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LIMINAIRE
Les lignes de désir


Toujours changeant, demeurant pourtant le même homme dans son mouvement, ce parcours qu’il découvre en marchant, cette ville qu’il invente à chaque trajet, chaque promenade, cette ville qui s’invite à lui, se projetant en avant, avançant vers ce qu’il était, ce qu’il est et dans le même temps ce qu’il sera, tous ces instants réunis, regroupés en un même moment, versatile, dans le mouvement de la marche, sa respiration régulière, au rythme de ses pas et de ses pensées, ce qu’il voit, ce qu’il entend, pense, ressent, ce qu’il espère et tout ce dont il se souvient et qu’il oublie dans un même mouvement. Il avance ainsi, lentement dans la ville, espérant retrouver celle qu’il aime et qu’il a perdu. Cet homme c’est moi, c’est toi, c’est nous. Ferme les yeux, doucement, tu vas voir il respire à travers toi, tu entends battre son coeur, si tu fais bien attention, le souffle régulier de sa respiration. Maintenant, ouvre les yeux, tu me verras, et dans le miroir c’est bien toi qui me fait face.

Rue de Chabrol, Paris 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 

Temps de baptiser le voyage. Et puis plus rien que le souffle du vent sur nos joues. Juste une source d’égarement, d’annonce dans la brume. C’est l’heure de décocher. Je décroche. Nous défendons le vite, le peu étant l’errance, le rejet de faire suite, quand rien ne subsiste autour de nous. Ce qui ne dure pas est un monde à part. Fort de cette impression qui insiste ou avance, demain sera sans doute assaillant. Je suis un passager ignorant le détour. L’avenir toujours moins seul. Du jour au lendemain, la peur. Il faut meubler ce vide, continuer d’avancer. Dans cet instant de panique offert en nos sangles, ce remuement tacite. Marcher. Ce chant gardé pour soi. Marcher d’un bon pas. Manière de fermer tout autour de nous. Dans l’attente, trouver un remède à l’attente. Tout homme a sa langue prévue, il faut s’en éloigner. Nous n’en reviendrons pas très tôt. Ce que l’on voit loin n’est pas ce qui s’ajoute à ce que l’on pense. Il faudrait prendre le temps de dire un peu l’urgence d’atteindre.

Cour de la Ferme Saint-Lazare, Paris 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 

Un jour pas l’autre. Le nom de sa forme. La distance qui sépare. Mais le reste bouge et c’est très bien. Seule issue possible. Nous, comme un jeu. Partout l’obstacle comme en sommeil le blanc du linge. On ne peut vivre sans vivre, comme on fait semblant d’avoir perdu son temps. Déroutant de lenteur, mon très lent paysage. Sombrer haletant contre la peau de l’autre. Pas même en rythme. Seul le voyage éclaire. Hors de portée toujours. Tous les faisceaux révélés dans une vague de soupçons. Le versant de la plaie. Je force les miroirs selon que le désir tourne. Dans le fond où l’intime se fait noir. Parfait cortège avant la fin. C’est ainsi que l’on se voue sans bruit au loin. Dans les cavernes de passage. Et pour ne rien déclarer, pour tromper, avouer que le temps joue. L’histoire d’une folie. Trop de cris encore. Ferveur soumise à séquestration. Cette rengaine triste et facile. Le cri qui fuse. Au bord de la nuit seule. D’un rêve à l’autre. Élan de confusion à tout instant. Vide à la clé.

 

 

 

 

 

 

 

Les images de la veille (paysage traversés et visages croisés) et celles de la nuit (fantômes et fantasmes), s’immiscent en nous au rythme de leur cheminement dans le dédale de nos cerveaux, pour rejaillir et transformer notre regard sur le paysage. Palimpseste troublant qui agglomère sur une seule couche, différentes strates lointaines, parfois opposées, ce qui laisse songeur. Ce que j’ai sous les yeux s’efface tout à coup à la vue de cette image mentale qui se projette en filigrane sur ma rétine. Ce matin, par exemple, je regardais d’un air vague, rêveur, couler la Seine, lorsque la scène de mon rêve m’est apparue en fondu enchaîné. Le téléphone sonnait dans le vide, et comme souvent à la maison, je ne décrochais pas le combiné avant de céder finalement. Une femme me déclare qu’il faut toujours répondre car on ne sait jamais qui est au bout du fil, c’est parfois, comme aujourd’hui, quelqu’un pour vous annoncer une bonne nouvelle : vous allez devenir millionnaire. Comme aujourd’hui ?

Rue de Chabrol, Paris 10<sup class="typo_exposants">e</sup>

 

 

 

 

 

 

 

Les lignes de désir est un projet éditorial à dimension protéiforme, autour d’un récit à lecture non-linéaire, l’histoire d’un homme qui traverse la ville d’un bout à l’autre, à la recherche de la femme qu’il aime et qui a disparu, dans les lieux qu’ils avaient l’habitude de fréquenter : un entrelacs d’histoires, de monologues et micro-fictions, de promenades sonores et musicales, cartographie poétique de flâneries anciennes, déambulations quotidiennes ou voyages exploratoires, récits de dérives aux creux desquels se dessinent les lignes de désir.



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