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Au lieu de se souvenir (Semaine 10 à 14)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions



Impossible de démêler toute l’histoire de nos divisions. Un paysage, une végétation, un ciel, une lumière. L’écriture est liée à l’infini. Quand l’éclosion de la chute perce dans celui qui s’y trouve il n’est pas possible de s’y tenir plus longtemps. Entre ligne de défense et ligne de front. Il y a des phrases qui façonnent et d’autres qui racontent. Au même rythme, du même pas. Le vent dans l’autre sens. Toujours prêt à tourner encore un peu.

Dans le silence nous l’entendons mais dans les paroles nous la cherchons. Cette affection retient le temps présent, le fait durer dans un espace sans bord. Cette histoire a commencé sans début. Comment vivre sans, en inconnu devant soi. Je suis sûr que tu as vu quelque chose ? Peu importe qu’on soit d’ici ou d’ailleurs. Reconduire au lendemain le bruit des autres fois. On part souvent sur une très minuscule, mais précise intuition. Refuser n’est pas une révolte. Je suis donc revenue à la case départ. Je ne sais pas si vous m’avez bien compris.

Il y a un travail à faire, que je ne fais pas. La légèreté s’aggrave légèrement. Éreinter, détruire. Il faut écrire la légende de notre passé, dans laquelle nous espérons être absorbé par le regard rétrospectif du futur. On reste toujours suspendu. Je fais attention à la route. Je fais attention au tracé de la route. Je fais attention à la part d’invisible. Je dirais plutôt l’envie, le désir, l’espoir du sens. J’y vais, j’y suis, je suis là, c’est maintenant.

Ça a débuté comme ça. Par un matin tout blanc. Il est question d’étirement, de délai, de projection, d’attente, bref de temps. Vague aveugle qui va effacer un peu du trait de l’horizon. Après quoi tout rentre dans l’ordre. Pour marcher dans le vide, il faut se construire un chemin. J’aime laisser faire les choses et j’ai toujours peur de peser. Comme tout passe, cela passera aussi. La vie, comme elle jaillit et nous éclabousse. Je crois, mais ma mémoire est défaillante. Sentiment cruel d’avoir perdu mon temps, de l’avoir utilisé à mauvais escient, de l’avoir consumé en vaines rêveries.


LIMINAIRE le 27/10/2020 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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