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Au lieu de se souvenir (Semaine 09 à 13)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions


Perdu dans le nombre au milieu de la rue où tout semble tourner, perdu dans le nombre où tous les passants s’égarent en début de journée. Avec ou sans bruit. Sous un ciel vide, inutilement bleu. L’abandon et le laisser-aller, un chemin à poursuivre. Mon visage s’obscurcit, de l’obscur du radieux. Il retient tous nos signes. De quoi avons-nous hérité ? Nous voulions savoir si nous étions bons à quelque chose ici-bas. Éléments lumineux, merveille de l’évidence, merveille du caché. Une bulle de lumière hors de laquelle une forme humaine évolue. À portée de mains, de seconde en seconde. Les soubresauts qui rythment le sens. Depuis je n’en finis plus de commencer.

Trouver du sens alourdit si de rien alors nul ne répond à l’instant de franchir quelque chose de plus impalpable. Certains jours toute mémoire du vocabulaire me quitte. Je sonde avec anxiété et suspicion mon propre désordre intime. Je ne vois pas je devine. Le rêve, lui, nous connaît mieux que nous-mêmes. Cette potentialité obscure qui me propulse vers le monde. Je suis bien plus moi quand je ne le dis pas. Je ne peux décider si c’est un ami en rêve qui me parle de danger, mais comment le savoir si je ne le dis pas. Parades et haute voltige. Entre maintenant et maintenant, le temps fut-il – le temps sera-t-il – vide ? Nous sommes tous une ombre.

Il n’y a pas de miracle. L’amour certes, entre désirs, plaisir, et distance invincible, peut mener encore au dépassement de soi. L’infini est la proximité irréparable des corps. Un jeu inépuisé entre les bâillements de nos corps et la volupté de la matière qui nous recombine sans limites. Dérision, cependant, de tout ça. Bientôt, l’éclairage évolue. Le mal et le malheur l’emportent. Tout faire, désormais, pour échapper à la confusion des sentiments. Le noir qui me restitue les étoiles est toujours autre, au-delà, mais jamais ailleurs. Le temps avoue son poids et son pouvoir de destruction, qui ne sont rien comparés aux instincts de mort qui se déclenchent.

Signes des temps présents, c’est d’un idéal renversé qu’il s’agit. Une expérience de la dérive, seule à même de nous rendre l’apparition contre l’apparence. Voiler les miroirs. Chance d’être aveugle en de telles circonstances. C’est dans ces interruptions brutales, dans ces zones découpées, qu’apparaissent les plus beaux moments. Comme sur la pellicule d’un film. Tout ce qui se trame, se noue, s’emboîte ici avec magie. Retrouver la constance du faire, l’obsession du faire tout le temps. un changement de temps. Mais je me demande tout de même : Peut-on écouter un ministre sans rire ? Après quoi tout rentre dans l’ordre.


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