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aller sans retour
 
je ne prépare rien,                 rien du tout
un tout que je laisse m’écraser l’ombre jusqu’à s’asseoir sur ses genoux
un tout que j’avale en faisant comme si l’air tait d’air et non pas le lieu
du vertige je ne prépare rien,                 rien devant
Je laisse faire le vide,        se faire vide est la chose la plus difficile que je
connaisse, yvonne sans cesse m’y rejoint,
je la chasse d’un revers de mouche
mais elle obstinée ...       je la laisse,         la laisse se vider
alors vides yvonne et moi-même, allons
de loin, on les dirait causantes, dans l’allée des jardins, puis débouchent sur
l’avenue coupe d’un dos d’âne pour ralentissement de rigueur /  
votre empesé m’obsède, savez vous ? ce revêche du ton, 
resserrement des mots autour d’eux-mêmes jusqu’au fil inaudible, je m’y cogne / 
ces larges avenues amputes de leur vitesse par des renflements successifs, 
artères vides de sang dans lesquelles bourdonnent le gris des insectes
 La tête comme avenue grouillante de loin, on les diraient aimantes,  
gestes suspendus, ralentis, dont l’élan se brise à mi-course subitement stoppé 
se termine en absence cependant que leurs visages semblent si proches / 
vos cils me frôlent /
comme vos mots s’émoussent avant qu’ils ne m’abordent /
lèvres mobiles d’un film muet, je mettrai d’autres mots dans votre bouche souple 
d’un aller sans retour /
je ne réponds de rien.

LIMINAIRE le 17/11/2018 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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