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LIMINAIRE
Contacts successifs #18


Avancer en mode pièces détachées (façon puzzle).

Je suis en compagnie d’une amie d’enfance de Caroline. Au bord de l’eau. Sur la berge d’un lac, il n’y a qu’une solution pour passer de l’autre côté, il faut traverser impérativement cette étendue d’eau. Un amoncellement de barques nous encercle. On nous invite à monter à bord, mais escalader à l’intérieur nous semble périlleux. Sur le bord, la main épaisse et rugueuse d’un homme dont je ne vois pas le visage, écarte les doigts en étoile. Je vois juste sa main. Ses gros doigts boudinés. Un homme le menace avec son marteau levé. J’entends son cri, la peur s’y engouffre et le marteau s’abat brusquement sur le doigt pour y planter sauvagement un clou. Je vois disparaître son doigt. Le choc me réveille.

Sur le chemin, sur le point de rejoindre la bibliothèque après avoir mangé à la maison, un homme m’interpelle pour me demander où se situait le Gibet de Montfaucon. Je suis en retard mais je m’empresse de lui répondre, agréablement surpris par sa question en ce lieu. Nous sommes précisément à l’emplacement du Gibet. Sur le terrain de sport de la Grange-aux-Belles, s’élevait cet édifice il y a plusieurs siècles. Je lui fais un rapide historique. Il se trouve que travaillant à moins de 200 mètres du lieu, et ayant travaillé pendant plusieurs mois au lancement d’une carte interactive, je me suis renseigné sur cet endroit. Je ne rentre pas dans les détails. Je ne lui précise pas notamment comment le condamné montait en suivant le bourreau par une haute échelle amovible posée sur la poutre qu’on lui assignait. Le bourreau lui passait au cou la corde accrochée à la poutre, puis il descendait et déplaçait l’échelle sur le côté pour l’aider à « faire le saut sur rien », ce qu’on appelait le « saut en l’air ». Pour monter à l’échelle sans tomber, le condamné, qui avait souvent la tête enfouie dans un sac, devait le faire à reculons. « Faire approcher du ciel à reculons », de là vient cette expression oubliée, on dirait aujourd’hui « aller se faire pendre ».

Johnny, j’entends jauni.

Conversation téléphonique avec Ulrich Fischer sur les Lignes de désir pour réaliser un montage vidéo présentant le projet. À chacun de nos appels, toujours la même intensité. Son esprit de synthèse, son regard aiguisé, son écoute attentive, sa clairvoyance, son implication sans faille, m’émerveillent et me galvanisent.

Joue contre joue. L’entendre me parler. N’entendre d’abord que ce qu’elle me dit, cette inattendue complicité. Les mots font imperceptiblement vibrer ma joue avant mon oreille. Ses cheveux caressent mes oreilles, les effleurent à peine. Je me rends compte à cet instant seulement de notre proximité. Son parfum, sa respiration, le timbre de sa voix, nos regards dans la même direction, le souffle lent de sa respiration, tout passe dans ses mots que je n’écoute plus, désormais entièrement focalisé sur cette proximité qui me réveille.

Cet après-midi la bibliothèque organisait un atelier linogravure. La linogravure est une technique de gravure en taille d’épargne consistant à enlever les blancs ou réserves du résultat final, l’encre se disposant sur les parties non retirées, en relief, le papier pressé sur la plaque conservant l’empreinte de l’encre, une technique proche de la gravure sur bois, qui se pratique sur un matériau particulier, le linoleum. Assister à un atelier de création sans y participer ou sans l’animer est inédit pour moi. Je prends des photographies pendant le déroulement de l’atelier, enregistre les différentes étapes du processus de création et les réalisations des participants. Je me situe en réserve.

Je construis des murs autour de mes rêves
Publié le 10 décembre 2017
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