est encore visible, mais peu à peu il s’efface sous nos yeux étonnés, interdits. C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière avec mon site. Je ne pouvais plus accéder à l’administration de mon site, les articles étaient visibles mais impossible d’ajouter ou de modifier quoi que ce soit. Et surtout impossible de réaliser une nouvelle et dernière sauvegarde. Depuis plusieurs semaines un problème de spams récurrents polluait l’accès au site, plusieurs utilisateurs me l’avaient fait remarquer, j’ai essayé plusieurs méthodes pour y remédier, mais ils revenaient sans cesse, jusqu’au blocage complet du site. Je ne pouvais plus y accéder et soudain le site est devenu complètement blanc, inaccessible. J’ai pris la décision radicale de basculer dans la dernière version du CMS qui gère le site, SPIP en l’occurrence, c’était périlleux bien sûr, car je n’avais qu’une sauvegarde qui remontait à l’été dernier, mais j’ai tenté le coup, il fallait faire quelque chose, je ne pouvais pas rester en dehors de chez moi sans rien faire plus longtemps, car c’est vraiment ce que je ressentais, je me sentais démuni, perdu sans mon site. J’ai pris le risque d’en abandonner une partie plutôt que de tout perdre. Le passage à la version 3 s’est très bien déroulée, mais l’intégration de la sauvegarde étant techniquement impossible entre deux versions différentes, il a fallu que je charge l’ensemble de mon site manuellement, ce qui est très long et fastidieux, et pour la période qui n’est pas couverte par la sauvegarde, j’ai tenté de retrouver la trace de mes textes en ligne en recherchant leurs versions en cache sur Google, c’était une course contre le temps, j’en ai retrouvé l’essentiel sur les six derniers mois, mais j’ai perdu au passage quelques textes de mon journal, deux articles sur les derniers textes parus de Mathieu Brosseau et Esther Salmona, et le texte sur l’exposition En suspens au Bal. Si je parviens à intégrer progressivement l’ensemble des articles de mon site (je viens à peine de dépasser la moitié de ceux-ci), c’est pour la plupart des anciens textes sans les images qui les accompagnaient, l’occasion de prendre du recul sur mes pratiques éditoriales et la manière avec laquelle j’intégrais les images dans mon écriture. Je me rends compte ainsi que les images venaient souvent casser la dynamique du texte (en dehors des articles consacrés spécifiquement à l’image et à la photographie bien entendu). Cela me permet de lire et d’appréhender autrement mes textes. De même pour l’ajout des mots clés, j’en profite pour en ajouter de nouveaux, créer de nouveaux parcours de lectures à l’intérieur de ce qui est mon lieu de travail principal. J’ai choisi d’ajouter un bandeau qui évoque le chantier actuel du site car c’est l’état actuel de celui-ci, un lieu en cours de modification, de transformation lente, mais c’est à cela que je me raccroche pour tenir le coup pendant cet interminable temps de remise à neuf du site. Le nombre important de lecteurs qui s’en émeuvent, qui suivent ce chantier, se renseignent et m’encouragent, est également un motif pour continuer même si c’est un labeur long et fastidieux.

Lire le paysage : la poétique des lieux. L’atelier que j’ai mené au Château de Fontainebleau, à l’invitation de la Médiathèque Départementale de Seine-et-Marne pour la 15ème journée départementale "Lecture et jeunesse" m’a permis de rencontrer de très nombreux bibliothécaires, enseignants et acteurs du champ social et de la jeunesse, à qui j’ai proposé un atelier d’écriture et de photographie autour du lieu, manière de leur permettre de poursuivre leur réflexion sur les enjeux de la transmission culturelle afin de concrétiser des projets sur les territoires avec pour objectif la lecture du paysage, la culture des lieux et l’éveil du regard.

Depuis une semaine Caroline séjourne au Japon pour son travail, d’abord à Osaka, elle s’est ensuite rendue à Tokyo. Nous communiquons à distance en utilisant la messagerie en ligne en essayant de coordonner tant bien que mal nos emplois du temps pour ménager des plages communes et parvenir à discuter ensemble . Quand elle se réveille, je vais me coucher. Quand elle rentre d’une journée de travail (ateliers, rencontres de clients ou de fans), de visites ou de promenades, et qu’elle va dîner, c’est le moment où, de mon côté à Paris je mange le midi. Nous nous amusons de ces croisements temporels, ce que j’appelle nos discussions antipodiques. Aujourd’hui elle était au Cimetière d’Aoyama, à Tokyo. Un endroit où nous sommes allés tous les deux à notre dernière visite au Japon.

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Cimetière d’Aoyama, à Tokyo. Photographie : Caroline Diaz

J’allais à la Médiathèque Hélène Berr pour emprunter un DVD qui n’est disponible que dans cette médiathèque, lorsque remontant la rue de Picpus j’ai aperçu un large portail bleu dans l’ouverture duquel mon regard s’est arrêté sur une chapelle. Je me suis à peine avancé et j’ai pris une photo à la hâte. Quand je suis entré un peu en avant pour éviter le rutilant camping-car garé dans la cours qui gênait le cadrage de ma photo, le gardien, dans sa loge en désordre, en compagnie peu engageante avec ses deux chiens en cage, m’a dit que le lieu se visitait. De retour de la médiathèque, je suis entré et j’ai été conquis par l’endroit. L’immense chantier qui entoure le lieu, les bâtiments du nouveau campus de 35 000 m2 de l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 en pleine construction, renforce avec les immeubles qui encerclaient auparavant le jardin, l’impression d’un lieu préservé (pour le moment en tout cas, une réserve, un blanc sur la carte, et j’espère qu’il pourra rester encore longtemps préservé en l’état : un lieu de recueillement et de calme (avec des poules en liberté dans le jardin).

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Chantier de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, rue Picpus, Paris 12ème

Quand on soulève la pierre et qu’on voit la clef il y a un sentiment.
J’étais tellement enfermé dans ma ville d’illusions.
Dans la maison l’hiver j’étais un animal.
Sentir la couleur la douleur la douceur.
Les nuages qui défilent dans le ciel n’ont pas d’histoire.
Il n’était peut-être pas né au bon moment.
Il avait besoin de découvrir le monde et ses vérités.
Découvrir toutes les choses qui donnent un sens à ce monde.
À force de peindre longtemps je ne m’occupais plus que de peindre.
Tué par balle par un groupe de jeunes hommes qui cherchaient à voler quelqu’un pour éponger des pertes dans un jeu de dés.
La réalité n’existe que dans mes rêves.
Toute sortie est définitive.
Cette façon de parler avec élégance de choses crues.
Ici les mots éparpillés en désordre se brouillent.
Ce qui convient à leur égard, c’est le silence.
Par la fente quelque chose s’est engouffré, venu d’ailleurs.
Ils parlaient une autre langue.

Les bribes des textes dont j’ai perdu la trace se mêlent dans ma mémoire sans que je parvienne à les retrouver dans leur intégralité : Je me lève. Les jeux ne sont pas encore faits, je peux toujours reprendre ma mise. Tout recommence. J’erre seul comme depuis le début. Cela ne porte aucun nom. Il y en a pour penser qu’il suffit de sortir les œuvres d’art des musées pour les exposer sur les murs de la ville. Un tableau enfermé pendant des siècles sous les lumières tamisées d’une salle de musée, le reproduire pour le diffuser en le collant sur un mur, le projeter ainsi, sorti de son contexte, le faire sortir de son musée, lui permettre... Avancer en mode pièces détachées (façon puzzle). Je suis en compagnie d’une amie d’enfance de Caroline. Au bord de l’eau. Sur la berge d’un lac, il n’y a qu’une solution pour passer de l’autre côté... Que ne ferme-t-on les yeux à rêver ? Le titre choisi, Le Cercle rouge, s’explique par une citation empruntée à Bouddha, qui s’affiche à l’écran avant le générique : « Quand des hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents... La promesse d’un dénouement.


LIMINAIRE le 24/04/2018 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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