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LIMINAIRE
Promenade sur la Petite Ceinture parisienne dans le 19e arrondissement


J’ai le secret dessein de découvrir Paris, sous toutes ses facettes, la variété de ses quartiers aux atmosphères changeantes. Depuis plusieurs mois j’arpente la ville, dès que je le peux, et surtout, dès qu’il fait beau, un peu de soleil, en hiver une lumière plutôt rasante malgré sa timidité en fin de journée. Je me suis fixé quelques points de repères, une douzaine de lieux, dans lesquels j’essaye de me rendre régulièrement, en privilégiant la circulation dans les différents à chaque sortie, avec cette idée que, pour connaître une ville, il faut l’arpenter sans relâche, jour après jour, à toutes les saisons, et surtout, au fil du temps.

J’ai donc délaissé ces derniers temps mon quartier. Cela faisait longtemps que je n’étais pas retourné marcher ou courir le long du Canal de l’Ourcq, comme j’aimais le faire avec Pierre. Sans doute est-ce aussi pour cela que je ne souhaitais pas retourner si rapidement dans ce lieu où le souvenir de nos promenades étaient encore très présent en moi, redoutant leurs assauts mélancoliques.

Je suis parti d’un bon pas, en direction de Pantin, mais je me suis arrêté bien avant le Parc de la Villette, à hauteur de l’ancienne chaufferie, quai de la Marne, dont j’avais suivi la démolition il y a deux ans et demi. Le chantier de construction de l’immeuble d’habitation, voit enfin le jour. En face, une belle construction tout en bois et béton commencée beaucoup plus tard, formant un îlot triangulaire sur l’emplacement de l’ancien jardin partagé Un p’tit bol d’air, que j’avais souvent photographié, avec son pourtour échevelé de murs tagués, disparaît donc pour faire place à une crèche de 1150 m2.

De loin, j’ai remarqué des personnes évoluant sur le pont métallique aux larges croisillons où je m’étais promené avec Pierre, un tronçon de la Petite Ceinture, cette ancienne ligne de chemin de fer à double voie qui faisait le tour de Paris à l’intérieur des boulevards des Maréchaux.

« Si je suis élue maire en 2014, déclarait Anne Hidalgo, dans un entretien à Télérama du 25 septembre 2013, la Petite Ceinture sera entièrement dédiée aux Parisiens d’ici à la fin de ma mandature en 2020. »

C’est amusant, car c’est en cherchant une information sur la Petite Ceinture, que je découvre le blog d’un couple qui a acheté un appartement sur plan et a décidé d’en tenir le journal, précisément dans l’immeuble qui se construit en face quai de Marne.

Depuis mon dernier passage, la porte métallique qui permettait de rejoindre les voies ferrées, est toujours scellée. Je me demande bien comment l’équipe en train de tourner un film a pu atteindre le pont, je les distingue mieux désormais proche d’eux, mais je n’ose pas le leur demander, et je décide de mener mon enquête en longeant l’ancienne ligne de chemin de fer, en descendant vers le Sud, dans la direction du métro Ourcq un peu plus bas. C’est au niveau de la rue André Danjon, que je trouve une faille, la butte sur laquelle est construit la Petite Ceinture a cet endroit, face à des immeubles de standing des années 70-80, a été transformé en jardin, de la pelouse y a été plantée, et une petite barrière métallique peinte en vert (comme celles des jardins publics), est la seule protection empêchant de monter sur la butte dont l’accès est strictement interdit. Et c’est justement là qu’une porte ménagée dans le grillage a été laissé ouverte. Je m’y engouffre donc, prends mon élan et grimpe sans mal la pente pour arriver tout en haut où je découvre un chantier.

Des engins de constructions ont été entreposés sur les contreforts des voies de chemin de fer désaffectées. Mon regard croise celui d’un vigile coincé dans sa voiture. Nous nous regardons, chacun faisant semblant de ne pas voir l’autre. Je continue d’avancer à mon rythme, nonchalant, en direction du bâtiment moderne de l’Assurance Maladie qui forme une grande arche au-dessus des voies, les enjambant, un pied rue Georges Auric, l’autre rue André Danjon. La lumière du soleil magnifie cet arche que l’on ne remarque guère d’ordinaire. Au loin, la voie glisse dans un virage sombre vers lequel je ne m’aventurerais pas seul. Je rebrousse donc chemin, repasse devant mon vigile immobile et silencieusement terré dans sa voiture bordeaux. Je l’ignore superbement et me dirige vers le pont métallique du Canal de l’Ourcq où l’idée m’est venue de trouver une entrée pour marcher sur la Petite Ceinture.

J’ai l’impression de marcher au-dessus du sol, découvrant des perspectives inédites sur la ville, des herbes folles, des jardins improvisés et d’autres en attente, les arrières cours, les vis-à-vis (une femme jardine sur son balcon à quelques mètres de moi, mais ne semble pas me voir, invisible, je ne la dérange pas) des escaliers qui ne montent ni ne descend, en contrebas, mais semblent suspendus en l’air, remarquant les marges de cet endroit et ceux qui s’y abritent parfois (pour y peindre sur un mur ou se cacher dans un ancien entrepôt), ses zones blanches sur les cartes, ses no man’s land.

Le plaisir serait bien moindre c’est sûr, incomparable même, de se promener sur ce chemin au milieu d’autres personnes, passants et touristes, comme à New York sur la High Line ou notre coulée verte dans le 12e. Mais je serais curieux de voir comment cet endroit pourrait se transformer en lieu de promenade. Et les premières expériences tentées, laissant le lieu en l’état, dans leur aspect sauvage, assurant juste un accès et une promenade sécurisée, où l’intervention humaine est limitée (chemins en sable ou en graviers, sentier nature, avec ses herbes folles, talus, et arbustes), en raison de sa richesse biologique et de ses aspects paysager, historique et géographique, confirme que la Petite Ceinture constitue un espace unique à Paris.

Les travaux effectués sur cette partie de la Petite Ceinture semble cependant consolider les remblais, faire passer des gaines électriques entre les rails, le ballast paraît neuf, encore gris et scintillant, ce qui laisse supposer qu’à cet endroit en tout cas, des trains pourraient encore rouler.



La série photographique de Pierre Folk By the silent line réalisée en 2011, montre bien ce monde en suspens qu’est la Petite Ceinture parisienne.

La ville entre parenthèses
Publié le 6 mars 2014
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