| Accueil
LIMINAIRE


Pas plus de traces que de preuves : seule, l’indue gratuité des passages.

Ô les gestes de craie, le périple des souffles sur le dernier promontoire – ces enfants aplatis, déguisés, dedans l’assèchement qui n’accueille pas.

(Non pas un quelconque but, mais le BOUT : car il ne se peut pas qu’un homme se soit autant plongé dans la dévastation sans l’atteindre.) Remonter aux sources de l’exil, au cuivre d’aucune saison, à la fatigue des débuts. Le déclin est loin. Nous nous retrouverons, compagnons, pas sûrs d’avoir gagné, jusque dedans l’entaille du sentier dégauchi, à jamais.

Mais n’est pas gîte qui veut pour toi, émergeant intouchable de ton faux sommeil, qui déjà dément l’apparence, en répand les morsures comme pour se dérober loin de ses purs ravages. N’est pas épreuve qui veut, combien vrai son pouvoir de mutilation puisse être. Elle ne sera jamais enceinte de la mer. Et tout finira dans le double sourire aveuglant, lorsque, les yeux perdus dans la blessure de la mémoire, tu apprendras que inhabitée est sa menace, close sa fulguration, là où, offerte au beau milieu de cette escorte de meutes et de feintes, même recommençant, elle s’écroule.

(L’arrêt, pas le répit. La baleine blanche court toujours).

Les pigeons n’osaient pas trop s’approcher. Pas de chaisière en vue. Personne. La cigarette éteinte. Tout près de la pelouse, tout entier à ta fixité, en proie à l’intolérable possession. Rien, que ce chemin vermoulu à qui nous devons tant, que ce noir dans les poings, enfin s’effleurant indistinctement, avec un soupçon d’indifférence, couvés par cette débandade de masques.

(...dans les rues de nuit, au fond des verres, dans les rondeurs du silence, nous l’avons vu, de nos yeux vu, le dos de la baleine blanche).

Car la menace s’éloigne, s’épure, se raréfie et tu ne réponds plus, sinon à ce silence contigu au tien, à ces mots sans limite et sans leurres qui, de par la double voix concordante, se sont efforcés à puiser en lui, disséminée au flanc de la course, la souveraine minute qui tout justifie.

(...jusqu’au « oui » murmuré qui scelle le pacte, déjà reconnue dans cette tiédeur qui menace, cette hâte, cette gourmandise).

Les mêmes refus et rares acceptations, les mêmes sursis, la même clôture.

L’innocence acide, autophage de qui s’y reconnaît, de ces façons d’ensemble se taire abolissant tout possible écart, de cette folie d’enfin consentir au mirador ployant sous l’afflux, à cette moraine avide qui ne dérobe l’issue que pour faire deviner, au fond de la coquille, l’assourdissant bruit autre.

(Réponds, même à côté – mais c’est impossible pour qui ENTOURE).

Cette même mer vacillant aux abords des fêtes furtives, irréductible à sa chute, s’affrontant à elle-même, jouant...

Les deux en un, sans frein, de face, dont rien ne nous détournera, et qui nous portent, irréversiblement, - pacte que tout effacement renforce.

Intacts, le poids de la durée, sa noyade. Les mains rouges sur les murs, l’enjeu des signes, nos fascinations les plus rondes. C’est quelquefois amusant, alors, d’arpenter l’envers de l’éclaircie... (Down the wet streets, all alone, inutterably happy, as she slowly fills our unbroken, yet exhausted memory).

Encore debout, mais dans l’imposture et les reflets, nous saurons nous taire. Que les repères s’éparpillent. Que s’efface ce temps où, humant les effluves de l’Histoire, nous la voulions désarçonnée et à genoux devant nos poings pendus...

On devient théâtre d’ombres. Vide, replié, lisse. Heureux, alors. Alors seulement. Car si le raffiné spectacle est irréel, le spectateur, l’unique spectateur est bien vrai : vrais son noir, son enclos, son émerveillement comme son indifférence, que le rideau se lève ou retombe, ouverte de partout, sans rejets et sans attaches.

(Ne plus peupler ta faim de narcoses).

Du labyrinthe comme SITUATION, sans espoir ni désir de voir surgir, au détour des gestes de suie, l’issue.

Sûre reconnaissance, précoce obscurité, triomphe de ses travestissements et dérobades – elle qui t’enlace, là, sans allégeance, sous les arbres nus, comme à jamais. Elle qui te rend sans rebours le plein silence de sa parole, elle qui t’entraîne, dans cette ville en retard d’une présence, à goûter dans la fumée bleutée, jusqu’à la paix, jusqu’à la lie, l’indéfini de derrière ta buée.

Tu ne prolifères plus, nulle chaleur qui creuse, nul sillage. L’attente suspendue aux tempes, les maisons fanées, les grandes voies débusquées se refermant sur les débris des volières, tout est plein. J’ai foi au « long point de suspension ».

Et que les choses suivent leurs cours sans nous, ne bordant rien, n’annonçant rien, jouissant de l’arrêt, du silence en surnombre ( « comme on se tue les yeux fermés pour se faire une surprise »).

(Claquemurés dedans cet espace sans entraves, attentifs à l’accident qui seul justifierait cette infinie cohérence).

Monde entrevu, ni paradigme, ni pestilence, disséminé au bout de ces doigts couverts de pluie et de bagues, lèvres closes devançant le fiel et l’enclume.

Au simulacre de midi, à l’orée des fables où tu exultes...

Dans la vraie vie, le premier terme nous est toujours apparu comme de beaucoup plus lourd que le second...

(La dissimulation : se cacher en elle, lent rituel complice – depuis que la transparence tue. Mais qui nous ralentira, accourant, rassasiés, sous le masque et l’ornière ?)

Rendant, comme jamais l’ivoire flétri du jour, à chacun ses feux et ses graines, au monde son unanime assonance – cette tienne force de redire le tranchant.

THERE ARE MORE THINGS... (1974)
Publié le 7 décembre 2009
- Dans la rubrique ENTRE LES LIGNES
Sommeil Mémoire Passage Fragment Traces
Photographie : André Rougier






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter