| Accueil
LIMINAIRE

A Lacan ses lacunes (MissTic, la belle graffiteuse)

C’est là, sur l’autre scène, que se dénoue ce jeu à la fois opaque et cohérent, celui dont le secret, naguère signe vide, se remplit et se reconnaît : lente reconquête sans noyau ni contour, où les deux se rejoignent dans le sillage de cette main d’ombre jusqu’au nœud de son inaltérable effacement. Ni ton temps, ni le sien, pas même celui de votre commun patrimoine, mais le temps de Quelqu’un qui est encore là alors qu’il n’y a déjà personne. Ce On hors toute apparente lumière et dont le souffle modifie toute perspective, On s’insinuant au plus près, à l’heure de la dispersion sans lieu... Quelqu’un d’autre est là où tu es seul, Quelqu’un où s’inscrit la présence et son impossibilité – l’ombre double que tu portes et qui te dissimule. Le dehors qui dissout, ta fissure et ton vertige. L’intimité avec la perte du jour qui t’égare. (Comment oublier que dans la structure du symbolique, la parole ne va à rien de moins qu’à la transformation du sujet à qui elle s’ouvre et en qui elle opère de par les liens même tissés avec celui qui la profère ? Bien évidemment, à mesure que le langage devient plus fonctionnel, il tend à inexorablement empêcher la parole à venir à jour ; à trop nous l’approprier, c’est sa vraie fonction qu’il finit par perdre - même si nous sommes serfs de cette communication incessante, dont pauvrement nous ressentons l’absence comme faisceau de possibles, comme danse où elle se résoudrait en cette parole par d’autres enfin reçue...). L’effort qui nous situe serait-il irrecevable si une commune subjectivité ne nous liait à la fois à l’impénétrabilité du monde des « objets » distincts vis-à-vis d’elle comme à son impénétrabilité pour elle-même ? Ce n’est en fait que de par cette « offre faite au signifiant » que nous pouvons concevoir cette subjectivité (définie par le Grand Maître comme étant « la forme sous laquelle le langage s’exprime ») qui, de manière constante quoique non immédiate, nous serait donnée dans le discours de ses « consœurs », puisque c’est le rapport au sein duquel elles se réfléchissent les unes les autres qui en vient à fonder sans le trahir ce « dernier lieu » où leur commune vérité devient enfin intelligible... Parole interdite et sans clôture que celle qui sut bâtir le sujet en sa plus tranchante dimension de vérité, mais dont il ne saurait se saisir hors de rares points de feu où (combien confusément !) il se cabre à la rejoindre en cette foi jurée et intangible au sens où toute parole tronquée l’empêche de s’y reconnaître... Lieu où toute résistance se noue, où toute proposition prend corps, ce lieu n’est surtout pas de l’autre, car par trop perméable, mais parole dont on lit la traversée comme la violence et qui intronise cet Autre majuscule dont tout un qui parle à quiconque invoque la foi promise, fût-ce pour lui mentir et surtout s’il lui ment... C’est d’abord pour le sujet que sa parole est un message, car dès la source émise du lieu de l’Autre ; si toute lettre arrive, tôt ou tard, à destination, c’est parce que c’est du lieu comme des chronologies de l’Autre qu’elle émerge... Ce n’est que d’une parole qui effacerait les cicatrices par son propre tissu inscrites dans le sujet que celui-ci pourrait recevoir le pardon qui le rendrait à son désir : ce qui ne se peut, en vertu très précisément de l’impossibilité de cette parole qu’on appelle désir et que le sujet – de n’être ce qu’il est qu’en tant qu’il parle – est bien obligé de subir... Ce qui est donné à l’Autre de remplir est tout bonnement ce que lui aussi n’a pas, puisque à lui aussi « l’être manque ». C’est ce que toute demande évoque bien au-delà du besoin qui s’y rattache, et c’est bien ce dont le sujet reste d’autant plus privé que le besoin que cette demande articule est comblé... C’est bien d’un refus que le réel prend sa source ; ce à quoi le désir se cogne, c’est bien au rideau dont ce même réel figure le manque... Ecrire, c’est peut-être tout simplement en prendre acte, tout en s’y récusant... C’est pourquoi c’est à cette autre leçon, celle « d’avant le lever du soleil » qu’énonce Zarathoustra que nous laissons le privilège de conclure : « Un peu de sagesse est sans doute possible, mais j’ai trouvé dans toutes choses cette certitude bienheureuse, à savoir qu’elles préfèrent encore danser sur les pieds du hasard […] Homme, prends garde ! Que dit Minuit profond ? J’ai dormi, j’ai dormi - Du fond d’un songe je m’éveille : Profond est le monde Et plus profond que le jour ne l’a cru. »

Photographie : André Rougier

L’APPEL
Publié le 19 septembre 2009
- Dans la rubrique ENTRE LES LIGNES






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter