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Au lieu de se souvenir (Semaine 13 à 17)

Chaque mois, un film regroupant l’ensemble des images prises au fil des jours, le mois précédent, et le texte qui s’écrit en creux.

« Une sorte de palimpseste, dans lequel doivent transparaître les traces - ténues mais non déchiffrables - de l’écriture “préalable” ».

Jorge Luis Borges, Fictions


Les mouvements de l’esprit ne peuvent être retrouvés, mais ceux des pieds le peuvent. Ces poussières collent au pas. Les traces de l’anéantissement sont effacées, par conséquent le souvenir des anéantis est anéanti aussi, le temps de l’anéantissement est effacé. Demain est autre jeu. Au départ, c’est la peur de la chute. Le rythme de la marche génère une sorte de rythme de la pensée, et le passage à travers le paysage fait écho ou stimule le passage à travers une série de pensées. Revisiter sa propre ville comme si c’était une autre ville. Un présent impossible à abandonner. Par la suite c’est devenu l’art de la chute. Comment tomber sans se faire mal. Puis l’art d’être ici, en ce lieu.

L’époque et nous-mêmes fabriquons de l’oubli, nous le savons tous. La forme que prennent les choses oubliées. En l’absence de tout repère familier, je suis déplacé vers l’exactitude dans le déplacement lui-même. Et puis, le désir d’en construire, plus loin, une réplique. Démonstration du jamais plus dans un monde du toujours encore et du toujours à nouveau. Le sol est instable. Dans l’air distant, les pas se forment d’eux-mêmes. Nos paysages d’intentions. À pas précautionneux, je m’avance. A voix haute. Dans l’air distant, les pas se forment d’eux-mêmes. Voilà tout ce que je sais faire. Un jeu pour traverser le temps. L’air et le monde.

On n’est pas le même partout. Je m’imagine parfois comme un grand explorateur, ayant fait la découverte d’un pays extraordinaire dont il ne pourra jamais revenir apporter la nouvelle au monde. Parcours sur les sentiers inversés. Un vide peuplé d’ombres enchevêtrées à des monologues intérieurs. Lumière couchée sur la route violet de la nuit. Le silence intense transperce la terreur – on ne voit pas son visage. Cela qui commence à la trace et qui va à l’effacement. La question pour eux était de le faire vraiment ou de faire semblant. Toujours essayer de garder présent à l’esprit le genre de corrections que l’on doit apporter. Nous imprimerons ainsi le rythme éclaté de nos trajectoires inverses.

Écouter, et lui dire à quel endroit je ne comprenais pas. Mais je ne voulais pas seulement comprendre, je voulais aussi croire. Croire à ce qu’il me disait. Et quand je n’y croyais pas, je le lui disais aussi. Je lui dis cible idéale, un murmure, un marmonnement – puis l’immobilité. La mémoire est pour l’un ce que l’histoire est pour l’autre. Entrer dans le paysage, suivre les lignes, changer de temps. On n’entend pas le bruit des moteurs, seulement celui que fait la brosse sur la toile. La nature révèle la nature de l’infrastructure. Savons nous observer ? Ce que nous avons bâti ensemble, la beauté de cet édifice que nous avons si étourdiment détruit sans détruire. Le souvenir en nous de sa beauté.


LIMINAIRE le 26/10/2021 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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