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Atelier d’écriture en ligne : écriture et photographie #7
  • Textes et photographies des participants à l’atelier (Séance n°7)

Approche :

Élaboration d’un récit photographique personnel, d’une narration visuelle individuelle.

Afin de permettre aux participants de mettre en forme leur récit visuel, nous convoquerons lors de cet ultime atelier d’écriture des auteurs qui ont, dans leurs textes, travaillé sur cette dimension d’écriture avec l’image, de description de l’image, et d’ajout d’images dans leurs textes. Nous terminerons cette séance avec une approche du travail d’Édouard Levé, à partir de son texte Journal.

D’abord les textes :

Dans son blog L’employée aux écritures Martine Sonnet s’est lancé le défi de mettre en ligne, chaque samedi matin, une chronique liée à un point particulier de la gare Montparnasse, accompagné d’une photographie. L’ensemble décortique, en textes courts et en images, la conscience composite et obsédante qu’elle a de cette gare, généralement mal aimée, pratiquée quotidiennement et haut-lieu de son histoire familiale.

« Et c’est bien plus que la gare qui surgit, nous dit François Bon dans sa présentation de l’ouvrage sur Publie.net, des zooms sur des visages, paroles entendues, signes affichés, et les êtres qu’on croise, le désordre des heures. Ceux aussi qui travaillent dans le quartier, et, par les noms, d’autres pans de l’histoire de la ville : le sentiment de fiction qui prend à cet univers est une expérience qu’on recommande, et qui développe une véritable prouesse d’écriture – une réflexion sur le comment écrire qui donne à toute la réalité ici convoquée son double fond... »

Dans La Poussière, l’écrivain Lucien Suel et sa femme Josiane, photographe, développent une recherche texte et image ancrée dans le territoire rural de l’Artois, les objets quotidiens, le travail de mémoire, dans la permanente friction du monde contemporain. Le texte qui vient s’assembler près de la photographie et quitte du même coup l’instance de représentation pour devenir fiction, parfois fantastique vaguement menaçant, ou rêveur, ou politique. L’écrivain et la photographe ont défini les limites de cet ensemble circulaire : le dernier mot de chaque poème donne son titre et son premier mot au suivant. Ainsi, le développement des textes trouve sa propre logique en dehors du mouvement narratif des images.

Le principe des Todolistes quotidiennes de Christine Jeanney est proche de celui de La Poussière. À partir d’une photo envoyée par un tiers (suite à un appel à participation), l’auteur écrivait une liste de quatre points ou occurrences ou choses à faire, à dire ou à penser, en réaction, en réponse, en écho à cette photo. Chaque matin Christine Jeanney en choisissait une, « plutôt à l’instinct, dit-elle, sans idée préconçue. » En les rassemblant en un livre l’objet devient tout autre : une énigmatique collection de photographies du monde, une fiction appliquée aux signes du quotidien, et un labyrinthe de lecture.

Les textes de Christine Jeanney écrits selon cette méthode des Todolistes quotidiennes, ont été édités par Publie.net en deux volumes : Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus (tome 1), Quand les passants font marche arrière ça rembobine (tome 2).

Dans son livre Journal Édouard Levé propose une version textuelle de la série photographique « Actualités », qui reconstituait des archétypes de photographies de presse. Il reprend des articles publiés par des quotidiens et des agences de presse, et il en efface les référents historiques, géographiques, et patronymiques. Il met l’ensemble au présent de l’indicatif. Il récrit certains passages et en supprime d’autres, de manière à blanchir une écriture déjà anonyme et collective, celle du journalisme mainstream. Cette réécriture produit un effet de soudain éclaircissement, non pas sur l’événement dont il s’agit, mais sur la manière dont on le traite. Lorsqu’on lit le journal, on cherche à être informé : qui, quand, où ? En lisant Journal, on est informé sur la manière d’informer.

Extraits :

Montparnasse monde chapeaux pointus

Résumons les données du problème : soit un fragment de sol, celui du hall Maine, sensiblement rectangulaire et dans son état d’usage normal, délimité par quatre cônes de signalisation danger surélevés fichés sur des tiges de métal (l’une des quatre étant tordues) enfoncées dans des caissettes en bois munies de poignées de tiroirs. N.B. Les quatre cônes ont sans doute, à une certaine époque, été reliés entre eux par un ruban d’alerte strié rouge-blanc dont subsistent des bribes encore solidaires de la pointe de chaque cône.

Les raisons d’être du déploiement d’un dispositif aussi élaboré outrepassent mes capacités d’entendement de la gare. Mais au moins le décor est planté.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009, Le Temps qu’il fait, 2011.

Summertime ! Les mouches exaspérées, exaspérantes bourdonnent sous les lamelles baissées du store.
C’est l’après-midi ; les corps alanguis reposent dans la pénombre.
Summertime ! La sueur perle, coule, et finalement ruisselle sur les corps dénudés.
À l’entrée du vestibule, soudain, un cri : « Il y a quelqu’un ? »

L’ombre du charpentier est perchée sur l’ombre de l’échelle.
L’ombre de l’échelle est posée sur l’ombre des poutres.
De l’ombre ou de l’homme, qui toucherait terre d’abord,
si, pris de folie, le charpentier tentait le saut de l’ange ?

Lucien Suel, La Poussière, Publie.net

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Photographie : Pierre Ménard

– penser à prendre du recul, tu t’assiéras un autre jour

– penser l’enchaînement diabolique, ils dorment et leurs pieds sont tenus

– ils se redresseraient, lentement, les voir distinctement s’élever, taper du socle sur le sol, la ronde, ballet de l’aube réservé aux initiés seuls

– penser « gris sur rouge rien ne bouge » et puis cesser de croire à ces folies, guetter les mains les bras les pas, ceux qui viendront les détacher et s’installer, on s’enroulera sous le plateau, silencieux, et l’on écoutera les mots jamais deux fois les mêmes, l’infinie découverte

Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus, Christine Jeanney, Publie.net

« Quatre policiers sont tués et vingt personnes blessées dans une attaque contre le centre culturel d’un pays étranger. L’attentat, qui n’est pas revendiqué, est perpétré par quatre hommes circulant sur deux motos. Ils ouvrent le feu au fusil d’assaut sur les policiers de garde qui effectuent leur rotation. Les assaillants réussissent à s’enfuir. Depuis la vague d’attentats, la sécurité est considérablement renforcée devant tous les bâtiments officiels de pays étranger. À l’approche de la fête nationale, la police municipale les contrôle. Le ministre de l’Intérieur du pays étranger affirme que cet attentat est l’œuvre de factions d’extrême gauche, très présentes dans l’est du pays. »

Édouard Levé, Journal, P.O.L., 2004.

Proposition d’écriture et de travail photographique :

Dans l’ensemble des photographies prises durant cette série d’ateliers, choisir celles qui nous attirent le plus, cinq ou sept images, pour les liens qu’elles entretiennent ensemble, le dialogue qui s’instaure entre elles, en creux, qu’on pressent à peine, qu’on devine ou décèle en partie.

Une fois ces photographies sélectionnées, les regarder attentivement, pour essayer de déceler ce qui communique entre elles, leur lien secret, l’histoire qu’elles nous invitent à découvrir, qu’elles écrivent sans un mot. Puis les agencer, en choisissant l’ordre dans lequel elles fonctionnent le mieux ensemble. En les rassemblant, l’image et le texte se transforment et créent un récit visuel.

Pour chaque photographie, écrire ensuite une phrase qui ne déchiffre pas l’image, ne la décrit pas, mais qui au contraire met à distance l’écrit et le visuel, cherchant ce qui entre en écho entre les deux, ce qui peut dialoguer dans ces allers-retours, et parfois même interroger ces écarts et ces décalages qui apparaissent ainsi, ce jeu entre le texte et la photographie qui produit un effet d’inquiétante étrangeté.

Un exemple de séquences photographiques, avec le travail de Patrick Taberna.

Un exemple de récit visuel :



Avancer en regardant droit devant soi, ne pas prendre de risque, ni détours, ni surprise.

Au-delà des désirs et des malentendus.

Tout ça comble le vide des jours gris des lignes droites.

Bien plus que ce que le présent du réel nous donne.

La nuit comme le jour. En construction.

On ne sait jamais ce qui va arriver, imprévisible attente.

Vie et visibilité.


LIMINAIRE le 21/09/2018 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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