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LIMINAIRE
Les lignes de désir


Vous lui montrez les murs sans fenêtre, rien que cette porte par là où celui qui vous parle est entré, de l’autre côté les couleurs, le bruit, toute la variation du monde. Le risque de s’y prendre. L’autre vous écoute. Il vous dit que dans tout le vacarme des grands arbres, l’animal se vautre dans la poussière. Tout passe et tout demeure mais notre affaire est de passer de passer en traçant des chemins, des chemins dans la campagne. Voyageur, le chemin c’est les traces de tes pas. C’est tout ; voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. Choisir un temps mort pour s’en aller. Et moi je veille. Et rien ne vient, rien. Un seul rayon oblique, si l’on s’accoude, l’œil fixe, au parapet, déjà l’humeur a déchanté, l’ancre a rouillé, l’idée d’un voyage au long cours s’est couchée. L’élastique tendu, le corset de mes forces nouvelles, ma curiosité implose et s’appauvrit. Le cœur bat comme si quelque chose ou quelqu’un était là. Impossible de savoir qui. C’est peut-être elle ?

Kyoto, Japon

 

 

 

 

 

 

 

 

La durée du voyage n’excède jamais la moitié d’une heure, tous aléas de la circulation compris. Les heures et les jours, ça dépend des années. On manipule le langage pour masquer la vacuité de son raisonnement, ou pour étaler un narcissisme pervers qui se donne des airs savants dans le but d’éblouir des profanes qu’on ne réussit qu’à tromper. Dire par là que, sans ce point, ces lignes et ces spirales s’ensuivent. Quelque chose qu’il serait loisible à chacun de suivre ou de tirer à soi, le tout étant de tenir le bon bout, et ne pas le lâcher. Les gens, leurs drôles de têtes et leurs silhouettes. Nous remplissant à la manière d’une parenthèse à moins que ce ne fût l’inverse, mais je n’étais pas sûr. Cet équilibre qu’on appelle le jeu à somme nulle est le principe même de l’économie, c’est-à-dire, l’équilibre. Je présume que c’est mieux, que voilà un gage que du temps a passé. Je suis hors de portée, hors de danger. J’ai vu l’heure. J’y suis. J’attends. S’absenter aux appels, à l’escouade.

Kyoto, Japon

 

 

 

 

 

 

 

 

2 commentaires
  • La durée du voyage 10 mars 2011 11:30, par machinn

    « Cet équilibre qu’on appelle le jeu à somme nulle est le principe même de l’économie, c’est-à-dire, l’équilibre »  ?

    N’est-ce point là, phrase qu’on avance pour aller nulle part ? Construction fantomatique qui ne nourrit rien ? Je ne suis pas certain de vouloir réduire l’équilibre à une réunion de quantités qui s’annulent. À vouloir le confondre avec un jeu qui ne viserait qu’une économie de moyens ou d’actions prises en compte afin de l’obtenir. Pas plus que je ne serais enclin à penser que le voyage poétique ou celui de l’écriture ait le désir d’atteindre un équilibre où qu’il soit.

  • La durée du voyage 10 mars 2011 15:04, par Pierre Ménard


    J’aime beaucoup cette phrase liminaire de Rainer Maria Rilke sur votre site : « Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. »

    Voir en ligne : Pierre Ménard

La durée du voyage
Publié le 9 mars 2011
- Dans la rubrique DÉRIVES
Temps Regard Ville Fenêtre Dérive Passage Voyage Fragment Japon Les lignes de désir Kyoto






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