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LIMINAIRE
Contacts successifs #24


Je me lève. Les jeux ne sont pas encore faits, je peux toujours reprendre ma mise. Tout recommence. J’erre seul comme depuis le début. Cela ne porte aucun nom. Il y en a pour penser qu’il suffit de sortir les œuvres d’art des musées pour les exposer sur les murs de la ville. Un tableau enfermé pendant des siècles sous les lumières tamisées d’une salle de musée, le reproduire pour le diffuser en le collant sur un mur, le projeter ainsi, sorti de son contexte, le faire sortir de son musée, lui permettre de faire le mur, changer de taille, de forme, qu’il prenne tout l’espace d’un mur, mieux encore emplisse une façade, qu’il la recouvre totalement, définitivement, qu’il investisse la rue, la transforme, la métamorphose. On appelle ça l’art urbain. Trop urbain pour être honnête. Trop beau pour dire quoi que ce soit d’intense, si ce n’est sur l’art ou la ville qui en accepte la diffusion. Aucune nécessité intérieure. C’est juste une idée. Un concept. Une image. Comme les affiches publicitaires ou politiques qui recouvrent les panneaux dans l’espace public. Efficace. L’efficacité, l’impact immédiat. Marquer les esprits. Je cherche autre chose dans l’art. L’art est un langage. Il n’explique pas le monde, mais il permet d’y vivre. Quand je peints, mon corps et mon esprit dialoguent. Mon corps devient peinture, trait, forme. Je lutte contre le froid. Je lutte contre la faim. Je lutte contre la douleur. Rester debout des heures durant, sans arrêter de travailler, pinceau en main, concentré sur le motif à peindre. Je ne suis jamais distrait. Ma seule distraction est une respiration intérieure. Je peins. Je pose le blanc sur le mur, l’étale. Le blanc est une page, une nouvelle page que je tourne. Différente à chaque fois. Je n’efface pas le mur, la surface du mur, de parpaings, de béton ou en pierre apparente. Je m’adapte. Je le regarde ce mur comme je te regarde parfois. La peinture est une caresse. Je pose ma main dessus pour tenter de l’apprivoiser. Le regard ne suffit pas. Je sais ce que je vais peindre. Le dessin se déploie dans ma tête. J’ai refais dix fois ce dessin avant d’aborder la peinture. Je passe par la feuille pour ne pas oublier la structure générale de mon idée, sa structure, son parcours intérieur. Une fois le mur peint, je ne garde pas le dessin préparatoire. C’est inutile. Une peau morte. Je dis préparatoire mais il ne prépare rien, il est comme le carnet de note, le carnet de rêves que je garde à portée de mon lit pour capter à la hâte les bribes de mes rêves avant qu’ils s’effacent et que je les oublie. Je ne les garde pas car une fois le mur peint cela n’a aucun sens de garder ces esquisses préparatoires. Je ne fais pas de l’art. Je me méfie de ce mot. Ce qui s’écrit s’efface. Ce qui se peint se recouvre et disparaît peu à peu avec le temps. Je construis la ville à ma manière. Sur les murs. Je l’habite. Je ne n’enjolive pas. Je ne cherche jamais à faire beau. Ni beau ni laid. Vaine tentative de faire surgir une constellation cohérente de manières de faire et de penser. Le message compte plus que le visuel, c’est pour cela qu’il peut s’effacer et finir par être détruit, disparaître, cela m’importe peu. Une idée prend forme mais ça force n’est pas dans sa forme passagère, transitoire, c’est un concept. La responsabilité de l’artiste est de s’engager sur le plan social et politique. Dénoncer l’hypocrisie de la société, son consumérisme, son automatisation, la solitude qu’il renforce, l’individualisme qu’il encourage. Le quotidien de ma vie est le lieu par excellence de mon travail et la source d’un projet social et politique. Je me suis rendu compte, à travers l’évolution de mon travail, de l’emprise et du processus de construction des mythes dans ma peinture et la possibilité d’un détournement de la matière et de ces mythes. Je suis un monde de tremblement, de défection. Je suis un monde en ruine, mais en mutation. J’ai toujours cru que j’avais un devoir de création, pas une mission, bref tout ce qui s’éloigne et s’oppose d’une conception cosmétique  de l’art comme terrain d’innovations formelles et de variations stylistiques, car l’art ne vise à rien moins qu’à refonder la culture. Je suis un homme. L’homme est un artiste. La liberté est la capacité à être créatif, à s’autodéterminer, dans quelque domaine que ce soit. Pour moi ce fut l’art. La peinture. Aujourd’hui on appelle ça le street art, c’est un mouvement en dehors de l’atelier et des musées et des galeries pour mieux s’y retrouver, s’y exposer en s’y enfermant, dans un opportunisme réactionnaire , un zèle à servir l’industrie des biens culturels. La liberté a directement à faire avec l’art. Tel est le sens de la formule : « Tout homme est un artiste. » Remplacer l’économie politique par une économie poétique. Poétique au sens propre de créatrice.



Conférence d’Étienne Helmer, philosophe, intitulée Parler la photographie, filmée le 28 novembre 2017, à l’auditorium de l’ENSP, à Arles. Étienne Helmer est l’auteur du livre Parler la photographie, paru en décembre 2017 chez Mix éditions.

Quand tu penses pléonasme et que tu écris néologisme. Affranchir l’objet des lois de la pesanteur, de la gravité. Ne pas effacer la trace puisque tout doit s’écrire. Un don qui n’est pas donné à l’avance dans l’oubli de soi-même.

Les regards sont si intenses. Les voix se troublent. Les mots sont parfois sans promesse, plein de cendres. Un bruit de pas. Dédale infini de leurs échos. Après l’averse, le sol étincelle. Le vent chasse les nuages dans le ciel, efface le gris et dissipe nos doutes. Le soleil s’attarde un peu mais personne n’est dupe. La lumière est une inspiration.

Présentation sous forme de diaporama et de lectures du résultat d’ateliers d’écriture et d’image animés avec l’écrivain Michel Seonnet et l’association Fabrication Maison / Passages en images à la Cité Chaufournier dont certaines séances se sont déroulées à la bibliothèque François Villon. À la fin de la séance, les lumières se rallument, dans la salle un homme s’approche de moi, sourire aux lèvres, pour me saluer. Je ne reconnais pas tout de suite son visage, mais sa voix oui. Un sourire dans la voix. Une chaleur. Surpris de le retrouver là, de ne pas l’avoir aperçu avant, dans cette minuscule salle polyvalente. Nous reprenons contact. Olivier Pasquiers, lorsqu’il faisait partie du Bar Floréal à Paris, avait fait travailler pendant deux mois des jeunes du CAEI (Centres d’Action Éducative et d’Insertion) de Melun autour de leur environnement quotidien et de l’image qu’ils en avaient. Les CAEI proposent en effet aux jeunes qui sont confiés à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, des activités d’insertion et de formation professionnelle selon des modalités diverses, allant de la lutte contre l’illettrisme à l’acquisition d’une formation qualifiante.



La musicienne Felicia Atkinson propose un choix de pièces musicales inspirées par des cartes, des paysages et des territoires variés sur Redbull Radio.


L’occasion de réécouter son bel album Desert Television, sous le nom de La nuit qui conjugue les instrumentations de Peter Broderick, musicien de Portland avec les mots et la voix de Felicia Atkinson.



Tout homme est un artiste
Publié le 21 janvier 2018
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