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Atelier d’écriture en ligne : écriture et photographie #6

Approche :

La photographie est une « machine à fictions » (Anne-Marie Garat), sans aucun doute. Et photographie et écriture ont un même potentiel de virtualité. Ici, la photographie n’est plus un embrayeur de souvenirs, elle met en mouvement quelque chose qui aurait pu être et qui est de l’ordre du désir.

L’image photographique est sans doute traversée par deux grands modes, l’un affirmatif (le « ça-a-été », l’empreinte du passé), et l’autre interrogatif (« que s’est-il passé ? »), qui est sans réponse, qui ouvre donc sur un champ d’incertitude, d’oublis, de virtualités, de secret, au fondement même de la mémoire, de la manipulation, de l’écriture. Mais à cela il arrive que Claude Simon ajoute la question autrement troublante et déconcertante du « qu’aurait-il pu se passer ? »

D’abord les textes :

La photographie qui s’échappe des carnets de Marie, la vieille femme en train de mourir, cette photo que ramasse et scrute la jeune Louise sur le point de quitter son mari, Georges, qu’elle croit d’abord reconnaître enfant, mais elle s’aperçoit, puisque la photo est datée (août 1896), qu’il s’agit de Pierre, le père de celui-ci. Toute photo met en évidence la ressemblance, la filiation, l’identité, l’héritage en quelque sorte, et c’est précisément cette photo de L’Herbe qui annonce, bien avant Histoire, je le crois, l’entreprise autobiographique qui s’écrit en filigrane des recherches formelles et scripturales mises en œuvre dans Histoire.

Mais autre chose est à lire dans la photo regardée par Louise dans L’Herbe. Ce n’est plus Georges ou Pierre que regarde Louise, mais Marie jeune fille et le jeune botaniste au sujet desquels elle invente une histoire qui n’a pas eu lieu.

Ce faisant, « Louise invente, devant la photographie de Marie jeune, le "roman" d’un amour sacrifié qui donne un sens à la vie qui s’achève. La lecture qu’elle fait de la photographie projette évidemment sa propre angoisse et la photo devient alors l’emblème du travail du romancier ».

Extrait :

« [...] et peut-être, un peu plus tard, les deux silhouettes - la robe de bronze et celle en culotte cycliste - glissant lentement, déchiquetées, entre les branches croulantes du verger évanescent (comme si Louise avait pu les voir, les suivre des yeux, [...] et [...] tous les deux, secouant l’arbre, riant - ou plutôt le prunier secoué, le froissement de feuilles, sans que l’on voie autre chose qu’un fragment de robe ; une main, un bras ? — [...] lui faisant sa demande, demandant la permission de revenir, et elle disant Oui en le regardant bien en face, de ses yeux clairs, tranquilles [...]. (Herbe, 233-234) »

Proposition d’écriture :

Photographie et écriture ont un même potentiel de virtualité. Ne pas utiliser la photographie comme un embrayeur de souvenirs, mais mettre en mouvement, dans un texte de fiction qui s’enclenche à partir d’une photographie trouvée, quelque chose qui aurait pu être et qui est de l’ordre du désir.

Dans Histoire, Claude Simon inventorie par une suite de paragraphes sans ponctuation (le paragraphe devenu surface mimétique de l’image, jusqu’en son grain) une collection d’images trouvées dans le tiroir d’une maison que vide le narrateur.

Dans l’ensemble de photographies ci-dessous n’en gardez que sept à partir desquelles vous écrirez un court récit. Faire récit d’une image fixe c’est aussi bien sur le récit que sur l’image.

Le choix de ces photographies est déterminant et représente la première étape du travail d’écriture. Le second temps est celui de la description de cette photographie en un seul paragraphe. Pour terminer par la dernière étape : en fonction des différents textes écrits à partir des images, raconter une histoire en agençant les photographies dans l’ordre de votre choix et en tentant de relier ces blocs pour écrire un récit les intégrant.

Proposition travail photographique :

Prendre une photographie en noir et blanc qui puisse s’intercaler dans l’ensemble des 25 photographies proposées dans le portfolio ci-dessous :




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