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LIMINAIRE


Ébauche qui ne tend qu’à ce qu’elle renvoie, les pas dans la nuit, l’avance énigmatique du chat, le vent qui bat aux vitres comme si, entre pardon et éveil, tu nous avais une dernière fois revus...

Légiférer contre les oukases du monde, de l’Un fustigeant ses voilements et ses remords, enfin voué à l’éblouissement qui le comble, s’en allant vers le neutre, sans démêler, sans avouer...

Libre à toi de préférer les rapts aux servilités, les dieux au Dieu jaloux et sans visage, la faille des origines à la coquille du sanctuaire, le retour à la duplicité du devenir, Isolde agonisant, mais toujours PRÉCÉDANT la percée qui la requiert aux beuglements du Très-Haut, où tumeurs crissent, menottes perdurent...

Au moins nommer ce qu’on ne peut dénuder, érosion, cicatrice renouant : le même à l’autre, le regard à ce qu’il sut, le feu à ses marges...

Souverain, mais sans pouvoir, précédant la constellation des sources que tu conspues : les avènements, pas les généalogies...

Bélier crépu où tu encastres tes ongles, les scorpions mangeant dans ta paume, là où flotte l’arc, l’heure arrondie, l’alliance repolie comme pour accueillir le galop revenant sur tes cendres...

Épier le bond qui t’abrite, mais pas comme chose distincte de soi, comme alibi, comme cauchemar...

Ô toi, jamais esclave de qui te manque, assombrissant le sang de l’agneau, assouvissant de l’approche l’équivoque : tambours yorubas, brasiers accoupleurs au creux de la ténèbre tapissière...

Cesse d’asservir la présence à sa genèse, son alliée dans la rébellion, se détruisant pour détruire...

Ne mésuse jamais de ton feu, de ton aval...

Ce qui est et ne sera qu’un, créance à peine nommée, qui ne demeure qu’en se déchirant en contraires, qu’en te divisant pour se rejoindre.

Ne mesure ni avers ni pesanteur, mais du tain les ruses, égayant, Circé, tes tièdes épaules, renouant d’anciennes vengeances, l’aube de ce deuil qu’on requiert pour s’y retrancher, insinuer du même en l’Autre...

Dieu au trident, ceint de ses rauques cortèges, mal des abords, lumière tronquée qui sent le vert, puis la dorure, fragment baignant dans ce qui n’effraie plus, mais s’épelle comme jouissance, soupesant simplement l’heure, ses crépitements, ses rosaces...

Artefact, surpris dans l’ire de ce qu’il a lui-même forgé, la commune appétence assignant à chaque brisure l’inaliénable...

Oublie l’immortalité qu’on te dénie, celle qu’engendrent les enfants et les enfants des enfants, pressentant le théâtre de ton séjour bientôt forclos, la tension engourdie qui dépossède, mais préserve, qui seule rend révocables les décisions que requiert le fardeau que tu portes...

L’arrière-pays, tu y as encore ta place, durée avinée, hébétée, dérobant au monde sous peu perdu sa pénombre, la clairière moutonneuse, les pas souillés de l’horizon...

Que les vipères s’écartent de nos jeux, de l’allégeance et du don, desserrent l’alliance, là où tout est lumière, sans objets...

Foulées sans promesses, balancier qu’arpente la nuit détissée, terre aux pourtours dissous, sorciers sans regard, rendus à l’exacte origine des délivrances.

Une seule marée sans paroles, l’immobilité comme ce futur aux aguets, quelque chose qui durait sans être, où tout persévérait, mais différent, du vent, de l’eau, de l’espace toujours plus clair, ce silence qui était lumière, solitude rêche ou les deux à la fois, le sable effleuré et c’était toi, cette chose sans repère, sans la moindre trace du souvenir qui coupe et tance.

Ne préserver que ce dont on se sépare, ruine des généalogies, aube des faussaires...

Œuf ouvert, ananké, gorge du serpent dont l’heure ne mesure plus l’attrait, par quoi tu t’en iras fouler l’arc héraclitéen, l’enfant qui joue...

Comment vivre si tout est tel qu’il apparaît ? Animula vagula blandula, branche de gui, troisième œil, le reflux, la fumée, le serpent... Nul besoin de vouloir, il suffit d’accueillir...

Il n’y a rien désormais sur terre qu’il ne connût, ni fantôme, ni objet, ni artifice, ni savoir, ni terreur, ni illusion, ni mémoire.

Tu revois qui t’arracha l’aveu, les sorciers montrant à nu leurs zébrures, suppliant que tu cesses de quémander qui te bride, le coup de fouet du palefrenier, décoré des mêmes épaves, plié aux mêmes jougs...

Le petit bar est bref, furtif. Il t’offre une douce attente l’après-midi durant, jusqu’à ce que tu ailles te cacher dans la pénombre, au fond des fauteuils de cuir fauve ; à cinq heures il n’y a encore personne, la clientèle sordide ou branchée n’arrivera qu’à la nuit tombée. Après, tu attendras sans trembler l’autre jour, la morsure de l’aspic, le chantage des certitudes...

Comment oublier cette part de toi qui n’appartient qu’à autrui ?

Multiple et un, coagulé dans l’image, œil immobile érigeant en règle la fiction du regard, fils du passé qui l’engendre, père du passé qu’il forge...

Ô trop hautaine mécréance qui te porte à reconnaître le fard des superstitions que par ailleurs tu dénies !

Si l’être est si éperdument fragile qu’il ne se soutient que sur l’illusion de qui quémande son secret, alors il n’est plus de rédemption, il n’est qu’un serf, indigne du maître qu’on lui donne...

Faire revenir ta nuit, du feu les brusques revirements, les frôlements, les îles violentes, ravagées...

À peine entrevues, se démantelant à nouveau, plus rien qui se laissât confirmer ou épuiser, s’emparant furtivement de la mémoire comme si elle ne s’était éveillée que pour toi seul, demi-mystère te lissant en aveugle, en ruissellement...

Perdre - mais lentement - cette lueur qui toujours te fait distinguer le semblable de l’identique, la métaphore des choses en soi...

Photographie : André Rougier

GNOSES
Publié le 7 février 2010
- Dans la rubrique ENTRE LES LIGNES
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