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LIMINAIRE
Frontière de lumière


Pour célébrer avec légèreté à cet événement lourd de sens l’anniversaire des vingt-cinq ans de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, la capitale allemande a vu les choses en grand. 8000 ballons gonflés à l’hélium sont installés sur 15 km de long, suivant l’ancienne frontière que délimitait le mur. Une installation conçue par deux artistes allemands, Christopher et Marc Bauder, ont conçu l’installation.



Ces 8000 ballons, attachés à deux mètres du sol, ont été allumés tous en même temps vendredi 7 novembre au soir, et le resteront jusqu’au soir du 9 novembre, date marquant la chute du mur. Les ballons seront alors tous décrochés, et s’envoleront dans le ciel.
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Porte de Brandebourg, Berlin, octobre 1989

« En août, ils fermèrent la frontière et mur fut construit à Berlin. Lorsque le dimanche matin j’appris la nouvelle à la radio, je me rendis immédiatement chez Bernhard. Il n’en savait pas plus, lui non plus, me dit seulement d’attendre et de na pas téléphoner. Il s’agissait peut-être d’une mesure provisoire, et sinon, alors nous pouvions dire adieu à nos voyages. Il reprendrait son métier de menuisier, car sur le champ de foire, on ne gagnait sa vie que si on était patron. Sur le chemin du retour, je me demandais si je devais renoncer aux abeilles et travailler à nouveau comme mécanicien ou si devais acheter suffisamment d’essaims pour pouvoir en vivre. Bien que l’apiculture n’ait été pour moi qu’une couverture, je savais désormais comment me comporter avec ces petites bêtes et j’avais déjà récolté pas mal de miel.

Quinze jours plus tard, Bernhard vint me voir pour m’annoncer que notre entreprise allait se poursuivre. Il arrivait de Berlin où il avait conduit son premier client depuis la construction du Mur et il avait une mission pour moi, je devais dans dix jours conduire une famille de Riesa à Berlin. Quelques rendez-vous avaient été changés, me dit Bernhard. Les clients ne devaient plus être remis à Berlin pendant la journée, mais à minuit, et l’échange avait lieu désormais dans la Malmöer Strasse, en plein centre-ville. Les passagers pouvaient emporter tous les papiers qu’ils voulaient, mais ils n’avaient droit qu’à un sac à dos par personne. Les prix avaient énormément augmenté, car maintenant c’était devenu vraiment dangereux, surtout pour ceux qui faisaient passer les clients à Berlin Ouest. »

Prise de territoire, de Christoph Hein, traduit de l’allemand par Nicole Bary, éditions Métaillé, 2006.

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East Side Gallery sur Mühlenstraße, dans l’arrondissement Friedrichshain à Berlin

« Helmstedt, frontière des deux Allemagnes. Contrôle gendarmes français. No man’s land miradors barbelés molosses. Contrôle chapskas marteaufaucillés. Jeunes soldats russes, nez rouge dans la bise. Mieux là quand même qu’en Afghanistan. Bottes claquaient. Salut raide. Déchiffraient papiers du bout d’un doigt gelé. Proposaient, façon furtif porno, insignes Armées Rouge. Bide. Vengeance : « Plaques auto sales ! nettoyer, monsieur ! » On astiquait. Papiers partainet, on suivait, dans cambuse surmontée drapeau rouge. Poireautage long, là. Gorbatchev officiel (=sans tache de vin) punaisé au contreplqué. Revues militaires (photos pâlichonnes, tankistes tout sourire et odeur de colle poisson sibérien). Tour aux chiottes (rances) pour passer le temps. Puis des doigts glissaient sous un guichet opaque les papiers réglotamponnés. Zéro mot. Nul visage. Exit. Re-sentinelle transie. Re-examen papiers. Re-claquement des bottes. Re-démarrage entre les chicanes. 200km de « couloir ». L’auto était un bathyscaphe clos dans l’abysse socialiste. Créneau de temps légalement limité. Pas question de batifoler par des traverses dans la sorte d ePicardie maigre autour. Pas droit de s’arrêter sur les aires. Pas droit aux restauroutes du peuple, gais comme des motels hitchcockiens. »

Berlin, deux temps trois mouvements, de Christian Prigent, Éditions Zulma, 1999.

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Traces du parcours mur au niveau du Mauerpark, à Berlin

Au moment de la chute du mur, c’est la surprise qui reste la plus forte. Surprise et incrédulité.

En octobre 1989, j’ai vingt ans, je séjourne seul pendant deux semaines à Berlin. Je marche. Je photographie. Je lis. J’envoie des lettres à mes amis. J’écris dans un cahier. Il porte le numéro 26. Terminé quelques jours avant la chute du mur, le 9 novembre 1989.



Cet automne, je me suis rendu à Berlin en famille, sans penser à mon voyage d’il y a vingt-cinq ans, sans chercher les lieux des Ailes du désir de Wim Wenders, comme j’ai pu le faire en allant à San Francisco les lieux du film Vertigo d’Alfred Hitchcock.



Mais les fantômes d’hier ne sont plus des anges, les vieilles dames qui se promenaient nonchalamment dans les allées rectilignes du Parc du Château de Charlottenbourg, ont disparus et leurs petits-enfants se promènent en empruntant de leurs pas traînants, jouant avec les feuilles des arbres, le même chemin que leurs aïeules, marchant dans leurs traces effacées par le temps, enfouies, oubliées depuis longtemps, dont il ne reste qu’une vieille image argentique en noir et blanc, certains même de ces enfants ne connaissent pas le parcours du mur qui séparait la ville en deux avant sa destruction.
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Berlin, octobre 1989.
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Berlin, octobre 2014.


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