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LIMINAIRE
Les lignes de désir


Cet homme, je le croise dans la rue, familiarité passagère avec lui, les traits de son visage, son expression. Je le connais, mais je ne parviens pas à mettre un nom sur son visage, identifier d’où nous nous connaissons. J’essaye de me repérer par rapport à l’endroit où je le croise. Cet endroit, c’est la même chose. J’ai confondu avec une autre station-service récemment désaffectée près de chez moi, face à la gare de l’Est. Je croyais l’avoir prise en photo, mais non, c’en est une autre, dans un autre quartier. Similitude trompeuse des décors. D’identiques piliers soutiennent en pilotis un même toit métallique. Les fenêtres et les portes ont été murées à la hâte par des panneaux en bois pour interdire toute intrusion et sécuriser l’endroit. Les pompes à essence, qui d’habitude signalent clairement la raison sociale du lieu, ont été enlevées, donnant à cet endroit un air abandonné de no man’s land. Et cet homme, je le reconnais soudain m’éloignant à grands pas, c’est l’ancien pompiste.

Station Service, Paris 12<sup class="typo_exposants">e</sup> arrondissement

 

 

 

 

 

 

 

 

Marquer une limite, c’est attirer notre attention, nous prévenir d’un imminent danger. Travail en cours. Veuillez patienter. Le travail pas encore terminé, la peinture pas encore sèche. Il faut le signifier : circulez, il n’y a rien à voir. Un lieu, sur une carte, pour dire qu’on y est allé : On dessine une croix. Souvenirs de cartes postales, on désignait ainsi la fenêtre de son hôtel, une cabine de plage, sur une vue aérienne, l’emplacement de sa maison. Sur les plans la mention : Vous êtes ici. Permettre de se repérer dans un dédale de signes, rues et avenues mêlées. Savoir précisément où l’on se trouve. Je passe devant ce bâtiment en construction, sur les vitres des croix improvisées à l’aide d’un scotch orange. J’observe dans ce faux miroir mon reflet qui par un jeu de transparence en estompe l’image vouée à la disparition. Faire une croix sur, c’est une façon de dire, c’est fait ou plus à faire. Vous êtes ici pour aller là, aller ailleurs, vous en aller. À l’endroit. Allant vers.

Chantier de construction, Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

Le texte « Les lignes de désir » composé de 1001 fragments de 1001 signes chacun, est un récit à lecture et circulation aléatoire et c’est aussi dans le processus d’élaboration du texte sur internet qu’on invente comment on avance. Au jour le jour...

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Publié le 13 septembre 2010
- Dans la rubrique DÉRIVES
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