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LIMINAIRE
Journal versatile #2



Vos stimulants retours à propos de ce journal me poussent à poursuivre l’expérience sans trop tarder, en essayant de maintenir à cet exercice sa régularité et sa spontanéité.

Mick Harvey, musicien australien, est surtout connu pour sa collaboration avec son compatriote Nick Cave, qu’il a accompagné dans toutes ses aventures musicales, de leur adolescence à janvier 2009, date à laquelle il a décidé de se séparer des Bad Seeds. Il a aussi sorti plusieurs albums en solo, et collaboré à plusieurs bandes originales de films.

Mick Harvey a publié en solo, dans les années 1990, deux albums d’adaptations en anglais de chansons de Serge Gainsbourg : Intoxicated Man et Pink Elephants. Delirium tremens est une nouvelle traduction des chansons de Gainsbourg en anglais. Anita Lane, un temps amoureuse de Nick Cave à l’époque des Bad Seeds pour lequel elle écrit ou coécrit certaines chansons de leurs albums, participe à Delirium tremens en chantant sur plusieurs chansons.



Peut-on traduire la musique ? La transcription est sans doute la forme la plus courante de cette traduction, il s’agit de l’adaptation d’une composition à un médium pour lequel elle n’a pas été initialement écrite.



Franz Liszt a réalisé de nombreuses transcriptions musicales et d’arrangements pour un ou deux pianos, parmi elles de nombreuses fantaisies et variations sur des thèmes d’opéras célèbres, dont ceux de Richard Wagner.
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Photo de Rodolphe Burger, par Julien Mignot & Camille Rousseau

Exposition Les Invisibles, de Julien Mignot et Camille Rousseau, jusqu’au 16 février 2017, à la Supérette, 104, rue du Faubourg Poissonnière, Paris 10e. Une série de portraits, dont ceux de Patti Smith et d’Etienne Daho.

Pour cette nouvelle série plus musicale, Camille Rousseau travaille sur chaque portrait de musicien en écoutant un de ses morceaux. Deux écritures se juxtaposent dans ces photographies. Le photographe Julien Mignot décrit ce travail à quatre mains dans Libération.

« « Le compositeur, c’est d’abord un calligraphe » disait Igor Stravinsky. Alors, un peu à la manière des calligraphies musicales de Claude Melin, écrit Léa Chauvel-Lévy, Camille Rousseau laisse son geste réagir au rythme du morceau et com- pose, ainsi, la partition invisible des portraits de Julien Mignot, les dotant d’une parole sourde mais vivante. »

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Cette noirceur d’où sort une lumière. Place Stalingrad, Paris 19e.

C’est du noir que sort l’écriture. Samuel Beckett écrit : « Les mots ont le pouvoir d’illuminer la noirceur. »

Industrial Light Magic, la société en charge des effets spéciaux du film Rogue One, a effacé à l’aide de CGI (Computer Generated Imagery) le visage de Guy Henry, connu pour son rôle de Ministre de la Magie dans Harry Potter, recruté par la production pour sa physionomie proche de celle de Peter Cushing, mort 22 ans plus tôt, afin de le remplacer. De même pour Carrie Fisher qui incarne la princesse originelle du film, et qui bien que toujours vivante au moment du tournage, a été rejouée par une autre actrice dont le visage a ensuite été remplacé par celui de Carrie Fisher lorsqu’elle avait 21 ans.

On apprend dans cet article que les acteurs des films à très gros budgets sont souvent intégralement scannés, en interprétant le plus grand nombre d’émotions possible afin de réutiliser leurs images. Le but est de leur éviter d’avoir à jouer de dangereuses cascades, de les rajeunir ou de les embellir au besoin et de disposer de plans de secours dans le cas où ils décéderaient avant la fin du tournage. C’est le sujet du film Le Congrès, d’Ari Folman mêlant animation et prises de vue réelles, le scanner d’une actrice, interprétée par Robin Wright et dont le personnage est en partie basé sur sa carrière réelle.



Les médias traditionnels se sont trouvés impuissants devant la viralité des fausses informations mises en ligne lors des élections américaines, pour lutter contre les fausses informations qui pullulent sur le web, Facebook est en train d’expérimenter un nouveau système de fact-checking. « Dans un contexte de méfiance grandissante envers les médias, rappelle Clémentine Spiler sur Nova une fausse vidéo est plus dommageable que jamais. »

La perspective de pouvoir modifier un contenu aussi facilement s’avère inquiétante, comme le montre un récent article paru dans le magazine américain The Verge : « Algorithmes et machine learning sont déjà capables de créer des visages en 3D à partir d’une image en 2D, de changer l’expression faciale voire le discours d’une personne dans une vidéo. »



Le temps ne s’écoule pas. Nous nous écoulons dans le temps. Notre conception du temps est totalement dépassée.

Thibault Damour, professeur à l’Institut des hautes études scientifiques et membre de l’Académie des sciences, l’explique dans un entretien paru dans la revue Usbek & Rika : « Le changement fondamental, c’est que la relativité restreinte nous dit que l’écoulement du temps est une illusion. La réalité existe au sein d’un espace-temps qui ne s’écoule pas. Une bonne façon que j’ai d’expliquer ça, c’est la dernière phrase du Temps retrouvé de Proust [1], qui représente les hommes comme des géants plongés dans les années. L’essence de Proust consiste à dire que l’idée habituelle de temps qui passe (c’est le temps perdu) est une illusion. Ce que sentait Proust intuitivement et ce que Einstein suggère, c’est que la vraie réalité est hors du temps. Il faut imaginer comme des paquets de cartes les uns sur les autres. Les cartes sont comme des photographies du passé, du présent et du futur, qui coexistent. Il n’y a pas quelque chose qui s’écoule. »
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Couverture du livre « The Time Machine » de H. G. Wells

Voyager dans le temps, c’est possible. La mauvaise nouvelle, par contre, c’est que l’avenir est déjà écrit. La théorie de la relativité et Einstein nous le disent depuis déjà un siècle. Ces discours pourtant, nous les entendons de loin, comme des vérités abstraites et des réflexions farfelues de scientifiques ésotériques.

La plupart des textes de Julio Cortázar cherchent à déconstruire les certitudes qui nous fixent à une réalité pensée et structurée par des représentations héritées : « Il semble que je sois né pour ne pas accepter les choses telles qu’elles me sont données. »

« Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité de dérangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l’apparence des héros. L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au -delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes. » [2]

Dans sa dernière lettre d’information, Neil Jomunsi évoque les raisons de sa disparition des réseaux sociaux :

« Alors il convient de se réapproprier le réseau, la toile, au sens premier du terme : c’est à dire de la tisser nous-mêmes. Nous devons être des clefs, mais aussi des portes vers l’ailleurs. Et à ce titre, utiliser une arme redoutable à l’origine même d’internet : le lien. Un bête lien hypertexte. Voilà notre arme secrète pour reconquérir le web. »

Le lien, oui tout est là.

[1] « Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes, — entre lesquelles tant de jours sont venus se placer — dans le Temps. »

[2] Julio Cortazar, « Continuté des parcs », Fin d’un jeu (1956), traduit de l’espagnol par C. et R. Caillois, Gallimard, 1963.



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